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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2403010

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2403010

mardi 18 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2403010
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantPAQUET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 mars 2024, et des pièces complémentaires enregistrées le 13 mai 2024, M. A E, représenté par Me Paquet demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler les décisions du 25 mars 2024 par lesquelles le préfet de la Gironde lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné d'office et prononcé une interdiction de retour sur le territoire de deux années ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Gironde, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour renouvelable dans un délai d'un mois, sous astreinte de 150 euros par jour de retard et de lui délivrer, dans cette attente et sous quinze jours, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de quinze jours, sous astreinte de 50 euros par jour de retard et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

4°) d'enjoindre au préfet de la Gironde d'effacer son signalement aux fins de non admission dans le Système d'Information Schengen dans un délai de quinze jours, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros hors taxe à verser à son conseil au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour ce dernier de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle, ou, en cas de non admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement de cette somme à son profit directement.

Il soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'insuffisance de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen complet et sérieux de sa situation et d'erreur d'appréciation des faits ;

- elle méconnait les stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision de refus de délai de départ volontaire est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision d'interdiction de retour sur le territoire français est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'incompétence du signataire de la décision ;

- elle méconnait les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnait les stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 mai 2024, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens présentés par le requérant ne sont pas fondés.

M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 avril 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Clément, président,

- et les observations de M. E.

Considérant ce qui suit :

1. M. A E de nationalité albanaise, né en 1998, est entré en France le 5 septembre 2020. Sa demande d'asile a été rejetée tant par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), le 8 octobre 2020, que par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 10 mai 2021. Il a fait l'objet d'une première décision portant obligation de quitter le territoire français le 31 mars 2021 qu'il n'a pas contestée. Par les décisions contestées, le préfet de la Gironde lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné d'office et prononcé une interdiction de retour sur le territoire de deux années.

2. Par un arrêté du 31 août 2023, le préfet de la Gironde a consenti au bénéfice de M. D B, chef de la section éloignement au sein du bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière, de l'ordre public et du contentieux de la préfecture de la Gironde, signataire de la décision en litige, une délégation à l'effet de signer toutes décisions, documents et correspondances pris en application du livre VI du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme C F, cheffe du bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière, de l'ordre public et du contentieux de la préfecture, dont il n'est ni établi ni même allégué qu'elle n'aurait pas été absente ou empêchée. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté contesté doit être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, la décision attaquée comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et qui ont permis au requérant d'en discuter utilement. Le moyen tiré du défaut de motivation doit, dès lors, être écarté.

4. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision contestée ni d'aucune autre pièce du dossier que le préfet de la Gironde n'aurait pas procédé à un examen sérieux et complet de la situation personnelle de M. E et qu'il aurait commis une erreur d'appréciation des faits à cet égard alors que le requérant n'établit pas avoir informé le préfet de l'emploi qu'il occupe et de la circonstance que son épouse est enceinte.

5. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

6. Le requérant entré récemment en France en 2020 s'y est maintenu en dépit du rejet de sa demande d'asile et d'une première décision lui faisant obligation de quitter le territoire français en 2021. Il a conclu en novembre 2023 un contrat à durée indéterminée avec une entreprise de nettoyage. Son épouse en France est en situation irrégulière, le premier enfant du couple est né le 12 janvier 2022 à Villeurbanne et ils attendent un deuxième enfant. Cependant ces circonstances et les témoignages d'amis ou de parents, alors que la cellule familiale peut se reconstituer en Albanie, n'établissent pas que la décision portant obligation de quitter le territoire français prise à l'encontre du requérant porte atteinte une atteinte disproportionnée à la vie privée du requérant et viole les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Pour les mêmes raisons, la décision n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire :

7. En premier lieu, M. A E n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français, il n'est pas fondé à se prévaloir, par voie d'exception, de l'illégalité de cette décision pour demander l'annulation de la décision lui refusant un délai de départ volontaire.

8. En deuxième lieu, pour les motifs exposés au point 6 et alors qu'il n'est pas soutenu que l'épouse du requérant ne pourrait voyager, le préfet de la Gironde n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en n'accordant pas de délai de départ volontaire au requérant.

En ce qui concerne l'interdiction de territoire français :

9. En premier lieu, M. A E n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français, il n'est pas fondé à se prévaloir, par voie d'exception, de l'illégalité de cette décision pour demander l'annulation de la décision lui interdisant le retour sur le territoire français pour une période de deux ans.

10. En deuxième lieu, alors qu'il n'est pas soutenu que l'épouse du requérant ne pourrait voyager et pour les motifs exposés au point 6, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Gironde ne pouvait pour des raisons humanitaires prononcer une interdiction de retour sur le territoire français.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. A E n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions du 25 mars 2024 en litige. Par voie de conséquence, doivent être rejetées les conclusions de sa requête aux fins d'injonctions sous astreinte et celles à fin de mise à la charge de l'État des frais exposés et non compris dans les dépens dans les conditions prévues par les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et celles de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A E et au préfet de la Gironde.

Délibéré après l'audience du 4 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Clément, président,

Mme Rizzato, première conseillère,

Mme Gros, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juin 2024.

Le président,

M. Clément

L'assesseure la plus ancienne,

C. Rizzato

La greffière,

T. Zaabouri

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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