Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2403077

mardi 17 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2403077
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation7ème chambre
Avocat requérantSELARL BS2A BESCOU ET SABATIER

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Lyon, saisi d’une demande d’exécution du jugement du 20 janvier 2023, a constaté que la préfète du Rhône n’avait pas pris les mesures nécessaires pour se prononcer sur la situation de M. B dans le délai imparti. En application de l’article L. 911-4 du code de justice administrative, le tribunal a prononcé une astreinte de 100 euros par jour à l’encontre de la préfète si elle ne justifie pas de l’exécution du jugement dans un délai de deux mois. La solution retenue vise à contraindre l’administration à respecter l’injonction de réexamen déjà ordonnée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une demande enregistrée le 18 octobre 2023, M. A B, représenté par la Selarl BS2A Bescou et Sabatier (Me Bescou), demande au tribunal d'enjoindre à la préfète du Rhône de prendre les mesures qu'implique l'exécution du jugement du tribunal n° 2300322 du 20 janvier 2023.

Il soutient que la préfète du Rhône n'a pas exécuté le jugement du 20 janvier 2023.

Par une ordonnance du 28 mars 2024, la présidente du tribunal a décidé l'ouverture d'une procédure juridictionnelle en application de l'article R. 921-6 du code de justice administrative.

Par un mémoire enregistré le 19 août 2024, la préfète du Rhône demande le renvoi de l'affaire à une audience ultérieure.

Elle fait valoir qu'elle envisage de répondre défavorablement à la demande de titre de séjour de M. B et que la commission du titre de séjour se réunira le 17 octobre 2024.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le jugement n° 2300322 du tribunal du 20 janvier 2023 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Vaccaro-Planchet a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 911-4 du code de justice administrative : " En cas d'inexécution d'un jugement ou d'un arrêt, la partie intéressée peut demander au tribunal administratif ou à la cour administrative d'appel qui a rendu la décision d'en assurer l'exécution. () Si le jugement ou l'arrêt dont l'exécution est demandée n'a pas défini les mesures d'exécution, la juridiction saisie procède à cette définition. Elle peut fixer un délai d'exécution et prononcer une astreinte ".

2. Il résulte de ces dispositions que, lorsque le jugement faisant l'objet de la demande d'exécution prescrit déjà les mesures qu'il implique nécessairement en application de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, il appartient le cas échéant au tribunal administratif, saisi sur le fondement de l'article L. 911-4 du même code, d'en édicter de nouvelles en se plaçant à la date de sa décision, sans toutefois pouvoir remettre en cause celles qui ont précédemment été prescrites, ni méconnaître l'autorité qui s'attache aux motifs qui sont le soutien nécessaire du dispositif de la décision juridictionnelle dont l'exécution lui est demandée.

3. Par un jugement n° 2300322 du 20 janvier 2023, le magistrat désigné par la présidente du tribunal a annulé l'arrêté du 14 janvier 2023 de la préfète du Rhône obligeant M. B à quitter le territoire français sans délai, fixant le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trente-six mois, et a enjoint à la préfète du Rhône de procéder au réexamen de la situation de M. B dans le délai de deux mois à compter de la notification de ce jugement.

4. A la date du présent jugement, la préfète du Rhône n'a pas pris les mesures propres à assurer l'exécution du jugement du 20 janvier 2023. Si elle fait valoir qu'elle envisage de répondre défavorablement à la demande de titre de séjour de M. B et que la commission du titre de séjour se réunira le 17 octobre 2024, l'injonction prononcée dans le jugement du 20 janvier 2023 impliquait nécessairement que la préfète du Rhône se prononce sur cette demande dans le délai de deux mois qui lui était imparti. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer à l'encontre de la préfète du Rhône, à défaut pour elle de justifier de cette exécution dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente décision, une astreinte de 100 euros par jour jusqu'à la date à laquelle le jugement du 20 janvier 2023 aura reçu exécution.

D E C I D E :

Article 1er : Une astreinte est prononcée à l'encontre de la préfète du Rhône, si elle ne justifie pas avoir, dans le délai de deux mois suivant la notification du présent jugement, exécuté le jugement du tribunal n° 2300322 du 20 janvier 2023. Le taux de cette astreinte est fixé à 100 euros par jour, à compter de l'expiration de ce délai et jusqu'à la date de cette exécution.

Article 2 : La préfète du Rhône communiquera au tribunal copie des actes justifiant des mesures prises pour exécuter le jugement du 20 janvier 2023.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience du 3 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Vaccaro-Planchet, présidente,

Mme Feron, première conseillère,

Mme de Tonnac, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 septembre 2024.

La présidente-rapporteure,

V. Vaccaro-Planchet

L'assesseure la plus ancienne,

C. FeronLa greffière,

I. Rignol

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Un greffier,