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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2402864

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2402864

mardi 9 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2402864
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème chambre
Avocat requérantSCP ROBIN VERNET

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête et des mémoires enregistrés respectivement le 23 décembre 2022, le 4 février 2024, et le 19 février 2024, sous le n°2209585, M. A C, représenté par la SCP Robin-Vernet agissant par Me Robin, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 novembre 2023 par lequel la préfète du Rhône a refusé de l'admettre au séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de six mois, qui se substitue à la décision implicite initialement contestée ;

2°) d'enjoindre, à titre principal, à la préfète du Rhône de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", ou à titre subsidiaire de procéder au réexamen de sa situation, dans le délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir ;

3°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 73 382,40 euros au titre des dommages et intérêts en réparation du préjudice subi ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

Sur la décision implicite portant refus d'admission au séjour :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée en l'absence de réponse à la demande de motifs présentée le 14 septembre 2022 ;

- elle méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Sur la décision expresse portant refus d'admission au séjour :

- il sollicite la communication du dossier sur lequel le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration s'est prononcé,

- elle a été prise à la suite d'une procédure irrégulière faute pour la préfète de justifier de la réalité de l'avis émis par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- elle est insuffisamment motivée en fait et est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle méconnaît l'article L. 425-9 du le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Sur les décisions portant obligation de quitter le territoire français :

- elles sont fondées sur une décision de refus de délivrance de titre de séjour illégale, elle sera annulée par voie d'exception d'illégalité ;

- elles sont entachées d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- la préfète a méconnu les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle a méconnu les stipulations des articles 3, 8 et 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant un délai de départ de trente jours est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

- l'annulation de la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour ainsi que celle enjoignant l'obligation de quitter le territoire français, entraîneront nécessairement l'annulation de la décision du même jour fixant le pays de destination ;

- elle méconnaît les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision portant interdiction de retour :

- elle est insuffisamment motivée et procède d'un défaut d'examen complet et suffisant, et n'a pas examiné l'ensemble des critères énoncés par l'article L. 612-20 du le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les dispositions des articles L. 612-7 et L.612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur la demande indemnitaire :

- il a subi du fait de l'illégalité fautive de la décision portant refus de séjour un préjudice financier devant être évalué à 73 382,10 euros soit 1 747,20 euros sur 42 mois.

La préfète du Rhône a produit des pièces enregistrées les 10 et 12 janvier 2024.

Par une ordonnance du 13 mai 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 29 mai 2024.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 février 2024.

II. Par une requête et un mémoire complémentaire non communiqué enregistrés respectivement le 26 mars 2024 et le 20 juin 2024, sous le n°2402864, M. A C, représenté par la SCP Robin-Vernet agissant par Me Robin, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 novembre 2023 par lequel la préfète du Rhône a refusé de l'admettre au séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de six mois ;

2°) d'enjoindre, à titre principal, à la préfète du Rhône de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", ou à titre subsidiaire de procéder au réexamen de sa situation, dans le délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir ;

3°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 73 382,40 euros aux titres des dommages et intérêts en réparation du préjudice subi ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 4 000 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

Sur la décision portant refus d'admission au séjour :

- il sollicite la communication du dossier sur lequel le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration s'est prononcé ;

- elle a été prise à la suite d'une procédure irrégulière faute pour la préfète de justifier de la réalité de l'avis émis par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- elle est insuffisamment motivée en fait et est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle méconnaît l'article L. 425-9 du le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Sur les décisions portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours :

- elles sont fondées sur une décision de refus de délivrance de titre de séjour illégale, elle sera annulée par voie d'exception d'illégalité ;

- elles sont entachées d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- la préfète a méconnu les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle a méconnu les stipulations des articles 3, 8 et 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant un délai de départ de trente jours est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

- l'annulation de la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour ainsi que celle enjoignant l'obligation de quitter le territoire français, entraîneront nécessairement l'annulation de la décision du même jour fixant le pays de destination ;

