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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2403137

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2403137

lundi 15 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2403137
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantPETIT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, des pièces et un mémoire complémentaires enregistrés les 30 mars et 2 avril 2024, sous le n° 2403137, M. A B, représenté par Me Petit, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté de la préfète du Rhône en date du 29 mars 2024 portant obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, fixant le pays de destination et prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois et la décision du même jour par laquelle la préfète du Rhône l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

3°) d'enjoindre à la préfète du Rhône :

- de lui délivrer, sans délai, une autorisation provisoire de séjour jusqu'au réexamen de sa situation,

- de s'assurer de l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen consécutif à l'interdiction de retour sur le territoire français ;

4°) de mettre à la charge de l'État au profit de son conseil la somme de 1 500 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

M. B soutient que :

- les décisions attaquées sont entachées d'une erreur de droit en l'absence d'examen particulier et d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il est convoqué devant le tribunal judiciaire de Lyon le 12 mars 2025 ;

1°) s'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'un défaut de base légale dès lors qu'elle aurait dû être fondée sur le 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile puisqu'il avait sollicité une convocation pour déposer une demande de titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

2°) s'agissant de la décision portant refus de délai de départ volontaire :

- elle est entachée d'une erreur de droit en l'absence d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

3°) s'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français et portant refus de délai de départ volontaire ;

4°) s'agissant de la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois :

- elle est entachée d'erreurs de fait ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense et des pièces complémentaires enregistrés au greffe le 2 avril 2024, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Pineau pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue par l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 2 avril 2024 :

- le rapport de M. Pineau, magistrat désigné ;

- les observations de Me Petit, avocat pour M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens. La situation familiale de M. B n'est pas mentionnée dans les décisions attaquées, notamment la présence de ses enfants alors que sa fille majeure est scolarisée en BTS et qu'elle est titulaire d'un titre de séjour, ce qui obère la possibilité de reconstitution de la cellule familiale dans le pays d'origine. Ceci démontre le défaut d'examen sérieux, tout comme le démontre l'absence de référence aux demandes de rendez-vous sur démarches simplifiées : M. B a fait l'objet d'un refus de rendez-vous mais son épouse est toujours dans l'attente de la fixation d'un rendez-vous et sa demande n'est pas dénuée de fondement puisqu'elle travaille en CDI chez un particulier. S'agissant de l'intérêt supérieur de ses enfants, la reconstitution de la cellule familiale dans le pays d'origine impactera nécessairement leur scolarité et n'est pas concevable. S'agissant du refus de délai de départ volontaire, l'administration n'est pas en compétence liée et la scolarité des enfants aurait dû conduire à l'octroi d'un tel délai. S'agissant de l'interdiction de retour, elle ne lui permet pas d'honorer sa convocation devant le tribunal judiciaire de Lyon programmée en mars 2025 et d'y présenter ses observations. L'interdiction de retour est entachée d'erreur de fait et d'appréciation puisqu'il ne peut être considéré comme une menace pour l'ordre public alors qu'il faut l'objet d'une simple convocation aux fins de notification d'une ordonnance pénale délictuelle pour des faits de conduite sans assurance et avec un léger dépassement de la limite en matière d'alcoolémie.

- les observations de M. B, requérant, assisté de Mme C, interprète en langue arménienne, qui rappelle les conditions de son séjour en France, sa situation familiale et répond aux questions posées par le tribunal dans le cadre de l'instruction.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant arménien né le 6 février 1982, déclare être entré en France en décembre 2016 pour y solliciter l'asile. Sa demande a cependant été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), le 18 juillet 2018, puis par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA), le 31 janvier 2019. Par un arrêté du 23 avril 2019, confirmé par un jugement du tribunal du 23 septembre 2019 et par une ordonnance de la cour administrative de Lyon du 9 juin 2020, le préfet du Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays de destination. Par un arrêté du 15 mai 2021, le préfet du Rhône a fait à nouveau obligation de quitter le territoire français à M. B, sans délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de dix-huit mois. Cet arrêté a été confirmé par un jugement du tribunal du 30 août 2021 puis par un arrêt de la cour administrative d'appel de Lyon du 3 janvier 2023. Suite à un contrôle routier, la préfète du Rhône a fait obligation de quitter le territoire français à M. B, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois par un arrêté du 29 mars 2024 et par une décision du même jour, la préfète a assigné M. B à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. M. B demande au tribunal de prononcer l'annulation des décisions de la préfète du Rhône en date du 29 mars 2024.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle :

