jeudi 20 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2402235 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | JU 9ème chambre |
| Avocat requérant | ZABAD-BUSTANI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 5 mars 2024, Mme C E, représentée par Me Zabad Bustani, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 23 février 2024 par lequel la préfète du Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai et a refusé de lui renouveler son attestation de demande d'asile ;
2°) d'enjoindre à la préfète de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 000 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir le bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
Elle soutient que :
S'agissant de l'ensemble des décisions :
- elles ont été prises par une autorité incompétente ;
S'agissant du refus de renouveler l'attestation de demande d'asile et l'obligation de quitter le territoire :
- elles sont insuffisamment motivés ;
- la décision de l'obliger à quitter le territoire français méconnait les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
S'agissant de la décision fixant le délai de départ volontaire :
- la décision fixant le délai de départ volontaire à trente jours est insuffisamment motivée ;
S'agissant de la décision fixant le pays de destination :
- la décision fixant le pays de destination méconnait les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
La requête a été communiquée à la préfète du Rhône, qui a produit des pièces enregistrées le 14 mai 2024.
Mme E a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 avril 2024.
La présidente du tribunal a désigné M. Besse pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement ou remise des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme
- le code des relations entre le public et l'administration.
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Besse, magistrat désigné ;
- les observations de Me Zabad-Bustani, représentant la requérante, qui a repris ses conclusions et moyens, ainsi que de Mme E, assistée de Mme D, interprète en arménien.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme E, ressortissante arménienne née en 1999, soutient être entrée en France en décembre 2021. Elle a présenté en juillet 2023 une demande d'asile, rejetée par l'Office Français de Protection des Réfugiés et des Apatrides le 7 décembre 2023, refus depuis confirmé par la Cour nationale du droit d'asile. Par un arrêté du 23 février 2024, la préfète du Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office à l'expiration de ce délai et a refusé de renouveler son attestation de demande d'asile. Mme E demande au tribunal l'annulation de ces décisions.
Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :
En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :
2. Les décisions en litige ont été signées par Mme A B, directrice des migrations et de l'intégration, qui disposait à cet effet d'une délégation, par un arrêté de la préfète du Rhône du 30 janvier 2024, publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture le lendemain. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire desdites décisions doit être écarté.
En ce qui concerne la décision de ne pas renouveler l'attestation de demande d'asile et l'obligation de quitter le territoire français :
3. En premier lieu, les décisions litigieuses comportent l'énoncé des éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement prises, visant notamment, s'agissant de l'obligation de quitter le territoire français, le 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La préfète, qui fait état de la situation familiale de la requérante en France, indique ainsi qu'elle ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français suite au rejet, par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, de sa demande d'asile, en l'absence de circonstances particulières justifiant une mesure dérogatoire. Les décisions satisfont ainsi aux exigences de motivation résultant des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, s'agissant de l'obligation de quitter le territoire français, et des articles L. 211-2 et suivants du code des relations entre le public et l'administration, s'agissant du refus de renouveler l'attestation de demande d'asile. Par suite les moyens tirés de l'insuffisance de motivation des décisions doivent être écartés.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".
5. Mme E n'est entrée que très récemment en France, en décembre 2021 selon ses déclarations. Par ailleurs, l'intéressée est célibataire et n'établit pas avoir développé une vie privée et familiale ancienne, intense et stable en France. Si elle fait valoir qu'elle est enceinte, devant accoucher en août 2024, et a soutenu lors de l'audience vivre avec le père de l'enfant, ressortissant argentin titulaire d'un titre de séjour en Espagne, avec lequel elle aurait une relation depuis octobre 2023, elle ne justifie pas, en tout état de cause, que ce dernier bénéficie en France d'un droit au séjour pérenne. Il ne ressort pas non plus des pièces du dossier qu'elle n'aurait plus de liens dans son pays d'origine, où elle a passé la majeure partie de sa vie, et n'établit pas l'impossibilité d'y mener une vie privée. Dans ces conditions, la décision en litige ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, elle n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
6. En troisième lieu, pour contester la décision portant obligation de quitter le territoire français, qui ne désigne pas par elle-même le pays de destination, Mme E ne peut utilement faire état des risques qu'elle encourrait en cas de retour en Arménie et invoquer la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :
7. Aucune disposition législative ou réglementaire n'impose à la préfète de motiver spécifiquement l'octroi du délai de départ volontaire quand celui-ci correspond à la durée légale de trente jours et que l'étranger n'a présenté aucune demande afin d'obtenir un délai supérieur. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation des décisions fixant le délai de départ volontaire ne peut, dès lors, qu'être écarté.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
8. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des traitements inhumains ou dégradants "
9. Mme E, qui indique avoir été victime de violences conjugales, soutient qu'elle risque des persécutions de la part de son ex-conjoint en cas de retour dans son pays d'origine. Toutefois, les pièces versées au dossier, si elles permettent de justifier des violences qu'elle a subies avant son départ en 2021, ne permettent pas d'établir qu'elle encourrait un risque réel et actuel de mauvais traitement à son encontre en cas de retour dans son pays d'origine, ni par ailleurs qu'elle ne pourrait bénéficier de la protection des autorités de son pays. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
10. Par ailleurs, et pour les motifs exposés au point 5, le moyen selon lequel la décision fixant le pays de destination méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
11. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction de la requête doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions dirigées à ce titre contre l'Etat, qui n'est pas la partie perdante.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme E est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C E et à la préfète du Rhône.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2024.
Le magistrat désigné,
T. BesseLa greffière,
S. Lecas
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026