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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2402765

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2402765

vendredi 30 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2402765
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation8ème chambre
Avocat requérantDEME

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon a rejeté la requête de Mme A, ressortissante ivoirienne, qui contestait le refus de renouvellement de son titre de séjour étudiant et l'obligation de quitter le territoire français. La juridiction a estimé que la décision était suffisamment motivée et que la préfète avait examiné sa situation, notamment son absence de progression universitaire significative après trois ans en France. Appliquant l'article 9 de la convention franco-ivoirienne du 21 septembre 1992, le tribunal a jugé que le refus n'était pas entaché d'erreur manifeste d'appréciation, car la requérante n'avait validé qu'une seule année d'études et sa réorientation constituait une régression. Par conséquent, l'illégalité du refus de titre n'étant pas établie, l'obligation de quitter le territoire français a été maintenue.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 mars 2024, Mme B A, représentée par Me Deme, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 février 2024 par lequel la préfète du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour en qualité d'étudiante, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays vers lequel elle pourrait être éloignée d'office ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de la munir d'une autorisation provisoire de séjour puis de lui délivrer dans le délai d'un mois un titre de séjour portant la mention " étudiante " ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 800 euros sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- il n'est pas justifié de la compétence de la signataire de l'arrêté en litige ;

- le refus de titre de séjour qui lui est opposé est insuffisamment motivé et résulte d'un défaut d'examen de sa situation ;

- le refus de lui délivrer un titre de séjour méconnaît les stipulations de l'article 9 de la convention franco-ivoirienne du 21 septembre 1992 et résulte d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'illégalité du refus de titre qui lui est opposé entache d'illégalité l'obligation qui lui est faite de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense enregistré le 19 juin 2024, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

La demande de Mme A tendant à son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle a été refusée par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 4 avril 2024.

Vu l'arrêté attaqué et les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République de Côte d'Ivoire relative à la circulation et au séjour des personnes, signée à Abidjan le 21 septembre 1992 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Le président de la formation de jugement ayant dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

Après avoir entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Feron ;

Considérant ce qui suit :

1. Ressortissante ivoirienne née en 1994, Mme A conteste l'arrêté du 23 février 2024 par lequel la préfète du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour en qualité d'étudiante, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays vers lequel elle pourrait être éloignée d'office.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

2. L'arrêté du 23 février 2024 a été signé par Mme C, directrice des migrations et de l'intégration, en vertu de la délégation de signature que la préfète du Rhône lui a donnée par un arrêté du 30 novembre 2023 publié le lendemain au recueil des actes administratifs de la préfecture. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision en litige doit être écarté.

3. Traduisant un examen particulier de la situation de Mme A, la décision attaquée, qui fait en particulier état du fondement de la demande de titre de séjour de la requérante et du parcours universitaire de celle-ci, comporte les éléments de fait et de droit qui en constituent le fondement. Par suite, les moyens tirés du défaut de motivation de la décision en litige et du défaut d'examen de la situation de la requérante doivent être écartés.

4. Aux termes de l'article 9 de la convention franco-ivoirienne du 21 septembre 1992 visée ci-dessus : " Les ressortissants de chacun des États contractants désireux de poursuivre des études supérieures () sur le territoire de l'autre État doivent, outre le visa de long séjour prévu à l'article 4, justifier d'une attestation d'inscription ou de préinscription dans l'établissement d'enseignement choisi, ou d'une attestation d'accueil de l'établissement où s'effectue le stage, ainsi que, dans tous les cas, de moyens d'existence suffisants. / Les intéressés reçoivent un titre de séjour temporaire portant la mention "étudiant". Ce titre de séjour est renouvelé annuellement sur justification de la poursuite effective des études ou du stage et de la possession de moyens d'existence suffisants () ".

5. Pour refuser de faire droit à la demande de renouvellement du titre de séjour délivré à Mme A en qualité d'étudiante, la préfète du Rhône s'est fondée, comme il lui appartenait de le faire, sur l'absence de résultats probants et de progression de l'intéressée dans son parcours universitaire, relevant que la réorientation envisagée au titre de l'année universitaire 2023-2024 traduisait une régression dans son cursus et était sans lien avec la formation initialement suivie. Si, pour contester ce refus, la requérante fait valoir le sérieux de sa démarche en exposant qu'elle a validé l'année de master 1 de lettres modernes dans laquelle elle était inscrite au titre de l'année 2021-2022 et que la formation professionnelle d'assistant de service social qu'elle envisage de suivre désormais lui permettra d'acquérir un diplôme d'Etat à l'issue d'un cursus de trois ans, il est toutefois constant que, comme le relève la décision en litige et après trois ans de présence en France, Mme A n'a validé qu'une année d'études et la nouvelle formation dans laquelle la requérante envisage de s'inscrire en 1ère année traduit une régression dans son parcours depuis son entrée en France. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 9 de la convention franco-ivoirienne de 1992 doit être écarté. Les circonstances dont la requérante fait état, tirées notamment du bien-fondé de son projet de réorientation, ne suffisent pas pour considérer que la préfète du Rhône, au regard de ses conséquences sur la situation personnelle et le parcours universitaire de Mme A, a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

6. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que Mme A n'est pas fondée à soutenir que l'illégalité du refus de titre de séjour qui lui a été opposé entache d'illégalité la mesure d'éloignement prise sur son fondement.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête dirigées contre l'arrêté du 23 février 2024 doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A, n'appelle aucune mesure d'exécution.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il en soit fait application à l'encontre de l'Etat, qui n'est pas partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience du 24 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Gille, président,

M. Richard-Rendolet, premier conseiller,

Mme Feron, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe du tribunal le 30 août 2024.

La rapporteure,

C. Feron

Le président,

A. Gille

Le greffier,

Y. Mesnard

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier

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