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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2403136

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2403136

lundi 8 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2403136
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantVRAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 mars 2024, M. F D, représenté par Me Vray, demande au tribunal :

1°) à titre principal, d'annuler l'arrêté du 28 mars 2024 par lequel la préfète de l'Ain l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination, a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans et l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

2°) à titre subsidiaire, de suspendre l'exécution de la décision l'obligeant à quitter le territoire français jusqu'à ce que la Cour nationale du droit d'asile ait statué ;

3°) d'enjoindre à la préfète de l'Ain de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, et de procéder sans délai à l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour ce dernier de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :

- elles ont été signées par une autorité incompétente ;

- elles ne sont pas suffisamment motivées en ce qui concerne sa situation administrative et celle des membres de sa famille ;

- elles sont entachées d'un défaut d'examen particulier sur ce point ;

En ce qui concerne la décision l'obligeant à quitter le territoire français :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire :

- elle méconnaît les dispositions du 3° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision lui interdisant de revenir sur le territoire français pendant deux ans :

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans son principe, dès lors qu'il justifie de circonstances humanitaires ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation quant à sa durée ;

En ce qui concerne la décision l'assignant à résidence pour une durée de quarante-cinq jours :

- elle devra être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;

- les modalités de contrôle retenues revêtent un caractère disproportionné.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 avril 2024, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens présentés par M. D ne sont pas fondés.

La présidente du tribunal a délégué les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à Mme Gros, première conseillère.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 3 avril 2024, Mme Gros a présenté son rapport et entendu :

- les observations de Me Vray, représentant M. D, qui reprend les conclusions et les moyens de la requête, à l'exception du vice d'incompétence, expressément abandonné, et des conclusions à fin de suspension présentées à titre subsidiaire, dont elle a indiqué se désister, souligne que les décisions rendues par la Cour nationale du droit d'asile s'agissant des enfants de M. D n'ont pas encore été notifiées, soulève un moyen nouveau à l'encontre de la décision assignant le requérant à résidence, tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en l'absence de perspective raisonnable d'éloignement, et confirme que l'intéressé réside à Dortan avec sa compagne et leurs enfants,

- et les observations de M. D, assisté de M. G, interprète en langue anglaise, qui rappelle que ses trois enfants sont nés en France, où ils sont scolarisés, exprime le souhait que sa situation administrative soit régularisée afin de pouvoir travailler et subvenir, ainsi, aux besoins de sa famille et indique ne pas vouloir retourner au Nigeria, où il n'a plus d'attaches familiales.

La préfète de l'Ain n'était ni présente, ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. F D, ressortissant nigérian né le 23 juillet 1989, déclare être entré en France au cours de l'année 2016. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides du 21 juillet 2021, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 20 décembre 2021. Il a, alors, présenté une demande de réexamen, rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides du 4 février 2022, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 3 mai 2022. A la suite d'un contrôle d'identité, M. D a été placé en retenue administrative pour vérification de son droit de circuler ou de séjourner en France le 28 mars 2024. Par un arrêté du même jour, la préfète de l'Ain l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination, a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans et l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Le requérant demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ".

3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions contestées :

4. Dans l'arrêté litigieux, la préfète de l'Ain indique que M. D serait entré en France au cours de l'année 2016, mentionne que sa demande de protection internationale a, en dernier lieu, été rejetée par la Cour nationale du droit d'asile le 3 mai 2022, tandis que celles de son épouse et de ses enfants mineurs l'ont été, en dernier lieu, le 23 janvier 2024 par la même juridiction, et précise que l'intéressé n'établit pas que sa compagne, également en situation irrégulière, et ses enfants ne pourraient l'accompagner au Nigeria et y reprendre, pour ces derniers, leur scolarité. Dans ces conditions, M. D n'est pas fondé à soutenir que les décisions attaquées souffriraient d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen particulier de sa situation sur ce point.

En ce qui concerne la décision obligeant M. D à quitter le territoire français :

5. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. / Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci. ".

6. Il ressort des pièces du dossier que M. D est entré en France au cours de l'année 2016 afin d'obtenir le bénéfice d'une protection internationale, demande rejetée, en dernier lieu, par la Cour nationale du droit d'asile le 3 mai 2022. Contrairement à ce que soutient le requérant, en application des dispositions précitées de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le droit de sa compagne, Mme E, et de ses enfants mineurs, B, H et A, de se maintenir sur le territoire français en qualité de demandeurs d'asile a pris fin à la date de la lecture en audience publique des décisions de rejet de la Cour nationale du droit d'asile les concernant, soit le 23 janvier 2024. La réalité et l'actualité des risques auxquels seraient exposés les membres du foyer de M. D au Nigeria ne sont, en outre, étayés par aucune pièce. Rien ne fait, ainsi, obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue dans ce pays, où les enfants mineurs du requérant pourront poursuivre leur scolarité. Dans ces conditions, M. D n'est pas fondé à soutenir que la décision l'obligeant à quitter le territoire français porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et méconnaîtrait, ainsi, les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. () ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

8. Les enfants mineurs de M. D ont vocation à accompagner leurs parents au Nigeria, où ils pourront poursuivre leur scolarité. Par suite, en obligeant le requérant à quitter le territoire français, la préfète de l'Ain n'a pas porté à l'intérêt supérieur de ces derniers une atteinte contraire aux stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

9. En troisième lieu, M. D ne peut utilement invoquer la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales à l'encontre de la décision l'obligeant à quitter le territoire français, qui n'implique pas, par elle-même, un retour dans son pays d'origine.

