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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2402876

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2402876

vendredi 30 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2402876
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation8ème chambre
Avocat requérantVRAY

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon a rejeté la requête de M. B, ressortissant russe, contestant l'arrêté du préfet de la Loire refusant son titre de séjour pour raisons de santé et l'obligeant à quitter le territoire. La juridiction a estimé que le préfet avait régulièrement consulté le collège de médecins de l'OFII et que l'avis médical, selon lequel le défaut de soins n'aurait pas de conséquences d'une exceptionnelle gravité, n'était pas contredit par les éléments du requérant. Le tribunal a également jugé que la décision ne portait pas une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, et que le moyen tiré de l'article 3 de cette même convention était inopérant. La solution retenue s'appuie sur les articles L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 mars 2024, M. A B, représenté par Me Vray, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 décembre 2023 par lequel le préfet de la Loire a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays vers lequel il pourrait être éloigné d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire de procéder sans délai à l'effacement de son inscription dans le système d'information Schengen, de le munir sous huit jours d'une autorisation provisoire de séjour lui permettant de travailler et, dans le délai de deux mois, de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa demande, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le refus de séjour qui lui est opposé est entaché d'un vice de procédure, faute de justification de la consultation régulière du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- le refus de séjour critiqué méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le refus de séjour et l'obligation de quitter le territoire en litige portent une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant son pays de destination méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et résulte d'une erreur manifeste d'appréciation.

Le préfet de la Loire a produit des pièces, enregistrées le 15 mai 2024.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 23 février 2024.

Vu l'arrêté attaqué et les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Le président de la formation de jugement ayant dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

Après avoir entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de M. Richard-Rendolet.

Considérant ce qui suit :

1. Ressortissant russe né en 1997 et entré en France en 2019, M. B conteste l'arrêté du 22 décembre 2023 par lequel le préfet de la Loire a rejeté sa demande de titre de séjour présentée en sa qualité d'étranger malade, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays vers lequel il pourrait être éloigné d'office.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le refus de séjour :

2. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an (). / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat () ".

3. Le préfet de la Loire ayant produit au dossier l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) du 7 août 2023 au vu duquel la décision attaquée a été prise, le moyen relatif aux vices de procédure entachant cette décision que le requérant infère du défaut de production de cet avis ne peut qu'être écarté.

4. Pour rejeter la demande de titre de séjour présentée par M. B en qualité d'étranger malade, le préfet de la Loire s'est fondé sur l'avis du 7 août 2023 mentionné ci-dessus selon lequel, si l'état de santé du requérant nécessite une prise en charge médicale, le défaut d'une telle prise en charge ne devrait pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité. En se bornant à relever qu'il est sourd et muet, qu'il souffre d'une cardiopathie et à affirmer que les pathologies qui l'affectent ne pourront être prises en charge en Russie en raison de la situation géopolitique, M. B n'apporte aucun élément de nature à remettre en cause le bien-fondé de cet avis et de l'appréciation portée par l'autorité administrative au vu de celui-ci. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale ". Pour soutenir que ces stipulations ont été méconnues, M. B fait valoir, outre son état de santé, la présence en France de sa mère et de son frère ainsi que l'assistance que ceux-ci peuvent lui apporter. Toutefois, M. B, qui est célibataire et sans charge de famille et dont la demande d'asile a été rejetée au mois de mai 2019, ne justifie pas d'une insertion sociale particulière en France, où sa mère se maintient en séjour irrégulier. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'atteinte excessive que le refus de titre de séjour en litige porterait au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

6. Si M. B soutient que l'obligation qui lui est faite de quitter le territoire français méconnaît les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ce moyen doit être écarté pour les motifs de fait relatifs à la situation personnelle et familiale du requérant exposés aux points 4 et 5.

En ce qui concerne la fixation du pays de destination :

7. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines et traitements inhumains et dégradants ". Compte tenu de ce qui a été dit au point 4 et alors que l'allégation selon laquelle M. B et sa famille seraient menacés en Russie n'est pas assortie des précisions permettant d'apprécier la nature ou l'actualité des craintes qui sont invoquées, le moyen selon lequel la décision fixant la Russie comme pays de destination du requérant méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le moyen selon lequel cette décision résulte d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur la situation du requérant doivent être écartés.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête dirigées contre l'arrêté du 22 décembre 2023 doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B, n'appelle aucune mesure d'exécution.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il en soit fait application à l'encontre de l'Etat, qui n'est pas partie perdante.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Loire.

Délibéré après l'audience du 24 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Gille, président,

M. Richard-Rendolet, premier conseiller,

Mme Feron, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 août 2024.

Le rapporteur,

F-X. Richard-RendoletLe président,

A. Gille

Le greffier,

Y. Mesnard

La République mande et ordonne au préfet de la Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier

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