2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre provisoirement M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée relative à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français vise l'article L. 611-1, 4° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise les éléments qui ont conduit la préfète du Rhône à édicter la décision contestée, en l'espèce les refus d'asile opposés à M. B par l'OFPRA puis par la CNDA et la décision rappelle également que l'intéressé a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement. Ensuite, la préfète a mentionné les faits saillants de la situation familiale de M. B en relevant que son épouse est également en situation irrégulière et que la cellule familiale pourra se reconstituer dans le pays d'origine avec leurs trois enfants. S'il est loisible au requérant de contester cette analyse, cette divergence d'appréciation ne saurait caractériser une insuffisance de motivation alors que la décision attaquée comporte les circonstances de fait et de droit qui en constituent le fondement et permet au requérant d'en discuter utilement. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit ainsi être écarté.

6. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes des décisions en litige ni d'aucune autre pièce du dossier que la préfète du Rhône n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. B. Si le requérant souligne que la décision en litige ne fait pas mention de la scolarisation de ses enfants en France et du fait que sa fille ainée dispose d'un titre de séjour, la préfète n'était cependant pas tenue de mentionner l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle et familiale de M. B mais seulement les faits déterminants. Il en va de même de la convocation du requérant devant le tribunal judiciaire de Lyon, programmée en mars 2025 ou de la circonstance qu'il ait formé une demande de rendez-vous en préfecture en vue de déposer une demande de titre de séjour, laquelle a été rejetée en l'absence de circonstances nouvelles, et de la demande équivalente de son épouse en cours d'instruction dès lors qu'aucune de ces demandes n'est de nature à conférer un droit au séjour provisoire sur le territoire français. Il résulte de ces éléments que le moyen tiré de l'erreur de droit en l'absence d'examen particulier doit être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° () ". .

8. M. B fait état de ce qu'il a sollicité, en novembre 2022, une convocation en vue de déposer une nouvelle demande de titre de séjour en préfecture du Rhône et que la préfète aurait entaché sa décision d'une erreur de droit en fondant la mesure d'éloignement sur les dispositions du 4° de l'article L. 611-1 précité alors qu'elle aurait dû être fondée sur le 3° de ce même article. Toutefois, la reconnaissance de la qualité de réfugié a été définitivement refusée à M. B par les décisions mentionnées au point 1, de telle sorte qu'il relève des prévisions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, dès lors que sa demande de rendez-vous a été rejetée en l'absence de circonstances nouvelles portées à la connaissance de l'autorité administrative par M. B alors qu'il a fait l'objet d'une décision négative lors d'une précédente demande et que ce refus de séjour a été assorti d'une obligation de quitter le territoire français, le requérant ne relève pas des dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, une décision de refus de fixation de rendez-vous pour déposer une demande de titre de séjour n'étant pas de nature à révéler une décision portant refus de titre de séjour qui devrait être le fondement de la présente mesure d'éloignement. Le moyen tiré du défaut de base légale dont serait entachée la décision attaquée doit être écarté.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