- elle méconnaît les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision portant interdiction de retour :

- elle est insuffisamment motivée et procède d'un défaut d'examen complet et suffisant et n'a pas examiné l'ensemble des critères énoncés par l'article L. 612-20 du le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les dispositions des articles L. 612-7 et L.612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Sur la demande indemnitaire :

- il a subi du fait de l'illégalité fautive de la décision portant refus de séjour un préjudice financier devant être évalué à 73 382,10 euros soit 1 747,20 euros sur 42 mois.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 juin 2024, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- les moyens de la requête dirigées contre les décisions attaquées ne sont pas fondés ;

- les décisions étant légales, la demande indemnitaire, qui est en outre excessive et injustifiée, ne peut qu'être rejetée.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 février 2024.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Segado, président-rapporteur,

- les observations de Me Beligon, représentant le requérant.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant albanais né le 23 février 1966, déclare être entré en France le 11 septembre 2017 sous couvert de son passeport biométrique en dispense de visa de court séjour. Le 27 novembre 2019, l'intéressé a sollicité des services de la préfecture du Rhône la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicables. Par une première requête enregistrée sous le n°2209585, M. C a demandé l'annulation de la décision par laquelle la préfète du Rhône a implicitement refusé de lui délivrer un titre de séjour, puis l'annulation de l'arrêté du 29 novembre 2023 par lequel la préfète du Rhône lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourrait être éloignée d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de six mois. Par une seconde requête enregistrée sous le n°2402864, il demande l'annulation de cet arrêté du 29 novembre 2023.

2. Les requêtes visées ci-dessus nos 2209585 et 2402864 présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur l'étendue du litige :

3. Si le silence gardé par l'administration sur une demande de délivrance d'un titre de séjour fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite intervenue postérieurement, qu'elle fasse suite ou non à une demande de communication des motifs de la décision implicite, se substitue à la première décision. Il en résulte que les conclusions à fin d'annulation de cette première décision doivent être regardées comme dirigées contre la seconde.

4. En l'espèce, si le silence gardé pendant quatre mois par la préfète du Rhône sur la demande de titre présentée le 27 novembre 2019 par M. C a fait naître, le 27 mars 2020 une décision implicite de rejet, la préfète du Rhône a, par une décision du 29 novembre 2023, expressément rejeté la demande présentée par l'intéressé. Cette décision expresse de refus de séjour s'est en conséquence substituée à la décision implicite précédemment née et les conclusions à fin d'annulation doivent être exclusivement regardées comme dirigées contre la décision expresse du 29 novembre 2023.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la décision du 29 novembre 2023 portant refus d'admission au séjour :

5. En premier lieu, la décision de refus de séjour comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent son fondement, la préfète du Rhône n'étant pas tenue de mentionner, dans sa décision, tous les éléments caractérisant la vie privée et familiale en France du requérant. Par suite, cette décision est suffisamment motivée, notamment en fait. En outre, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué, ni de l'ensemble des pièces du dossier que la préfète n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation du requérant, notamment au regard de son état de santé, de sa situation familiale et de sa durée de présence en France.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer la carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat (). / Si le collège des médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée ".

