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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2402643

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2402643

mercredi 18 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2402643
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation8ème chambre
Avocat requérantSCP ROBIN VERNET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires complémentaires enregistrés les 15 mars, 19 mars et 20 juin 2024, Mme B D C, représentée par la SCP Robin-Vernet, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 mars 2024 par lequel la préfète de l'Ain lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays vers lequel elle pourrait être éloignée d'office et lui a opposé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Ain de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de procéder au réexaminer de sa situation, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 200 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- il n'est pas justifié de la compétence du signataire de l'arrêté attaqué ;

- la décision lui faisant obligation de quitter le territoire est insuffisamment motivée, résulte d'un défaut d'examen de sa situation et a méconnu son droit d'être entendue ;

- l'obligation de quitter le territoire en litige est entachée d'une erreur de droit compte tenu du dépôt d'une demande de titre de séjour dans le cadre du dispositif " En Act 69 ", méconnaît le 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, porte une atteinte excessive à sa vie privée et familiale protégée par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et résulte d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français sur laquelle elle est fondée entache d'illégalité la décision portant refus de lui accorder un délai de départ volontaire, qui résulte également d'un défaut d'examen particulier de sa situation et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français sur laquelle elle est fondée entache d'illégalité la décision fixant son pays de destination, qui méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision d'interdiction de retour sur le territoire français est insuffisamment motivée, résulte d'un défaut d'examen de sa situation et est entachée d'une erreur d'appréciation.

Par des mémoires en défense enregistrés les 16 mai et 27 juin 2024, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

M. C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 18 avril 2024.

Vu l'arrêté critiqué et les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Le président de la formation de jugement ayant dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

Après avoir entendu, au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Feron ;

- et les observations de Me Beligon pour Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Ressortissante angolaise née en 1966, Mme C demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 14 mars 2024 par lequel la préfète de l'Ain lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays vers lequel elle pourrait être éloignée d'office et lui a opposé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. L'arrêté critiqué a été signé par M. A, chef du bureau de l'éloignement et du contentieux, en vertu de la délégation que la préfète de l'Ain lui a donnée par un arrêté du 15 février 2024 publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de l'Ain le 19 février suivant. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté du 14 mars 2024 doit être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

3. Traduisant un examen de la situation particulière de la requérante, la décision attaquée, qui fait en particulier état de la situation administrative et personnelle de l'intéressée et des dispositions applicables à sa situation, comporte les éléments de fait et de droit qui la fondent. Si Mme C relève que la décision attaquée ne fait pas mention de sa participation au dispositif " En act 69 " en vue de la régularisation de sa situation, il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme C a informé les services de l'Etat de cette participation lorsqu'elle a été entendue par la police aux frontières le 14 mars 2024 et la requérante ne justifie pas du dépôt d'une demande de titre de séjour fondée sur cette participation que la préfète du Rhône aurait ainsi omis d'examiner. Par suite, les moyens tirés par la requérante du défaut de motivation de la décisions en litige ainsi que du défaut d'examen de sa situation et de l'erreur de droit qui en résulte doivent être écartés.

4. Alors qu'il est constant que Mme C a été auditionnée par les services de la police aux frontières de Prévessin-Moëns le 14 mars 2024, le moyen tiré de la méconnaissance du droit de la requérante d'être entendue avant son éloignement doit être écarté comme manquant en fait.

5. Si Mme C se prévaut de la méconnaissance des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en vertu desquelles son état de santé ferait selon elle obstacle à son éloignement, ce moyen doit être écarté comme inopérant dès lors que ces dispositions n'étaient plus en vigueur à la date de la décision attaquée.

6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". A l'appui de sa contestation, Mme C, qui fait valoir l'ancienneté de sa présence et sa bonne intégration en France, soutient que l'obligation de quitter le territoire qu'elle conteste porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale. Toutefois, si la requérante est entrée en France en 2017, il est constant que celle-ci s'est maintenue irrégulièrement sur le territoire en dépit du rejet de sa demande d'asile en 2018 et des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire qui lui ont été opposées par le préfet du Rhône le 6 avril 2021. Dans ces conditions et alors que Mme C ne fait pas état d'attaches en France, n'y justifie pas d'une insertion sociale particulière et ne conteste pas les attaches familiales que la décision en litige lui prête dans son pays d'origine, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Les circonstances dont la requérante fait état, tirées notamment de son engagement bénévole dans le domaine des services à la personne et des perspectives de régularisation offertes par sa participation au dispositif " En act 69 ", ne suffisent pas davantage pour considérer que la décision critiquée résulte, au regard de ses conséquences sur la situation personnelle de Mme C, d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne le refus d'accorder un délai de départ volontaire :

7. Compte tenu de ce qui a été dit précédemment, Mme C n'est pas fondée à soutenir que l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français qui le fonde entache d'illégalité le refus de lui accorder un délai de départ volontaire.

8. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement () ".

9. Alors que le refus critiqué se fonde notamment sur le maintien irrégulier de la requérante en France en dépit de la mesure d'éloignement prononcée à son encontre le 6 avril 2021, Mme C se borne à faire valoir, à l'appui de sa contestation, les perspectives de régularisation de sa situation offertes par sa participation au dispositif " En act 69 " promu par les services de l'Etat. Ce faisant, la requérante ne fait pas état de circonstances particulières justifiant qu'un délai de départ volontaire lui soit accordé et les moyens tirés d'une inexacte application des dispositions législatives citées au point précédent, du défaut d'examen de la situation de la requérante et de l'erreur manifeste dont l'autorité préfectorale aurait entaché sa décision doivent être écartés.

En ce qui concerne la fixation du pays de destination :

10. Il résulte de ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à soutenir que l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français qui la fonde entache d'illégalité la décision fixant son pays de renvoi.

11. Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité () / () / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines et traitements inhumains et dégradants ". Si Mme C, dont la demande d'asile et la demande de titre de séjour pour raison de santé ont été rejetées en 2018 et en 2021, soutient que la décision en litige viole les stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, elle n'apporte toutefois aucune précision permettant d'apprécier la nature et la réalité des risques auxquels elle serait exposée en Angola. Par suite, le moyen doit être écarté.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

12. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour (), l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

13. Traduisant un examen de la situation particulière de Mme C au regard des dispositions citées au point précédent, la décision attaquée comporte l'ensemble des éléments de fait et de droit qui la fondent. Par suite, les moyens tirés par la requérante du défaut de motivation de la décision en litige ainsi que du défaut d'examen de sa situation doivent être écartés.

14. Pour opposer une interdiction de retour d'une durée de deux ans à Mme C, la préfète du Rhône s'est déterminée au regard des critères énoncés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Compte tenu de ce qui a été dit précédemment quant à la situation personnelle et familiale de la requérante, qui n'a notamment pas donné suite à la mesure d'éloignement dont elle a fait l'objet en 2021, celle-ci n'est pas fondée à soutenir que l'interdiction de retour en litige résulte, dans son principe ou sa durée, d'une inexacte application des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

15. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme C doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

16. Le présent jugement, qui rejette les conclusions de la requête de Mme C à fin d'annulation, n'appelle aucune mesure d'exécution.

Sur les frais liés au litige :

17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il en soit fait application à l'encontre de l'Etat, qui n'est pas partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D C et à la préfète de l'Ain.

Délibéré après l'audience du 8 juillet 2024, à laquelle siégeaient :

M. Gille, président,

M. Richard-Rendolet, premier conseiller,

Mme Feron, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe du tribunal le 18 septembre 2024.

La rapporteure,

C. Feron

Le président,

A. Gille

La greffière,

L. Khaled

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier

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