lundi 8 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2402370 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | JU 9ème chambre |
| Avocat requérant | SALKAZANOV |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 9 mars 2024 et un mémoire enregistré le 15 mai 2024, Mme A, représentée par Me Salkazanov, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions du 15 février 2024 par lesquelles la préfète de l'Ardèche l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé un pays de renvoi et lui a interdit de retourner sur le territoire pour une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre à la préfète de l'Ardèche de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 2 400 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, somme à verser directement à Mme A en cas de refus d'admission à l'aide juridictionnelle.
Mme A soutient que :
- il n'est pas possible d'identifier le signataire de la décision, qui ne comporte pas le cachet de la préfète de l'Ardèche, et qui doit donc être regardée comme ayant été signée par une autorité incompétente ;
- l'obligation de quitter le territoire française a été prise en violation du droit d'être entendue ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle, compte tenu du recours formé devant la Cour nationale du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision fixant le pays de renvoi est illégale en ce qu'elle est prise pour l'exécution d'une mesure d'éloignement elle-même illégale ;
- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne précitée, ainsi que l'article 8 de cette même convention ;
- l'interdiction de retour méconnaît les articles L. 612-8 L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense enregistré le 2 mai 2024, la préfète de l'Ardèche conclut au rejet de la requête au motif que les moyens ne sont pas fondés.
La présidente du tribunal a délégué les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à Mme de Lacoste Lareymondie.
Vu :
- la décision du bureau d'aide juridictionnelle du 4 mai 2024 accordant l'aide juridictionnelle totale à Mme A ;
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 5 juin 2024, Mme de Lacoste Lareymondie a présenté son rapport.
Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
1. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans l'un des cas suivants : / () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2 (). "
2. Mme A, de nationalité albanaise, est entrée en France régulièrement le 18 septembre 2023. Sa demande d'asile, enregistrée le 27 octobre 2023, a été rejetée le 19 décembre 2023 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ayant statué en procédure accélérée. Mme A ne bénéficiant plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application de l'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la préfète de l'Ardèche a ordonné, sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du même code, son éloignement.
3. En premier lieu, et contrairement à ce que soutient Mme A, la décision en litige comporte de manière parfaitement lisible la mention de son signataire, à savoir la préfète de l'Ardèche elle-même. La requérante n'est donc pas fondée à s'en prévaloir, en tout état de cause, pour soutenir que la décision aurait été signée par une autorité incompétente.
4. En deuxième lieu, la décision contestée énonce l'ensemble des considérations de droit et de fait sur lesquelles la préfète de l'Ardèche s'est fondée pour ordonner l'éloignement de Mme A. Elle est donc suffisamment motivée.
5. En troisième lieu, lorsqu'il oblige un étranger à quitter le territoire français sur le fondement de ces dispositions, l'autorité administrative doit appliquer les principes généraux du droit de l'Union européenne, dont celui du droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle défavorable ne soit prise à son encontre. En l'espèce, la mesure d'éloignement en litige a été ordonnée suite au rejet de la demande d'asile de Mme A qui ne pouvait ignorer qu'une issue défavorable à sa demande de protection internationale l'exposait à un éloignement du territoire français et un renvoi dans son pays d'origine, et à qui il appartenait de faire valoir, à l'occasion de cette demande, toutes les précisions qui lui paraissaient utiles à l'étude de sa situation par l'autorité administrative. Dans ces circonstances, Mme A, qui ne précise pas quels sont les éléments qu'elle a été privée de faire valoir et qui auraient été susceptibles d'influer sur le sens de la décision contestée, n'est pas fondée à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français a été édictée en violation du droit d'être entendue.
6. En quatrième lieu, la seule circonstance que le recours formé par Mme A contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides rejetant sa demande d'asile soit toujours pendant devant la Cour nationale du droit d'asile n'est pas de nature à démontrer que l'obligation de quitter le territoire français serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle.
7. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Mme A, dont le séjour en France est très récent, ne dispose d'aucune attache familiale en France à l'exclusion de ses enfants mineurs qui ont vocation à repartir avec elle en Albanie. S'il ressort des pièces du dossier qu'elle a quitté son pays en raison des violences dont elle a été victime de la part de son époux, cette situation ne sont pas de nature à démontrer qu'elle aurait, pour autant, fixé durablement en France le centre de ses intérêts personnels et familiaux. Le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit donc être écarté.
En ce qui concerne la décision désignant le pays de renvoi :
8. Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
9. En premier lieu, Mme A n'ayant pas démontré l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, elle n'est pas fondée à s'en prévaloir, par la voie de l'exception et sans soulever d'autres moyens que ceux qui viennent d'être écartés, pour soutenir que la décision désignant un pays de renvoi serait elle-même illégale.
10. En deuxième lieu, pour soutenir qu'elle ne peut retourner dans son pays d'origine, Mme A fait valoir qu'elle a été victime de violences de la part de son époux qui continue de la menacer malgré la distance. Si les pièces du dossier attestent de la réalité de ces violences et des menaces persistantes de l'époux de la requérante, Mme A, dont la demande d'asile a été rejetée et qui n'a pas davantage obtenu le bénéficie de la protection subsidiaire, ne démontre, et ne soutient d'ailleurs pas, qu'elle ne pourrait pas bénéficier de la protection des autorités policières et judiciaires de son pays en cas de retour en Albanie. Il s'ensuit que le moyen tiré de la violation de l'article 3 de la convention européenne précitée doit être écarté.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
11. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français.
Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. " Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".
12. Ainsi qu'il a été dit précédemment, Mme A réside en France depuis moins de six mois à la date de la décision en litige. L'intéressée est par ailleurs dépourvue de toute attache personnelle ou familiale en France. Dès lors, l'interdiction de retour sur le territoire pour une durée de douze mois ne méconnaît pas les dispositions précitées des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
13. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
14. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction doivent donc être également rejetées.
Sur les frais liés au litige :
15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C et à la préfète de l'Ardèche.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juillet 2024.
La magistrate désignée,
E. de Lacoste Lareymondie
La greffière,
S. Lecas
La République mande et ordonne à la préfète de l'Ardèche en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026