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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2402786

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2402786

mardi 10 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2402786
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation8ème chambre
Avocat requérantADJA OKE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 mars 2024, Mme B A, représentée par Me Adja Oke, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 20 septembre 2023 par laquelle la préfète du Rhône a rejeté sa demande de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de la munir d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler puis, dans le délai d'un mois, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " ou " vie privée et familiale " ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa demande, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le refus de l'admettre au séjour est entaché d'un vice de procédure, faute de nouvelle consultation de la commission du titre de séjour ;

- le refus critiqué méconnaît les stipulations de l'article 4 de l'accord franco-sénégalais et les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision attaquée porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée à la préfète du Rhône qui a produit des pièces, enregistrées le 27 juin 2024.

La clôture de l'instruction a été fixée au 30 juin 2024 par une ordonnance du 12 juin précédent.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 12 janvier 2024.

Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-sénégalais relatif à la gestion concertée des flux migratoires signé à Dakar le 23 septembre 2006 et l'avenant à cet accord signé le 25 février 2008 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté du 1er avril 2021 relatif à la délivrance, sans opposition de la situation de l'emploi, des autorisations de travail aux étrangers non ressortissants d'un Etat membre de l'Union européenne, d'un autre Etat partie à l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Le président de la formation de jugement ayant dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

Après avoir entendu, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Richard-Rendolet,

- et les observations de Me Adja Oke pour Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Par un jugement du 11 février 2022, le tribunal administratif de Lyon a annulé la décision du préfet du Rhône du 21 juin précédent rejetant la demande de titre de séjour présentée par Mme A, ressortissante sénégalaise née en 1982. Mme A demande l'annulation de la décision du 20 septembre 2023 par laquelle, statuant à nouveau sur sa situation, la préfète du Rhône a rejeté sa demande.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes du paragraphe 42 de l'article 4 de l'accord franco-sénégalais du 23 septembre 2006 visé ci-dessus : " Un ressortissant sénégalais en situation irrégulière en France peut bénéficier, en application de la législation française, d'une admission exceptionnelle au séjour se traduisant par la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant : - soit la mention " salarié " s'il exerce l'un des métiers mentionnés dans la liste figurant en annexe IV de l'Accord et dispose d'une proposition de contrat de travail ; / - soit la mention " vie privée et familiale " s'il justifie de motifs humanitaires ou exceptionnels ". Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

3. Pour rejeter la demande de titre de séjour portant la mention " salarié " présentée par Mme A sur le fondement des dispositions citées au point précédent, la préfète du Rhône s'est fondée sur la circonstance que l'emploi de " responsable de secteur " occupé par la requérante ne figurait pas dans la liste annexée à l'arrêté du 1er avril 2021 visé ci-dessus relative aux emplois pour lesquels la situation de l'emploi ne peut être opposée à une demande d'autorisation de travail. Toutefois, le contrat de responsable de secteur conclu par la requérante avec la société Cleaning Office lui confie des missions d'encadrement des équipes chargées de l'entretien des locaux assuré par cette société et la charge également, à titre principal ou en renforcement des équipes, de la réalisation d'opérations d'entretien. Dans ces conditions et alors que la famille professionnelle des agents d'entretien de locaux est au nombre de celles qui figurent en annexe à l'arrêté du 1er avril 2021 ainsi d'ailleurs qu'à l'annexe IV de l'accord franco-sénégalais du 23 septembre 2006, Mme A est fondée à soutenir que la préfète du Rhône s'est méprise sur sa situation et que la décision du 20 septembre 2023 doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

4. Eu égard à ses motifs, l'exécution du présent jugement implique seulement que la préfète du Rhône procède au réexamen de la situation de Mme A et statue sur celle-ci. Il y a lieu de lui adresser une injonction en ce sens et, dans les circonstances de l'espèce, de lui impartir un délai d'un mois pour s'y conformer. Il n'y a en revanche pas lieu d'assortir cette injonction de l'astreinte qui est demandée.

Sur les frais liés au litige :

5. Dans les circonstances de l'espèce et en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 visée ci-dessus, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 400 euros à Me Adja Oke au titre des frais d'instance, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle.

DECIDE :

Article 1er : La décision de la préfète du Rhône du 20 septembre 2023 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Rhône de procéder au réexamen de la demande de titre de séjour de Mme A et de statuer sur celle-ci dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 400 euros à Me Adja Oke, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience du 8 juillet 2024, à laquelle siégeaient :

M. Gille, président,

M. Richard-Rendolet, premier conseiller,

Mme Feron, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 septembre 2024.

Le rapporteur,

F-X. Richard-RendoletLe président,

A. Gille

La greffière,

L. Khaled

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier

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