7. Aux termes de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre le titre de séjour " portant la mention vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé () ". Aux termes de l'article R. 425-12 de ce même code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. Le médecin de l'office peut solliciter, le cas échéant, le médecin qui suit habituellement le demandeur ou le médecin praticien hospitalier. Il en informe le demandeur. Il peut également convoquer le demandeur pour l'examiner et faire procéder aux examens estimés nécessaires. Le demandeur présente au service médical de l'office les documents justifiant de son identité. A défaut de réponse dans le délai de quinze jours, ou si le demandeur ne se présente pas à la convocation qui lui a été fixée, ou s'il n'a pas présenté les documents justifiant de son identité le médecin de l'office établit son rapport au vu des éléments dont il dispose et y indique que le demandeur n'a pas répondu à sa convocation ou n'a pas justifié de son identité. Il transmet son rapport médical au collège de médecins. / Sous couvert du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le service de l'office informe le préfet qu'il a transmis au collège de médecins le rapport médical. En cas de défaut de présentation de l'étranger lorsqu'il a été convoqué par le médecin de l'office ou de production des examens complémentaires demandés dans les conditions prévues au premier alinéa, il en informe également le préfet. Dans ce cas, le récépissé de demande de première délivrance d'un titre de séjour prévu à l'article R. 432-12 n'est pas délivré. Lorsque l'étranger dépose une demande de renouvellement de titre de séjour, le récépissé est délivré dès réception, par le service médical de l'office, du certificat médical mentionné au premier alinéa. " Enfin, aux termes de l'article R. 425-13 de ce code : " Le collège de médecins à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. la composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. / Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. / L'avais est rendu par le collège dans un délai de trois mois à compter de la transmission du certificat médical/ Lorsque le demandeur n'a pas présenté au médecin de l'office ou au collège les documents justifiant son identité, n'a pas produit les examens complémentaires qui lui ont été demandés ou n'a pas répondu à la convocation du médecin de l'office ou du collège qui lui a été adressée, l'avais le constate. / L'avis est transmis au préfet territorialement compétent, sous couvert du directeur général de l'office ".

8. Le requérant soutient que la décision contestée est entachée d'un vice de procédure, à défaut de preuve de l'existence d'un avis préalable et régulièrement émis d'un collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Il ressort toutefois des pièces du dossier que la préfète a pris sa décision après avoir régulièrement recueilli l'avis d'un collège de trois médecins, dûment habilités par le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Cet avis du 13 octobre 2022, produit par la préfète, a été rendu sur rapport médical établi le 3 octobre 2022 par un médecin distinct des trois médecins précités. Par ailleurs, si le requérant fait valoir que cet avis est obsolète, il ne ressort pas des pièces du dossier que son état de santé se serait détérioré entre cet avis et la décision rendue par la préfète du Rhône et qu'il aurait informé la préfète d'une telle évolution. Par suite, le moyen tiré de ce que le refus de titre de séjour attaqué serait entaché d'un vice de procédure doit être écarté dans toutes ses branches.

9. En troisième lieu, la partie qui justifie de l'avis d'un collège de médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié et effectivement accessible dans le pays de renvoi.

10. Pour refuser de délivrer à M. C le titre de séjour sollicité en raison de son état de santé, le préfet s'est approprié l'avis précité du collège de médecins selon lequel si l'état de santé du requérant nécessite une prise en charge médicale, dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, l'offre de soins et les caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire et vers lequel il peut voyager sans risque médical lui permettent de bénéficier effectivement d'un traitement approprié. M. C fait valoir qu'il est atteint d'un état de stress post-traumatique sévère et invalidants avec cauchemars, insomnies, anxiété généralisée, impulsivité, auto-agressivité, reviviscences diurnes et symptômes dépressifs, ayant été hospitalisé à trois reprises sous contrainte en 2020 suite à des tentatives de suicide, disposant depuis 2019 d'une prise en charge médicale et un suivi régulier psychiatrique et psychologique, le diagnostic ayant évolué vers une modification de sa personnalité . Il soutient qu'il ne pourra pas bénéficier d'une prise en charge approprié en Albanie dès lors qu'un retour en Albanie serait de nature à aggraver son état, compte tenu du lien entre sa pathologie et les évènements traumatisants vécus en Albanie, ni bénéficier d'un accès effectif au traitement médicamenteux qui lui est prescrit et d'une prise en charge spécialisée en psychiatrie. Toutefois, les éléments produits par le requérant, particulièrement les ordonnances médicales, les certificats médicaux rédigés par le docteur D, des documents généraux sur la situation médicale de l'Albanie et un document rédigé en Albanais intitulé " liste de médicaments remboursés en 2023", ne suffisent pas à remettre en cause l'appréciation portée par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dont a fait sienne la préfète du Rhône, quant au fait que le requérant peut bénéficier effectivement d'une prise en charge et d'un traitement adapté dans son pays pour les pathologies dont il souffre, et notamment ne suffisent pas à attester ni qu'il ne pourrait bénéficier d'un suivi psychiatrique et psychologique adapté en Albanie, ni que le traitement médicamenteux, notamment le parakinane, la paroxetine et la cyamemazine dont il bénéficie, est indisponible ou ne pourrait pas être substitué par d'autres molécules pouvant traiter de manière équivalente ses pathologies, ni qu'il ne pourrait envisager un traitement effectivement approprié dans son pays du fait d'un lien entre sa pathologie et les événements traumatisants que le requérant allègue avoir vécu alors que sa demande d'asile a été rejetée définitivement le 28 juin 2018. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

11. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

12. Il ressort des pièces du dossier que M. C, âgé de 57 ans à la date de la décision attaquée, est entré en France le 11 septembre 2017 sous couvert de son passeport biométrique en dispense de visa de court séjour, accompagné de son épouse et de sa fille, alors majeure. A la date de la décision attaquée, il résidait en France depuis 6 ans, malgré une obligation de quitter le territoire français prononcée à son égard le 14 septembre 2018. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que le requérant n'est pas dépourvu d'attaches familiales en Albanie, où résident sa fille aînée Olta, et cinq de ses six frères et sœurs et où il a vécu la majeure partie de son existence, alors que son épouse a également la nationalité albanaise et fait l'objet aussi d'une obligation de quitter le territoire datée du même jour. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que son état de santé ou celui de son épouse rend nécessaire leur présence sur le territoire français, et le requérant ne démontre pas une insertion sociale ou professionnelle particulière en France. Dans ces conditions, et alors même que le requérant se prévaut de l'insertion en France de sa fille B C au regard particulièrement de ses études et des emplois et des missions associatives que cette dernière accomplit, M. C n'est pas fondé à soutenir que la préfète du Rhône aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour ces mêmes motifs, la préfète du Rhône n'a pas d'avantage entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours :

13. En premier lieu, M. C n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour prise à son encontre, le moyen tiré de cette illégalité soulevée à l'encontre des décisions portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours doit être écarté.

14. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes des décisions portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours attaquées, ni de l'ensemble des pièces du dossier que la préfète n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation du requérant au regard de ces décisions.

15. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. () ".

16. Il résulte de ce qui a été dit précédemment qu'il n'est pas établi, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays dont il est originaire, que M. C ne pourrait effectivement y bénéficier d'un traitement approprié à son état de santé. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que la préfète du Rhône s'est appropriée le sens de l'avis rendu par le collège de médecins de l'OFII le 13 octobre 2022 estimant qu'au vu des éléments du dossier de l'intéressé et à la date de cet avis, son état de santé pouvait lui permettre de voyager sans risque vers l'Albanie, le requérant ne faisant état d'aucun élément de nature à remettre en cause cette appréciation. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 611-3, 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de ce que la décision serait entachée d'une erreur d'appréciation au regard de ces dispositions doivent être écartés.

17. En quatrième lieu, en l'absence de tout élément particulier invoqué, et même en tenant compte des conséquences spécifiques aux mesures d'éloignement, les moyens tirés de ce que la préfète a méconnu des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et a commis une erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés pour les motifs énoncés précédemment s'agissant du refus d'admission au séjour. Il ne ressort pas davantage de ces éléments que cette mesure d'éloignement aurait un caractère discriminatoire prohibé par les stipulations des articles 14 de la convention.

18. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. ".

19. Il ne ressort pas des pièces du dossier et particulièrement des éléments d'ordre médicaux précédemment exposés, que la préfète du Rhône aurait commis une erreur manifeste d'appréciation, au regard particulièrement de l'état de santé du requérant, en ne lui accordant pas un délai de départ supérieur à trente jours.

20. En dernier lieu, le requérant ne peut utilement se prévaloir des stipulations de l'article 3 de convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales à l'encontre de ces décisions.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

21. En premier lieu, M. C n'ayant pas démontré l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français prises à son encontre, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination serait illégale en raison de l'illégalité de ces décisions doit être écarté.

22. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

23. Si M. C fait valoir que son éloignement en Albanie constitue un traitement inhumain et dégradant, en l'absence de possibilité d'une prise en charge adaptée de son état de santé, il ressort de ce qui a été dit précédemment, alors que par ailleurs sa demande d'asile a été rejetée, qu'il ne justifie pas qu'il ne pourrait pas bénéficier effectivement d'une prise en charge médicale adaptée en Albanie. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination méconnaît les stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

24. En dernier lieu, il ne ressort des pièces du dossier et des éléments précédemment exposés que la décision fixant le pays de destination porterait une atteinte excessive au respect de sa vie familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni qu'elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, pour une durée de six mois :

25. Aux termes de l'article L. 612-8 du le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français " . Aux termes de l'article L. 612-10 dudit code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

26. Il ressort des termes mêmes de la décision litigieuse que cette mesure d'interdiction de retour pour une durée de six mois, qui a notamment fait état des textes dont elle a fait application, ainsi que de la durée de la présence du requérant sur le territoire français, de son état de santé, de la nature, de l'ancienneté de ses liens avec la France et de l'existence d'une précédente mesure d'éloignement non exécutée, en date du 14 septembre 2018, est suffisamment motivée et il n'apparaît pas qu'elle serait entachée d'un défaut d'examen complet et sérieux de la situation du requérant. Par ailleurs, contrairement à ce que soutient le requérant, au regard de ces éléments et de ce qui a été dit ci-dessus sur son état de santé, la préfète n'a ni méconnu les dispositions des articles L. 612-6 à L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en prononçant à son encontre une interdiction de retour, ni entaché sa décision de disproportion ni d'erreur d'appréciation en fixant à six mois la durée de cette interdiction, ni commis une erreur manifeste d'appréciation au regard de la situation personnelle et familiale de l'intéressé.

27. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'ordonner la communication du dossier sur lequel le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration s'est prononcé, que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'indemnisation :

28. M. C soutient qu'en ne délivrant pas le titre de séjour sollicité, la préfète du Rhône l'a privé de son droit au travail, créant ainsi un préjudice financier qui ne saurait être inférieur à la somme de 73 382,10 euros, correspond au salaire minimum de croissance qu'il aurait pu percevoir entre la date à laquelle il a obtenu un avis favorable de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et la date de la décision attaquée.

29. Toutefois, compte tenu de ce qui a été dit ci-dessus, en l'absence d'illégalité fautive entachant la décision de refus de titre de séjour, M. C ne peut prétendre à la réparation des préjudices qu'il soutient avoir subis du fait de cette décision de refus. En outre, le requérant, qui a été maintenu en hospitalisation complète à trois reprises en 2020 sans son consentement pour recevoir des soins psychiatriques et qui, depuis, bénéficie d'un suivi psychiatrique et psychologique pour une pathologie qu'il qualifie lui-même de sévère, n'établit pas, au regard de cet état de santé et par la seule production d'une promesse d'embauche, que l'absence de délivrance d'un titre de séjour l'aurait de manière suffisamment certaine privé d'avoir un emploi rémunéré et il ne démontre pas, en l'espèce, l'existence d'un lien de causalité entre le préjudice financier résultant de cette prétendue perte de rémunération dont il demande la réparation et le refus de titre à laquelle il l'impute.

30. Il résulte de ce qui précède que les conclusions indemnitaires de M. C doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

31. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par le requérant, n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions aux fins d'injonction doivent par suite être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

32. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à ce titre à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans les présentes instances.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes nos 2209585 et 2402864 de M. C sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience du 25 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Segado, président,

M. Delahaye, premier conseiller,

Mme Bardad, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 9 juillet 2024.

Le président-rapporteur,

J. Segado

L'assesseur le plus ancien,

L. DelahayeLa greffière,

G. Montézin

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

N°s 2209585, 2402864

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