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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2402796

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2402796

mercredi 3 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2402796
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantGRIOT EMILIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 mars 2024, M. B A demande au tribunal d'annuler la décision du même jour par laquelle la préfète du Rhône a décidé de sa remise aux autorités allemandes.

Il soutient qu'il est gravement malade, que l'Allemagne a rejeté sa demande d'asile et qu'il y est menacé.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 mars 2024, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Lacroix pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience publique.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lacroix, magistrate désignée,

- les observations de Me Laubriet, pour M. A, qui reprend les conclusions et moyens de la requête et soutient en outre que l'Allemagne n'est plus responsable de sa demande d'asile à la suite de la décision prise par les autorités de ce pays de l'éloigner du territoire national ;

- en présence de M.A,

- la préfète du Rhône n'étant ni présente, ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant ivoirien né le 11 août 1996, déclare être entré en France le 6 décembre 2023. A la suite du dépôt d'une demande d'asile en France le 22 décembre 2023, la préfète du Rhône a, par l'arrêté attaqué du 21 mars 2024, décidé du transfert de l'examen de sa demande d'asile aux autorités allemandes, dont le requérant demande l'annulation. Par un arrêté du même jour, la préfète du Rhône a décidé de son assignation à résidence pour une durée de 45 jours.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.

Sur les conclusions de la requête :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : Sous réserve du troisième alinéa de l'article L. 571-1, l'étranger dont l'examen de la demande d'asile relève de la responsabilité d'un autre Etat peut faire l'objet d'un transfert vers l'Etat responsable de cet examen. () ". Aux termes de l'article 18 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. L'État membre responsable en vertu du présent règlement est tenu de : () d) reprendre en charge, dans les conditions prévues aux articles 23, 24, 25 et 29, le ressortissant de pays tiers ou l'apatride dont la demande a été rejetée et qui a présenté une demande auprès d'un autre État membre ou qui se trouve, sans titre de séjour, sur le territoire d'un autre État membre () ". Aux termes de l'article 19 de ce règlement : " 2. Les obligations prévues à l'article 18, paragraphe 1, cessent si l'État membre responsable peut établir, lorsqu'il lui est demandé de prendre ou reprendre en charge un demandeur ou une autre personne visée à l'article 18, paragraphe 1, point c) ou d), que la personne concernée a quitté le territoire des États membres pendant une durée d'au moins trois mois, à moins qu'elle ne soit titulaire d'un titre de séjour en cours de validité délivré par l'État membre responsable. / Toute demande introduite après la période d'absence visée au premier alinéa est considérée comme une nouvelle demande donnant lieu à une nouvelle procédure de détermination de l'État membre responsable. / 3. Les obligations prévues à l'article 18, paragraphe 1, points c) et d), cessent lorsque l'État membre responsable peut établir, lorsqu'il lui est demandé de reprendre en charge un demandeur ou une autre personne visée à l'article 18, paragraphe 1, point c) ou d), que la personne concernée a quitté le territoire des États membres en exécution d'une décision de retour ou d'une mesure d'éloignement délivrée à la suite du retrait ou du rejet de la demande. / Toute demande introduite après qu'un éloignement effectif a eu lieu est considérée comme une nouvelle demande et donne lieu à une nouvelle procédure de détermination de l'État membre responsable ".

4. Il ressort des pièces du dossier que, M. A a été identifié comme ayant demandé l'asile en Allemagne, pays où ses empreintes ont été relevées le 13 janvier 2023. A la demande de reprise en charge formulée le 10 janvier 2024 par les autorités françaises, les autorités allemandes ont donné leur accord le 12 janvier 2024 sur le fondement de l'article 18 1 d) du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013, en considérant, dès lors, que sa demande de protection avait été rejetée dans ce pays. Si M. A soutient que la responsabilité de l'Allemagne a depuis cessé, il n'établit pas qu'il a quitté le territoire des États membres pendant une durée d'au moins trois mois ou qu'il a quitté le territoire des États membres en exécution d'une décision de retour ou d'une mesure d'éloignement délivrée à la suite du rejet de sa demande, ainsi que l'exige l'article 19 du règlement ° 604/2013 du 26 juin 2013.

5. En second lieu, aux termes de l'article 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 susvisé : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. / L'État membre qui décide d'examiner une demande de protection internationale en vertu du présent paragraphe devient l'État membre responsable et assume les obligations qui sont liées à cette responsabilité. () 2. L'État membre dans lequel une demande de protection internationale est présentée et qui procède à la détermination de l'État membre responsable, ou l'État membre responsable, peut à tout moment, avant qu'une première décision soit prise sur le fond, demander à un autre État membre de prendre un demandeur en charge pour rapprocher tout parent pour des raisons humanitaires fondées, notamment, sur des motifs familiaux ou culturels, même si cet autre État membre n'est pas responsable au titre des critères définis aux articles 8 à 11 et 16. Les personnes concernées doivent exprimer leur consentement par écrit. ". Aux termes de l'article L. 571-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Le présent article ne fait pas obstacle au droit souverain de l'Etat d'accorder l'asile à toute personne dont l'examen de la demande relève de la compétence d'un autre Etat ".

6. D'une part, les pièces médicales produites, à savoir des ordonnances et analyses de laboratoires, ne permettent pas d'établir la nécessité pour M. A de rester en France pour le traitement de ses éventuelles pathologies, ni l'absence de possibilité de soins en Allemagne.

7. D'autre part, l'Allemagne étant partie tant à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, il doit alors être présumé que le traitement réservé aux demandeurs d'asile dans cet Etat membre est conforme aux exigences de la convention de Genève ainsi qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et à la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne. Si M. A soutient être menacé en Allemagne dès lors qu'il n'aurait pas payé intégralement sa dette pour venir en Europe, il n'apporte aucun élément qui permettrait d'établir que les autorités de ce pays ne pourraient pas lui accorder la protection dont il a besoin. Dans ces conditions, la préfète du Rhône n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en ne faisant pas usage de la faculté prévue par l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 en se reconnaissant responsable de sa demande d'asile.

8. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision attaquée. Sa requête doit, par suite, être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 avril 2024.

La magistrate désignée,

A. LacroixLa greffière,

L. Bon-Mardion

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Un greffier,

N°2402796

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