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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2402411

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2402411

vendredi 30 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2402411
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation8ème chambre
Avocat requérantLAWSON BODY

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon a rejeté la requête de M. C, ressortissant arménien, qui contestait l'arrêté du préfet de la Loire refusant le renouvellement de son titre de séjour pour raison médicale et l'obligeant à quitter le territoire. Le tribunal a écarté les moyens d'incompétence et d'insuffisance de motivation, jugeant l'arrêté régulièrement signé et suffisamment motivé. Sur le fond, il a estimé que le préfet n'avait pas méconnu l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, compte tenu de l'avis du collège de médecins de l'OFII et de la situation familiale de l'intéressé. La requête a donc été rejetée dans son ensemble, y compris les conclusions aux fins d'injonction et celles présentées au titre des frais de justice.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 mars 2024, M. A C, représenté par Me Lawson-Body, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 janvier 2024 par lequel le préfet de la Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays vers lequel il pourrait être éloigné d'office et lui a opposé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire de le munir sous huit jours d'une autorisation provisoire de séjour lui permettant de travailler et de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", " salarié " ou " travailleur temporaire " ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de deux mois, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'est pas justifié de la compétence du signataire de l'arrêté attaqué, qui est également insuffisamment motivé ;

- il n'est pas justifié du recueil préalable de l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- le préfet s'est cru à tort tenu par l'avis du collège des médecins de l'OFII ;

- compte tenu de son état de santé, le refus de séjour contesté méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le refus de séjour qui lui est opposé est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation et porte une atteinte excessive à sa vie privée et familiale en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'illégalité du refus de titre qui lui est opposé entache d'illégalité les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixation de son pays de destination, qui résultent également d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'illégalité de l'obligation qui lui est faite de quitter le territoire français entache d'illégalité la décision portant interdiction de retour, qui présente également un caractère disproportionné et qui méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que l'intérêt supérieur de son enfant protégé par l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Le préfet de la Loire a produit des pièces, enregistrées le 31 mai 2024.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 février 2024.

Vu l'arrêté critiqué et les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Le président de la formation de jugement ayant dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

Après avoir entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Feron ;

Considérant ce qui suit :

1. Ressortissant arménien né en 1984, M. C conteste l'arrêté du 9 janvier 2024 par lequel le préfet de la Loire a rejeté sa demande de renouvellement de son titre de séjour en qualité d'étranger malade, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays vers lequel il pourrait être éloigné d'office et lui opposé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. L'arrêté en litige a été signé par M. Schuffenecker, secrétaire général de la préfecture, en vertu de la délégation que le préfet de la Loire lui a donnée par un arrêté du 13 juillet 2023 publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le 24 juillet suivant. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions du 9 janvier 2024 doit être écarté.

3. L'arrêté critiqué, qui fait en particulier état du fondement de la demande de titre de séjour de l'intéressé, de sa situation familiale ainsi que de l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) rendu le 19 décembre 2023, comporte les éléments de fait et de droit qui donnent leur fondement aux décisions qu'il contient. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation des décisions en litige doit être écarté.

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

4. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an (). / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale ".

5. Contrairement à ce que soutient le requérant, il ressort des pièces du dossier que le préfet de la Loire, dont la décision relève notamment qu'aucun élément du dossier ne venait utilement contredire l'avis du collège des médecins de l'OFII du 19 décembre 2023 produit devant le tribunal, a statué au vu de l'avis médical requis par les dispositions citées au point précédent et ne s'est pas estimé tenu par le sens de celui-ci. Par suite, les moyens tirés de ce que l'autorité préfectorale aurait négligé de saisir le collège des médecins de l'OFII de sa situation et d'exercer son pouvoir d'appréciation doivent être écartés.