10. M. B fait état de la durée de son séjour en France, soit plus de sept années à la date de la décision attaquée, de ce que son épouse est dans l'attente d'une convocation pour déposer une nouvelle demande de titre de séjour, de ce que leur fille majeure réside régulièrement en France sous couvert d'un titre de séjour et que leurs deux enfants mineurs n'ont plus d'attaches dans leur pays de naissance. Toutefois, le requérant s'est maintenu irrégulièrement en France en dépit de plusieurs décisions portant obligation de quitter le territoire français et de leur confirmation juridictionnelle constante et réitérée. Si son épouse a présenté une demande de rendez-vous pour déposer une nouvelle demande de titre de séjour, elle se trouve à la date de la décision contestée en situation irrégulière en France où elle est dépourvue de tout droit au séjour. Par ailleurs, M. B a passé l'essentiel de son existence en Arménie où il a vécu jusqu'à l'âge de trente-quatre ans et dès lors que sa demande d'asile a été définitivement rejetée, aucun obstacle ne s'oppose à ce qu'il y poursuive sa vie privée et familiale. Si la fille aînée de M. B réside régulièrement en France sous couvert d'un titre de séjour pluriannuel valide jusqu'en septembre 2027, elle est désormais majeure et a donc vocation à vivre son existence indépendamment de son père. S'agissant des deux enfants encore mineurs scolarisés en France, il n'est pas démontré que leur scolarisation ne pourrait se poursuivre dans leur pays d'origine où ils ont vocation à accompagner leurs parents dont ils ne seront pas séparés, ce qui constitue leur intérêt supérieur. Dans ces conditions, la préfète du Rhône n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de M. B une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis par cette décision et la préfète n'a pas davantage porté atteinte à l'intérêt supérieur des deux enfants mineurs du requérant en faisant obligation de quitter le territoire français à leur père. Il s'ensuit que les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :

11. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision.". Aux termes de l'article L. 612-2 de ce même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; ( )/ 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. "

12. En premier lieu, la décision attaquée vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile cité au point précédent et précise que M. B s'est maintenu en situation irrégulière en dépit de la mesure d'éloignement prise à son encontre en mai 2021 et qu'il ne justifie pas d'un logement stable et établi sur le territoire français, de telle sorte qu'il existe un risque qu'il se soustrait à la mesure d'éloignement dont il fait l'objet. La décision portant refus de délai de départ volontaire comporte ainsi les circonstances de fait et de droit qui en constitue le fondement. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation manque en fait et doit être écarté.

13. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée, ni d'aucune des pièces du dossier que la préfète du Rhône n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. B avant de refuser de lui accorder un délai de départ volontaire. S'il est loisible au requérant de soutenir que sa situation personnelle et familiale aurait dû conduire à ce qu'un tel délai lui soit accordé, il entend ce faisant contester l'appréciation portée par l'autorité administrative mais cette divergence d'analyse ne saurait démontrer un défaut d'examen particulier de sa situation. Le moyen d'erreur de droit tel qu'articulé doit par suite être écarté.

14. En troisième lieu, M. B soutient que la scolarisation de ses enfants en France aurait dû conduire la préfète du Rhône à lui accorder un délai de départ volontaire puisque ce refus aurait pour conséquence de les obliger à quitter précipitamment le territoire national. Toutefois, il n'est pas contesté que M. B relève des prévisions du 5° et du 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il a fait l'objet de précédentes mesures d'éloignement auxquelles il s'est soustrait et qu'il ne dispose pas de garanties de représentation. En raison du risque de soustraction qui résulte de ces deux circonstances, la préfète pouvait lui refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire. La scolarisation de ses deux enfants encore mineurs ne peut être regardée comme une circonstance particulière au sens de l'article L. 612-3 du code précité et c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation que la préfète du Rhône a pu refuser au requérant l'octroi d'un délai de départ volontaire. Pour les mêmes motifs, dès lors que la décision contestée n'a ni pour objet, ni pour effet de séparer le requérant de ses deux enfants mineurs, le moyen tiré de ce que la décision portant refus de délai de départ volontaire aurait méconnu les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

15. En premier lieu, en l'absence d'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et refus de délai de départ volontaire, le moyen tiré de ces illégalités, soulevé par voie d'exception à l'encontre de la décision fixant le pays de destination, doit être écarté.

