jeudi 14 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2402347 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | ELOIGNEMENT |
| Avocat requérant | MOREL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 9 mars 2024, M. C I demande au tribunal :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler les décisions du 8 mars 2024 par lesquelles la préfète du Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français, a fixé le pays de renvoi, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, et l'a interdit de circulation sur le territoire français pour une durée de six mois ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement, à son conseil, d'une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- il n'est pas justifié de la compétence du signataire des décisions en litige ;
- les décisions contestées sont insuffisamment motivées et entachées d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- l'obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de renvoi ont été prises en méconnaissance du 2° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- ces décisions portent une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elles portent atteinte à l'intérêt supérieur de son enfant, en violation des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le refus d'octroi d'un délai de départ volontaire méconnaît l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en l'absence d'urgence caractérisée ;
- l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français entache d'illégalité l'interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée de six mois ;
- l'interdiction de circulation contestée présente un caractère disproportionné, méconnaît l'article 45 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et porte une atteinte manifeste à son droit à la libre circulation sur le territoire de l'Union européenne.
Des pièces ont été produites par la préfète du Rhône les 12 et 13 mars 2024.
Vu les décisions attaquées et les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme J pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue par l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique du 14 mars 2024 :
- le rapport de Mme J ;
- les observations de Me Morel, avocate, pour M. I, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens, et ajoute que la décision portant refus de délai de départ volontaire est entachée d'erreur manifeste d'appréciation compte tenu des circonstances particulières de l'espèce et notamment de la volonté de M. I d'effectuer des démarches pour obtenir l'acte de naissance de son enfant et entretenir des liens avec celui-ci ;
- les observations de M. I, requérant ;
- les observations de M. A, pour la préfète du Rhône, qui conclut au rejet de la requête au motif que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Ressortissant portugais né en 1992, M. I demande au tribunal d'annuler les décisions du 8 mars 2024 par lesquelles la préfète du Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français, a fixé le pays de renvoi, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, et l'a interdit de circulation sur le territoire français pour une durée de six mois.
Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle :
2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions des articles L. 614-7 à L. 614-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. I au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions en litige :
3. Par un arrêté du 30 janvier 2024, régulièrement publié le lendemain au recueil des actes administratifs de la préfecture, la préfète du Rhône a donné délégation de signature à Mme F E, en sa qualité de chargée de mission au bureau de l'éloignement, pour signer, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme B D, directrice des migrations et de l'intégration, et de Mme H G, cheffe du bureau de l'éloignement, les actes établis par ce bureau. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions en litige doit être écarté.
4. Les décisions en litige comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation dont seraient entachées ces décisions doit être écarté.
5. Il ressort des pièces du dossier et des termes mêmes des décisions en litige, qui font état d'éléments de fait propres à la situation de l'intéressé, que la préfète du Rhône a procédé à l'examen particulier de la situation de M. I. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen de la situation personnelle du requérant doit être écarté.
En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de renvoi :
6. Aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : / () / 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; / () / L'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine. ".
7. Il appartient à l'autorité administrative d'un Etat membre qui envisage de prendre une mesure d'éloignement à l'encontre d'un ressortissant d'un autre Etat membre de ne pas se fonder sur la seule existence d'une infraction à la loi, mais d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française. L'ensemble de ces conditions doivent être appréciées en fonction de la situation individuelle de la personne, notamment de la durée de son séjour en France, de sa situation familiale et économique et de son intégration.
8. Il ressort des pièces du dossier que M. I, qui déclare sans l'établir être entré en France il y a dix-sept ans, a été condamné en 2021 pour des faits de conduite sans permis et sans assurance et de refus d'obtempérer à une sommation de s'arrêter, en 2022 pour des faits de vol par effraction dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt et de conduite sans permis et sans assurance, et en 2023 pour des faits de recel, de conduite sans permis et sans assurance, et de violences sur conjoint. S'il se prévaut de la présence en France de sa sœur, de sa tante qui l'aurait adopté, et de ses cousins, et soutient qu'il a un enfant français né en 2021, il ne démontre toutefois pas l'intensité de ses attaches familiales en France, alors qu'il indique n'avoir jamais vu son enfant et que sa mère et ses frères résident dans son pays d'origine. Enfin, le requérant, qui est sans emploi et sans revenus, ne justifie d'aucune insertion socio-professionnelle en France. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, la préfète du Rhône, qui a pu considérer que le comportement de l'intéressé constituait une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société, n'a pas méconnu les dispositions précitées de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
9. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Le requérant, dont la résidence continue en France depuis dix-sept ans n'est pas établie, est célibataire et ne démontre pas entretenir de liens avec son enfant qui serait de nationalité française. Il ne justifie d'aucune insertion socio-professionnelle en France, où il a été condamné à de nombreuses reprises ainsi qu'il a été dit au point 8. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi porteraient une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de M. I en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
10. Aux termes du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants () l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Compte tenu des éléments exposés au point 8, le moyen tiré de la violation de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.
En ce qui concerne la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :
11. Aux termes de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les étrangers dont la situation est régie par le présent livre disposent, pour satisfaire à l'obligation qui leur a été faite de quitter le territoire français, d'un délai de départ volontaire d'un mois à compter de la notification de la décision. / L'autorité administrative ne peut réduire le délai prévu au premier alinéa qu'en cas d'urgence et ne peut l'allonger qu'à titre exceptionnel ".
12. Compte tenu de ce qui a été exposé au point 8, et en l'absence d'autre élément, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la préfète du Rhône a méconnu les dispositions précitées ou commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de lui accorder un délai de départ volontaire au motif qu'il y avait urgence à l'éloigner.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de circuler sur le territoire français :
13. Compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré par M. I de ce que l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français qu'il conteste entache d'illégalité la décision portant interdiction de circulation pour une durée de six mois ne peut qu'être écarté.
14. Aux termes de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée sur le fondement des 2° ou 3° de l'article L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans. ". Aux termes de l'article L. 251-6 de ce code : " Le sixième alinéa de l'article L. 251-1 et les articles L. 251-3, L. 251-7 et L. 261-1 sont applicables à l'interdiction de circulation sur le territoire français. " et aux termes du sixième alinéa de l'article L. 251-1 du même code : " L'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine. ".
15. Compte tenu de ce qui a été dit au point 8 sur la situation personnelle de M. I, ainsi que sur la menace à l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire français, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que la préfète du Rhône aurait commis une erreur d'appréciation en lui interdisant de circuler sur le territoire français pendant une durée de six mois. Il n'est pas non plus fondé à soutenir que cette interdiction porterait une atteinte disproportionnée à son droit à la libre circulation et méconnaîtrait l'article 45 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.
16. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. I doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme quelconque au titre des frais exposés par M. I et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : M. I est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C I et à la préfète du Rhône.
Lu en audience publique le 14 mars 2024.
La magistrate désignée,
S. J
La greffière,
F. Gaillard
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026