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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2402867

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2402867

mardi 9 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2402867
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème chambre
Avocat requérantSCP ROBIN VERNET

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une première requête enregistrée le 6 juin 2023, sous le n°2304566, Mme B D, représentée par la SCP Robin-Vernet agissant par Me Robin, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet par laquelle la préfète du Rhône a refusé de l'admettre au séjour ;

2°) d'enjoindre, à titre principal, à la préfète du Rhône de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou " étudiant ", ou à titre subsidiaire de procéder au réexamen de sa situation, dans le délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir et, dans l'attente, de lui délivrer, sous cinq jours, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à exercer un emploi ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée en l'absence de réponse à la demande de motifs présentée le 31 janvier 2023 ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée à la préfète du Rhône qui n'a pas produit d'observations.

Par une ordonnance du 13 mai 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 29 mai 2024.

Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 février 2024.

II. Par une requête et un mémoire complémentaire non communiqué enregistrés respectivement le 21 mars 2024 et le 20 juin 2024, sous le n°2402867, Mme B D, représentée par la SCP Robin-Vernet agissant par Me Robin, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler les décisions du 29 novembre 2023 par lesquelles la préfète du Rhône a refusé de l'admettre au séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de six mois ;

2°) d'enjoindre, à titre principal, à la préfète du Rhône de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié ", " travailleur temporaire " ou " étudiant ", ou à titre subsidiaire de procéder au réexamen de sa situation, dans le délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 4 000 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat.

Elle soutient que :

Sur la décision portant refus d'admission au séjour :

- elle est insuffisamment motivée en fait et est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français étant fondée sur une décision de refus de délivrance de titre de séjour illégale, elle sera annulée par voie d'exception d'illégalité ;

- elle méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

- l'annulation de la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour ainsi que celle enjoignant l'obligation de quitter le territoire français, entraîneront nécessairement l'annulation de la décision du même jour fixant le pays de destination ;

- elle méconnaît les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision portant interdiction de retour :

- elle est insuffisamment motivée et procède d'un défaut d'examen complet et suffisant ;

- elle méconnait les dispositions des articles L. 612-7 et L.612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 juin 2024, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 février 2024.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Segado, président-rapporteur,

- les observations de Me Beligon, représentant la requérante.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, ressortissante albanaise née le 11 septembre 1998, déclare être entrée en France le 11 septembre 2017 sous couvert de son passeport biométrique en dispense de visa de court séjour, accompagnée de ses parents. L'intéressée a sollicité en 2019 des services de la préfecture du Rhône la délivrance d'un titre de séjour compte tenu de ses liens privés et familiaux en France. Le 15 septembre 2022, elle a complété sa demande en sollicitant la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que de l'article L. 422-1 du même code. Par une première requête enregistrée sous le n°2304566, Mme D demande l'annulation de la décision par laquelle la préfète du Rhône a implicitement refusé de lui délivrer un titre de séjour. Par une seconde requête enregistrée sous le n°2402867, elle demande l'annulation de l'arrêté du 29 novembre 2023 par lequel la préfète du Rhône lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourrait être éloignée d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de six mois.

2. Les requêtes visées ci-dessus nos 2304566 et 2402867 présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur l'étendue du litige :

3. Si le silence gardé par l'administration sur une demande de délivrance d'un titre de séjour fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite intervenue postérieurement, qu'elle fasse suite ou non à une demande de communication des motifs de la décision implicite, se substitue à la première décision. Il en résulte que les conclusions à fin d'annulation de cette première décision doivent être regardées comme dirigées contre la seconde.

4. En l'espèce, si le silence gardé pendant quatre mois par la préfète du Rhône sur la demande de titre présentée en 2019 par Mme D, qui a été ensuite complétée le 15 septembre 2022, a fait naître une décision implicite de rejet, la préfète du Rhône a par une décision du 29 novembre 2023 expressément rejeté la demande ainsi présentée par l'intéressée. Cette décision expresse de refus de séjour s'est en conséquence substituée à la décision implicite précédemment née et les conclusions à fin d'annulation doivent être exclusivement regardées comme dirigées contre la décision expresse du 29 novembre 2023.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

5. Il ressort des pièces du dossier que Mme D a transmis, antérieurement à la décision attaquée, des justificatifs relatifs à sa situation professionnelle et universitaire et notamment, ses contrats de travail conclus avec Mme A, M. C et la société Dimeo, ses bulletins de salaire pour l'emploi d'aide à domicile occupé chez M. C, une autorisation de travail pour l'emploi occupé au sein de la société Dimeo ainsi qu'un certificat de scolarité attestant de son inscription le 27 août 2022 en licence 2 de droit à l'université Lumière Lyon 2. Elle a également adressé par un courrier reçu par les services de la préfecture le 31 juillet 2023, les relevés de notes des semestres 3 et 4 établissant son admission en licence 2 et qu'elle devait s'inscrire en licence 3. Il ressort des termes mêmes de la décision litigieuse que la préfète n'a pas pris en compte ces éléments pour rejeter tant la demande de titre de séjour mention " salarié ou " travailleur temporaire " présentée par l'intéressée au titre de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que la demande de titre de séjour en qualité d'étudiante qu'elle a présentée au titre de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qui a été refusé notamment parce qu'elle ne justifiait pas de la poursuite de ses études de licence de droit et qu'elle ne justifiait pas suivre une formation. Dès lors, la préfète du Rhône ne peut être regardée comme ayant procédé à un examen complet et particulier de la situation requérante.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme D est fondée à demander l'annulation de la décision du 29 novembre 2023 par laquelle la préfète du Rhône lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour ainsi que, par voie de conséquence, les décisions du même jour par lesquelles la préfète l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourrait être éloignée d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de six mois.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si l'obligation de quitter le territoire français est annulée, () l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ".

8. Eu égard à ses motifs et en application des dispositions précitées, le présent jugement implique que la préfète du Rhône procède au réexamen de la situation de Mme D. Il y a lieu, en conséquence, d'enjoindre au préfet du Rhône de réexaminer sa situation dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour.

Sur les frais liés au litige :

9. Mme D a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Robin, avocate de Mme D, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Robin d'une somme globale de 1 000 euros pour les deux instances.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 29 novembre 2023 par lequel la préfète du Rhône a refusé à Mme D la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourrait être éloignée d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de six mois est annulé.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Rhône de délivrer à Mme D une autorisation provisoire de séjour et de procéder à un réexamen de sa situation dans un délai de deux mois suivant la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Robin une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions des requêtes n°2304566 et 2402867 est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D et à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience du 25 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Segado, président,

M. Delahaye, premier conseiller,

Mme Bardad, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 9 juillet 2024.

Le président-rapporteur,

J. Segado

L'assesseur le plus ancien,

L. DelahayeLa greffière,

G. Montézin

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

N°s 2304566, 2402867

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