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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2402437

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2402437

jeudi 14 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2402437
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 mars 2024, M. A B demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler les décisions du 11 mars 2024 par lesquelles le préfet de l'Isère lui a fait obligation de quitter le territoire français, a fixé le pays de renvoi, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement, à son conseil, d'une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour ce dernier de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- il n'est pas justifié de la compétence du signataire des décisions en litige ;

- les décisions contestées sont insuffisamment motivées et entachées d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- l'obligation de quitter le territoire français en litige porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant refus de délai de départ volontaire méconnaît les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français contestée méconnaît les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, et sa durée présente un caractère disproportionné au regard de sa situation personnelle.

Des pièces ont été produites par le préfet de l'Isère les 13 et 14 mars 2024.

Vu les décisions attaquées et les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme C pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue par l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique du 14 mars 2024 :

- le rapport de Mme C ;

- les observations de Me Guillaume, avocate, pour M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens et ajoute que la délégation de signature de M. Laurent Simplicien est trop générale et imprécise, que le requérant n'avait pas connaissance de la précédente obligation de quitter le territoire français prise à son encontre avant le prononcé de la mesure d'éloignement en litige et que son comportement ne représente pas une menace pour l'ordre public, dès lors que les faits pour lesquels il est connu des services de police n'ont entraîné aucune condamnation, qu'il n'est pas l'auteur des violences aggravées qui lui sont reprochées, et qu'il n'a pas été placé en garde à vue ni poursuivi à la suite de son interpellation le 11 mars 2024 ;

- les observations de M. B, requérant ;

- les observations de Me Iririra Nganga, avocat, substituant Me Tomasi, pour le préfet de l'Isère, qui conclut au rejet de la requête au motif que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Ressortissant albanais né en 2003, M. B conteste les décisions du 11 mars 2024 par lesquelles le préfet de l'Isère lui a fait obligation de quitter le territoire français, a fixé le pays de renvoi, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle :

2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions des articles L. 614-7 à L. 614-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :

3. Les décisions en litige ont été signées par M. Laurent Simplicien, secrétaire général de la préfecture de l'Isère, qui disposait à cet effet d'une délégation de signature, consentie par le préfet de l'Isère le 21 août 2023 et régulièrement publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour. Par suite, compte tenu de cette délégation, qui n'est pas générale et est bornée à la durée d'exercice des fonctions du délégant et du délégataire, le moyen tiré de l'incompétence du signataire doit être écarté.

4. Les décisions attaquées comportent les considérations de droit et de fait qui les fondent et sont, par suite, suffisamment motivées. En outre, il ressort des pièces du dossier que le préfet de l'Isère, qui n'était pas tenu de mentionner l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle de M. B, a procédé à un examen particulier de sa situation préalablement à l'édiction des décisions en litige. Par suite, les moyens tirés du défaut de motivation et du défaut d'examen dont seraient entachées ces décisions doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

6. Si M. B soutient être entré en France en 2017, il n'établit pas sa résidence avant l'année 2021, au cours de laquelle il a formé une demande d'asile qui a été rejetée en 2022. Il ressort, en outre, des pièces du dossier qu'il s'est maintenu sur le territoire français en dépit d'une mesure d'éloignement édictée à son encontre le 14 novembre 2022, laquelle lui a été valablement notifiée alors même que le pli a été " avisé et non réclamé ". Par ailleurs, le requérant, qui a déclaré lors de son audition être célibataire et sans enfant à charge, ne justifie pas de l'intensité de ses liens avec sa mère et sa fratrie, présents sur le territoire français, ni avec l'enfant qui serait né de sa relation avec une ressortissante italienne ou avec l'autre enfant qu'il évoque dans sa requête. Par ailleurs, l'intéressé, qui a été interpellé le 11 mars 2024 pour des faits de squat chez une personne sous curatelle, est défavorablement connu des services de police pour des faits de violences aggravées, de port d'arme de catégorie D, d'intrusion dans un établissement scolaire et d'usage et détention de stupéfiants. Si le requérant soutient qu'il n'a pas commis les faits de violences aggravées, il ne conteste en revanche pas être l'auteur des autres faits ainsi mentionnés, pour lesquels il se borne à faire valoir qu'il n'a pas été condamné. Enfin, M. B ne justifie d'aucune insertion socio-professionnelle en France. Dans ces conditions, la décision l'obligeant à quitter le territoire français n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la violation des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :

7. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".

8. Il ressort des pièces du dossier que M. B n'a présenté aucun document d'identité ou de voyage. En outre, s'il produit une attestation d'hébergement de sa mère, il a été interpellé dans un squat le 11 mars 2024. Il ne présente ainsi pas de garanties de représentation suffisantes. Dans ces conditions, le préfet de l'Isère n'a pas méconnu les dispositions précitées des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant de lui accorder un délai de départ volontaire.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

9. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / (). "

10. Ainsi qu'il a été dit, M. B, qui ne démontre pas résider en France depuis 2017, ne justifie pas de l'intensité des liens qu'il entretiendrait avec les membres de sa famille présents en France ni d'une insertion socio-professionnelle sur le territoire français. En outre, il est défavorablement connu des services de police et a fait l'objet d'une précédente obligation de quitter le territoire français en 2022. Par suite, le préfet de l'Isère n'a pas méconnu les dispositions précitées des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressé en lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans, laquelle n'est pas disproportionnée.

11. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme quelconque au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de l'Isère.

Lu en audience publique le 14 mars 2024.

La magistrate désignée,

S. C

La greffière,

F. Gaillard

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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