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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2403055

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2403055

mardi 18 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2403055
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantSELARL BS2A BESCOU ET SABATIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 mars 2024, M. D B, représenté par la SELARL Bescou et Sabatier Avocats Associés, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir les décisions du 29 février 2024 par lesquelles la préfète du Rhône a rejeté sa demande de titre de séjour portant la mention " étudiant ", l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa demande dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État au profit de son conseil une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- les décisions attaquées sont entachées d'incompétence de leur auteur ;

- la décision de refus de titre de séjour en litige est entachée d'erreur de droit en ce que le préfet ne pouvait opposer l'absence de visa de long séjour au requérant dès lors que ce visa n'est pas exigé par les stipulations de l'article 9 de la convention franco-congolaise seules applicables ; elle est entachée d'erreur de fait puisque le préfet était saisi d'une demande de renouvellement de titre ; elle méconnait l'article 9 de la convention franco-congolaise ; elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- l'obligation de quitter le territoire français est illégale du fait de l'illégalité du refus de titre de séjour et méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le délai de départ volontaire est illégale du fait de l'illégalité des décisions qui la fondent ;

- la décision fixant le pays de renvoi est illégale du fait de l'illégalité du refus de renouvellement de son titre de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français.

Des pièces ont été communiquées par la préfète du Rhône le 31 mai 2024.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 avril 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Clément, président,

- et les observations de Me Bescou pour le requérant.

Considérant ce qui suit :

1. M. D B ressortissant de la République du Congo est entré en France le 20 septembre 2017 disposant d'un titre de séjour " étudiant " afin d'y poursuivre des études supérieures. Il a sollicité un titre " étudiant " et par l'arrêté en litige du 29 février 2024, la préfète du Rhône a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné.

Sur le refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, l'arrêté du 29 février 2024 a été signé par Mme A C, directrice des migrations et de l'intégration, qui a reçu délégation à cet effet par un arrêté de la préfète du Rhône en date du 30 janvier 2024 régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'article 4 de la convention franco-congolaise visée ci-dessus stipule que : " Pour un séjour de plus de trois mois, les ressortissants français à l'entrée sur le territoire congolais et les ressortissants congolais à l'entrée sur le territoire français doivent être munis d'un visa de long séjour et des justificatifs prévus aux articles 5 à 9 ci-après, en fonction de la nature de leur installation. ". L'article 9 de la même convention stipule que : " Les ressortissants de chacun des Etats contractants désireux de poursuivre des études supérieures ou d'effectuer un stage de formation de niveau supérieur sur le territoire de l'autre Etat doivent, outre le visa de long séjour prévu à l'article 4, justifier d'une attestation d'inscription ou de préinscription dans l'établissement d'enseignement choisi, ou d'une attestation d'accueil de l'établissement où s'effectue le stage ainsi que, dans tous les cas, de moyens d'existence suffisants. / Les intéressés reçoivent un titre de séjour temporaire portant la mention " étudiant ". Ce titre de séjour est renouvelé annuellement sur justification de la poursuite effective des études ou du stage et de la possession de moyens d'existence suffisants. ". Enfin, aux termes des stipulations de l'article 13 de cette convention : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation respective des deux Etats sur l'entrée et le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord. ". Aux termes de l'article R. 431-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger titulaire d'un document de séjour doit, en l'absence de présentation de demande de délivrance d'un nouveau document de séjour six mois après sa date d'expiration, justifier à nouveau, pour l'obtention d'un document de séjour, des conditions requises pour l'entrée sur le territoire national lorsque la possession d'un visa est requise pour la première délivrance d'un document de séjour. ".

4. Il ressort des pièces du dossier que M. B a obtenu une licence Sciences de la Vie et de la Terre parcours Géosciences de l'université de Perpignan pour l'année universitaire 2017-2018. Il valide la première année de Master 1 Géosciences Génie pétrolier à l'université de Pau pour l'année universitaire 2018-2019 et valide le premier semestre du même cursus pour l'année universitaire 2019-2020. Il soutient sans être contredit avoir échoué à obtenir un Master 2 pour cette année du fait qu'il n'a pu valider un stage obligatoire du fait de l'épidémie de Covid-19. Il est inscrit à nouveau pour les années universitaires 2020-2021 et 2021-2022 sans valider son année universitaire. Cependant le requérant ayant disposé d'un titre de séjour " étudiant " valable jusqu'au 14 octobre 2021 a sollicité la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " étudiant " le 2 mai 2023, par suite c'est à bon droit que la préfète du Rhône s'estimant saisie d'une nouvelle demande de titre de séjour a opposé à M. B l'absence de visa de long séjour et pouvait pour ce seul motif refuser de délivrer le titre demandé.

Sur les autres décisions :

5. En l'absence d'illégalité de la décision portant refus de séjour, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé, par voie d'exception, à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

6. Si le requérant fait valoir sa présence en France depuis plus de six ans ainsi que celle de son frère et de sa sœur et de sa maîtrise de la langue française, son absence de menace pour l'ordre public et le fait de disposer de ressources personnelles et de son propre logement, il est célibataire et sans enfant et ne soutient pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine. Par suite, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit à la vie privée et familiale du requérant et n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

7. En l'absence d'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé, par voie d'exception, à l'encontre des décisions fixant le délai de départ volontaire et le pays de renvoi doit être écarté.

8. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B doit ainsi être rejetée, en ce comprises ses conclusions aux fins d'annulation, d'injonction sous astreinte et celles présentées au titre des frais liés au litige.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience du 4 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Clément, président,

Mme Rizzato, première conseillère,

Mme Gros, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juin 2024.

Le président,

M. Clément

L'assesseure la plus ancienne,

C. Rizzato

La greffière,

T. Zaabouri

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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