6. Pour refuser de délivrer le titre de séjour sollicité par M. C en qualité d'étranger malade, le préfet de la Loire s'est fondé sur l'avis du 19 décembre 2023 mentionné ci-dessus selon lequel l'état de santé du requérant pourrait faire effectivement l'objet d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Si le requérant fait valoir les exigences du suivi des pathologies dont il souffre, notamment le suivi néphrologique, cardiologique et neurologique lié à la fièvre méditerranéenne et à l'amylose qui l'affectent ainsi qu'à la greffe de rein dont il a bénéficié en 2020, les éléments d'ordre médical qui sont avancés, notamment les énonciations des certificats du Dr D ou du Dr B émettant des doutes sur la possibilité d'un suivi en Arménie ou l'attestation d'avril 2023 émanant d'un groupement de pharmacies selon laquelle les médicaments Advagraf, Lyrica et Cellcept qui lui sont prescrits n'y seraient pas disponibles, ne suffisent pas en l'espèce pour remettre en cause le bien-fondé de la décision préfectorale, prise conformément à l'avis émis par le collège de médecins de l'OFII le 19 décembre 2023 et retenant la possibilité d'un suivi approprié du requérant en Arménie et la possibilité pour celui-ci de s'y rendre. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

7. Pour soutenir que le refus de titre de séjour en litige porte une atteinte excessive à sa vie privée et familiale, M. C fait valoir, outre son état de santé, l'ancienneté de sa présence et sa bonne intégration en France où il a notamment pu exercer une activité professionnelle depuis le mois de septembre 2022 et où se trouvent également son épouse et leur fils né en 2021. Compte tenu toutefois de ce qui a été dit au point précédent ainsi que des conditions et des motifs du séjour en France du requérant, dont l'épouse a été destinataire d'une mesure d'éloignement en 2019, le refus critiqué ne saurait être regardé comme portant au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels il a été pris. Par suite, M. C n'est pas fondé à soutenir que les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ont été méconnues. Les circonstances dont il est fait état ne suffisent pas davantage pour considérer que le préfet de la Loire a, au regard de ses conséquences sur la situation personnelle du requérant, entaché sa décision de refus d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français et la fixation du pays de renvoi :

8. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que M. C n'est pas fondé à soutenir que l'illégalité du refus de titre de séjour qui lui a été opposé entache d'illégalité la mesure d'éloignement prise sur son fondement ou la décision fixant le pays vers lequel il pourrait être éloigné. Si le requérant soutient également que son éloignement est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation, ce moyen doit être écarté pour les motifs de fait relatifs à la situation personnelle et familiale de M. C exposés aux points 6 et 7.

En ce qui concerne l'interdiction de retour :

9. Compte tenu de ce qui précède, M. C n'est pas fondé à soutenir que l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français qu'il conteste entache d'illégalité la décision portant interdiction de retour prise sur son fondement.

10. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".

11. Il ressort des pièces du dossier que, pour prononcer une interdiction de retour d'une durée de 6 mois à l'égard de M. C, le préfet de la Loire s'est déterminé au regard des critères énoncés à l'article L. 612-10 précité en tenant compte en particulier de l'ancienneté de sa présence en France, de sa situation familiale et de son état de santé. Dans les circonstances de l'espèce, compte tenu de la durée de l'interdiction de retour en litige et alors que la présence en France du requérant avait été autorisée au titre de son état de santé, l'autorité préfectorale ne saurait être regardée comme ayant fait une inexacte application des dispositions citées au point précédent ou comme ayant porté une atteinte excessive à la vie privée et familiale de M. C en violation des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Les circonstances de l'espèce ne permettent pas davantage de considérer que l'autorité préfectorale a commis une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences de sa décision sur la situation personnelle du requérant ou que l'intérêt supérieur de son fils né en 2021 a été méconnu en violation des stipulations de l'article 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête de M. C dirigées contre l'arrêté du préfet de la Loire du 9 janvier 2024 doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

13. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C, n'appelle aucune mesure d'exécution.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il en soit fait application à l'encontre de l'Etat, qui n'est pas partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de la Loire.

Délibéré après l'audience du 24 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Gille, président,

M. Richard-Rendolet, premier conseiller,

Mme Feron, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe du tribunal le 30 août 2024.

La rapporteure,

C. Feron

Le président,

A. Gille

Le greffier,

Y. Mesnard

La République mande et ordonne au préfet de la Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier

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