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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2403050

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2403050

lundi 8 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2403050
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJU 9ème chambre
Avocat requérantPELISSIER-BOUAZZA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 mars 2024, M. A B, représenté par Me Pelissier-Bouazza, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 15 mars 2024 par lesquelles le préfet de la Loire l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire de lui délivrer une carte de séjour temporaire, subsidiairement de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement, et sous astreinte de 90 euros par jour de retard, en lui délivrant dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. B soutient que :

- les décisions sont insuffisamment motivées ;

- elles sont entachées d'une erreur de fait en indiquant à tort qu'il n'aurait entamé aucune démarche pour régulariser son séjour ;

- l'obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dans les conséquences de son exécution sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 3 juin 2024, le préfet de la Loire conclut au rejet de la requête au motif que les moyens ne sont pas fondés.

La présidente du tribunal a délégué les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à Mme de Lacoste Lareymondie.

Vu :

- la décision du bureau d'aide juridictionnelle du 18 avril 2024 accordant l'aide juridictionnelle totale à M. B ;

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 5 juin 2024, Mme de Lacoste Lareymondie a présenté son rapport et entendu :

- les observations de Me Checci, substituant Me Pelissier-Bouazza, représentant M. B ;

- et les observations de M. B, assisté de M. C, interprète en langue bengali.

Le préfet de la Loire n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions à fin d'annulation :

1. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans l'un des cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () / (). ".

2. M. B, originaire du Bangladesh, est entré en France le 27 mai 2021 se déclarant mineur. Il a été pris en charge par l'aide sociale à l'enfance du département de la Loire à la suite d'un jugement du juge des enfants du 29 juillet 2021. Ultérieurement, la cour d'appel de Lyon a annulé le jugement au motif que la minorité de M. B n'était pas établie. Le 15 mars 2024, M. B a été interpellé et placé en retenue pour vérification de son droit au séjour. N'ayant pas été en mesure de justifier de la régularité de son entrée en France, le préfet de la Loire l'a obligé à quitter le territoire français sur le fondement du 1° de l'article L. 611-1 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

3. En premier lieu, la décision contestée énonce l'ensemble des considérations de droit et de fait sur lesquelles le préfet de la Loire s'est fondé pour ordonner l'éloignement de M. B. Elle est donc suffisamment motivée.

4. En deuxième lieu, si la décision mentionne à tort que M. B n'aurait pas entamé de démarche en vue de régulariser son séjour, alors que le préfet indique lui-même dans son mémoire en défense que le requérant aurait enregistré une demande de titre de séjour le 30 mai 2023 rejetée implicitement à l'issue d'un délai de quatre mois, cette erreur de fait est sans incidence sur la légalité de la décision. En effet, la mesure d'éloignement est fondée, non sur l'absence de demande de titre de séjour par M. B en vue de régulariser sa situation, mais sur l'absence de justification d'une entrée régulière sur le territoire national, ce que le requérant ne discute pas.

5. En troisième lieu, l'obligation de quitter le territoire français n'ayant pas pour objet de refuser à M. B la délivrance d'un titre de séjour, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont les dispositions fixent les conditions d'une admission exceptionnelle au séjour et sont sans rapport avec la légalité des obligations de quitter le territoire, est inopérant et ne peut qu'être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Pour soutenir que l'obligation de quitter le territoire français porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale, M. B se prévaut de la scolarité qu'il a effectuée en France, du sérieux de sa formation professionnelle de carreleur pour laquelle il a bénéficié d'un contrat d'apprentissage pendant deux ans à compter du 5 septembre 2022, et des liens noués avec la famille l'ayant accueilli dans le cadre de l'assistance éducative du département de la Loire. Toutefois, ainsi qu'il a été dit précédemment, la cour d'appel de Lyon, par un arrêt dont M. B ne discute pas le bien-fondé, a annulé le jugement d'assistance éducative en remettant en cause la minorité de M. B qui doit donc être regardé comme ayant bénéficié frauduleusement de l'aide sociale à l'enfance et des avantages qui en ont découlé pour lui. Par ailleurs, le séjour en France du requérant demeure récent à la date de la décision attaquée, tandis que sa famille réside toujours au Bangladesh. Dans ces circonstances, le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention européenne précitée doit être écarté.

7. En dernier lieu, et pour les mêmes motifs que ceux qui viennent d'être énoncés, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision l'obligeant à quitter le territoire français serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle.

8. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

9. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction sous astreinte doivent donc être également rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Loire.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juillet 2024.

La magistrate désignée,

E. de Lacoste Lareymondie

La greffière,

S. Lecas

La République mande et ordonne au préfet de la Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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