16. En second lieu, Il ne ressort ni des termes de la décision attaquée, dûment motivée, ni d'aucune autre pièce du dossier que la préfète du Rhône n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. B avant de fixer au pays dont il a la nationalité ou tout pays où il établit être légalement admissible le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office. Au contraire, la préfète a examiné la situation du requérant au regard des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en estimant que M. B ne démontrait pas être exposé à des traitements proscrits par ces stipulations et à cet égard, la circonstance que le requérant soit convoqué devant le tribunal judiciaire de Lyon programmée en mars 2025 demeure sans incidence. Le moyen tiré de l'erreur de droit en l'absence d'examen particulier doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois :

17. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. "

18. Pour fixer la durée de l'interdiction de retour sur le retour français à vingt-quatre mois, la préfète du Rhône a relevé que M. B déclarait, sans le démontrer, résider en France depuis décembre 2016, que s'agissant de la nature de ses liens en France, le requérant pouvait reconstituer sa cellule familiale dans le pays d'origine, qu'il avait fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement non exécutée en mai 2021 et enfin que son comportement délictueux constituerait une menace grave et avérée pour l'ordre public. Toutefois, pour répréhensible que les infractions routières que le requérant ait pu commettre le 28 mars 2024, il ne ressort pas des pièces du dossier que le comportement de M. B puisse être regardé comme constituant la menace sus décrite à l'ordre public. Ensuite, ainsi qu'il a été exposé au point 10, la fille majeure de M. B réside régulièrement en France sous couvert d'un titre de séjour pluriannuelle et s'il est constant que cette dernière est majeure et a vocation à vivre indépendamment de son père, M. B dispose cependant d'attaches particulières sur le territoire national où il est présent depuis sept ans. Dans ces conditions, en fixant à deux ans la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français, la préfète du Rhône a fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et M. B est fondé à demander l'annulation de cette décision, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens articulés à l'encontre de la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français.

En ce qui concerne la décision portant une assignation à résidence :

19. En premier lieu, en l'absence d'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et refus de délai de départ volontaire, le moyen tiré de ces illégalités, soulevé par voie d'exception à l'encontre de la décision portant assignation à résidence, doit être écarté.

20. En deuxième lieu, la décision attaquée vise les textes dont elle fait application et précise les éléments qui ont conduit la préfète du Rhône à assigner M. B à résidence, en l'espèce, le fait que son éloignement demeure une perspective raisonnable. La décision portant assignation à résidence est ainsi suffisamment motivée. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

21. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée, ni d'aucune autre pièce du dossier que la préfète du Rhône n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. B avant de l'assigner à résidence pour une durée de quarante-cinq jours dans le département du Rhône avec obligation de présentation deux fois par semaine, les lundis et jeudis entre 9 heures 00 et 18 heures à la direction zonale de la police aux frontières à Lyon 3ème arrondissement. La circonstance que le requérant soit convoqué devant le tribunal judiciaire de Lyon programmée en mars 2025 demeure sans incidence sur la légalité de la décision en litige et le requérant ne fait état d'aucun élément particulier ayant trait à sa situation personnelle et familiale qui n'aurait pas été pris en compte et qui ferait obstacle à ce qu'il puisse se conformer à la décision portant assignation à résidence en se bornant à faire état de la scolarisation de ses enfants ou aux demandes de rendez-vous que son épouse et lui-même ont formé auprès des services de la préfecture du Rhône. Le moyen tiré de l'erreur de droit en l'absence d'examen particulier doit être écarté.

22. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. B est seulement fondé à demander l'annulation de la décision du 29 mars 2024 par laquelle la préfète du Rhône a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

23. L'exécution du présent jugement, qui annule la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, implique seulement que l'administration efface le signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen dont M. B fait l'objet en conséquence de cette décision. Il y a donc lieu d'enjoindre à la préfète du Rhône d'y faire procéder, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais du litge :

24. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions que présente M. B sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La décision du 29 mars 2024 par laquelle la préfète du Rhône a prononcé à l'encontre de M. B une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois est annulée.

Article 3 : Il est enjoint à la préfète du Rhône de faire procéder à l'effacement du signalement aux fins de non-admission de M. B dans le système d'information Schengen, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête n° 2403137 de M. B est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Petit et à la préfète du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 avril 2024.

Le magistrat désigné,

N. Pineau

La greffière,

F. Gaillard

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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