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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2402892

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2402892

jeudi 20 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2402892
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJU 9ème chambre
Avocat requérantBAILLY-COLLIARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 mars 2024, Mme E A B, représentée par Me Bailly-Colliard, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 mars 2024 par lequel la préfète du Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office à l'expiration de ce délai ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 000 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que cette dernière renonce à percevoir le bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- les décisions attaquées ont été prise par une autorité incompétente ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3§1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en ce qu'elle ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français l'empêchera de se présenter devant le juge pénal, dans le cadre de la procédure dont elle fait l'objet.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 mai 2024, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête, en faisant valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Mme A B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, par une décision du bureau d'aide juridictionnelle en date du 19 avril 2024.

La présidente du tribunal a désigné M. Besse pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement ou remise des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Besse, magistrat désigné ;

- les observations de Me Bailly-Colliard, représentant la requérante, qui a repris ses conclusions et moyens, et de Mme A B.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante équatorio-guinéenne née en 1979, déclare être entrée en France en janvier 2020. Par un arrêté du 11 mars 2024, pris sur le fondement du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la préfète du Rhône lui fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixe le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office à l'expiration de ce délai. Mme A B demande l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, les décisions en litige ont été signées par Mme D C, adjointe à la cheffe du bureau de l'éloignement de la préfecture du Rhône, qui disposait d'une délégation de signature consentie à cet effet par un arrêté du 30 janvier 2024, publié le lendemain au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des décisions doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1- Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ". Aux termes de l'article 3 §1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants () l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

4. Mme A B soutient être entrée en France en janvier 2020 à l'âge de 41 ans, sans établir la continuité de son séjour sur le territoire national depuis cette date. Si l'intéressée fait état de la présence en France de ses deux enfants, ceux-ci n'y sont entrés, selon ses propres déclarations, qu'en décembre 2023, soit quelques mois seulement avant la décision en litige. La requérante fait valoir qu'elle souhaitait déposer une demande de titre de séjour, dans le cadre d'un parcours de sortie de prostitution, et produit une attestation de l'association qui la suit depuis mai 2023. Toutefois, ces indications restent insuffisamment circonstanciées et le suivi qu'assure cette association ne peut à elle seule justifier de l'insertion suffisante en France de la requérante. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle serait dépourvue d'attaches familiales en Guinée Equatoriale, où réside son troisième enfant, où il n'est pas démontré que ses deux autres enfants, âgés de 9 et 13 ans, ne pourraient pas être scolarisés, et où elle peut poursuivre sa vie familiale. Dans ces conditions, et quand bien même la requérante ne représente pas une menace pour l'ordre public, comme elle le fait valoir, la décision portant obligation de quitter le territoire ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et ne méconnaît ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni celles de l'article 3 §1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

5. En troisième lieu, Mme A B fait valoir qu'elle est convoquée en décembre 2025 aux fins de notification d'une ordonnance pénale délictuelle, pour des faits de recel de téléphone volé. Toutefois, la décision portant obligation de quitter le territoire ne fait pas obstacle à ce qu'elle soit représentée par un avocat ou encore qu'elle puisse revenir sur le territoire national, munie d'un visa, pour être présente à sa convocation. Par la suite, le moyen doit être écarté.

6. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions dirigées à ce titre contre l'Etat, qui n'est pas la partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E A B et à la préfète du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2024.

Le magistrat désigné,

T. BesseLa greffière,

S. Lecas

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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