En ce qui concerne la décision refusant à M. D un délai de départ volontaire :

10. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".

11. En premier lieu, M. D ne présente aucun document d'identité ou de voyage en cours de validité. S'il indique résider sur le territoire de la commune de Dortan avec sa compagne et leurs enfants, il n'en justifie pas. Il résulte de l'instruction que la préfète de l'Ain aurait pris la même décision si elle ne s'était fondée que sur ces seules circonstances, qui suffisaient, en l'espèce, à caractériser l'existence d'un risque de fuite. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 précités du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

12. En second lieu, aux termes de l'article L. 312-1 A du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sans préjudice des conditions mentionnées à l'article L. 311-2, les visas mentionnés aux articles L. 312-1 à L. 312-4 ne sont pas délivrés à l'étranger qui a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français depuis moins de cinq ans et n'apporte pas la preuve qu'il a quitté le territoire français dans le délai qui lui a été accordé au titre de l'article L. 612-1 ou, le cas échéant, dans les conditions prévues à l'article L. 612-2. / Dans le cas où des circonstances humanitaires de même nature que celles prises en compte pour l'application des articles L. 612-6 et L. 612-7 sont constatées à l'issue d'un examen individuel de la situation de l'étranger, le premier alinéa du présent article n'est pas applicable. ".

13. D'une part, ainsi qu'il a été dit au point 6, M. D ne dispose en France d'aucune attache particulière en dehors de sa propre cellule familiale, composée de sa compagne et de ses trois enfants mineurs, nés en 2017, 2019 et 2022, dont le droit de se maintenir sur le territoire français en qualité de demandeurs d'asile a pris fin. D'autre part, le deuxième alinéa de l'article L. 312-1 A du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que l'inexécution, dans le délai imparti, d'une obligation de quitter le territoire français édictée il y a moins de cinq ans ne peut fonder un refus de visa en présence de circonstances humanitaires. Dès lors, M. D n'est, en tout état de cause, pas fondé à soutenir qu'en le privant de la possibilité d'obtenir un visa à l'avenir, la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision interdisant à M. D de revenir sur le territoire français pendant deux ans :

14. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ".

15. En premier lieu, M. D a fait l'objet d'une mesure d'éloignement pour laquelle aucun délai de départ volontaire n'a été accordé. Il entre ainsi dans le cas prévu à l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, où le préfet doit assortir son obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf s'il existe des circonstances humanitaires de nature à justifier qu'une telle interdiction ne soit pas décidée. Eu égard à ce qui a été dit au point 6, le requérant ne justifie d'aucune circonstance humanitaire. C'est dès lors à bon droit et sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation que la préfète de l'Ain a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français.

16. En second lieu et s'agissant de la durée de cette interdiction, il ressort des pièces du dossier que M. D séjourne en France depuis 2016. Toutefois, il n'y dispose d'aucune attache particulière en dehors de sa propre cellule familiale, composée de sa compagne et de ses trois enfants mineurs, nés en 2017, 2019 et 2022, dont le droit de se maintenir sur le territoire français en qualité de demandeurs d'asile a pris fin. Dans ces conditions, alors même que le requérant n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et que sa présence ne représente pas une menace pour l'ordre public, en prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans, la préfète de l'Ain n'a pas commis d'erreur d'appréciation.

En ce qui concerne la décision assignant M. D à résidence pour une durée de quarante-cinq jours :

17. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ".

18. En premier lieu, la décision l'obligeant à quitter le territoire français n'ayant pas été annulée, M. D n'est pas fondé à solliciter l'annulation, par voie de conséquence, de la décision l'assignant à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

19. En deuxième lieu, ainsi qu'il a été dit plus haut, la compagne de M. D et ses trois enfants mineurs ne bénéficiaient plus, à la date de la décision attaquée, du droit de se maintenir sur le territoire français en qualité de demandeurs d'asile. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à soutenir que son éloignement ne constituerait pas, pour ce motif, une perspective raisonnable.

20. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger assigné à résidence en application du présent titre se présente périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie. () ". Aux termes de l'article R. 733-1 du même code : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : / () 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; () ".

21. M. D déclare à l'audience, comme il l'avait fait lors de son audition du 28 mars 2024, résider à Dortan. Il fait, par ailleurs, valoir qu'il est père de trois enfants mineurs, dont deux sont scolarisés. Au vu de cette situation, et dès lors qu'il assume conjointement avec sa compagne la charge de leurs enfants, les modalités de contrôle définies par l'autorité administrative, et notamment l'obligation de se présenter à la gendarmerie d'Oyonnax les lundis, mercredis, vendredis, dimanches et jours fériés à 9h, ne revêtent pas un caractère disproportionné.

22. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 28 mars 2024 par lequel la préfète de l'Ain l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination, a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans et l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

Sur les conclusions à fin de suspension :

23. Au cours de l'audience publique du 3 avril 2024, M. D a déclaré, par l'intermédiaire de son conseil, se désister de ses conclusions à fin de suspension de l'obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. Ce désistement étant pur et simple, rien ne s'oppose à ce qu'il en soit donné acte.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

24. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par M. D, n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

25. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, le versement à M. D d'une somme au titre de ses frais d'instance.

DECIDE :

Article 1er : M. D est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Il est donné acte du désistement des conclusions de M. D tendant à la suspension de l'exécution de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. D est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. F D et à la préfète de l'Ain.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 avril 2024.

La magistrate désignée,

R. Gros

La greffière,

E. Gros

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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