jeudi 20 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2403150 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | JU 9ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL BS2A BESCOU ET SABATIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 29 mars 2024, M. B A représenté par Me Bescou, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 28 mars 2024 par lequel la préfète de l'Ain l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;
2°) d'enjoindre à la préfète de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;
3°) d'enjoindre à la préfète de l'Ain, en cas d'annulation de l'interdiction de retour sur le territoire français, de procéder sous les mêmes conditions à l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
S'agissant de l'ensemble des décisions attaquées :
- les décisions attaquées sont entachées d'incompétence de leur signataire ;
S'agissant de l'obligation de quitter le territoire :
- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation et d'un vice de procédure, ayant été prise en méconnaissance de son droit à être entendu ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;
S'agissant de la décision le privant d'un délai de départ volontaire :
- elle est fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire français, elle-même entachée d'illégalité ;
- elle est entachée d'erreurs de fait et d'une erreur de droit, se bornant à se référer aux critères permettant de déterminer l'existence d'un risque de fuite ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation ;
S'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est illégale compte tenu de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
S'agissant de la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale compte tenu de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire enregistré le 3 juin 2024, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête, en faisant valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Besse pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement ou remise des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience, à laquelle elles n'étaient ni présentes ni représentées.
Le rapport de M. Besse, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant tunisien né en 1999, demande l'annulation des décisions du 28 mars 2024 par lesquelles la préfète de l'Ain lui a fait obligation de quitter le territoire sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.
Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :
En ce qui concerne le moyen commun à l'ensemble des décisions :
2. L'arrêté en litige a été signé par Mme D C, adjointe au chef du bureau de l'éloignement et du contentieux de la préfecture de l'Ain, titulaire d'une délégation de signature à cet effet, en cas d'absence ou d'empêchement du directeur de la citoyenneté et de l'immigration, par un arrêté de la préfète de l'Ain en date du 15 février 2024, régulièrement publié le 19 février suivant au recueil des actes administratifs de la préfecture. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions attaquées doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
3. En premier lieu, il ne ressort pas de la décision attaquée, qui fait état d'éléments propres à la situation personnelle et familiale et au séjour de M. A, que la préfète de l'Ain ne se serait pas livrée à un examen complet et sérieux de sa situation et aurait ainsi entaché sa décision d'un vice de procédure.
4. En deuxième lieu, il ressort du procès-verbal d'audition de M. A, établi le 27 mars 2024, suite à son interpellation, que l'intéressé a été entendu sur ses conditions de séjour en France et a pu présenter ses observations sur l'éventualité d'une mesure d'éloignement vers son pays. Par suite, la décision n'a pas été prise en méconnaissance de son droit à être entendu, principe général du droit communautaire.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. () ".
6. M. A soutient être irrégulièrement entré en France en août 2022 à l'âge de 22 ans. Il est célibataire, sans enfant et n'établit pas disposer de liens familiaux intenses et stables sur le territoire, ni ne plus avoir de liens avec son pays d'origine, où il a passé la majeure partie de sa vie. Il indique travailler depuis décembre 2022 et produit un contrat à durée déterminée d'une durée d'un an, daté du 28 mars 2023, en qualité de câbleur. Toutefois, malgré cette insertion professionnelle, et eu égard à la durée et aux conditions de séjour en France du requérant, la décision l'obligeant à quitter le territoire français ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et ne méconnaît pas l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, elle n'est pas non plus entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.
En ce qui concerne la décision n'accordant aucun délai de départ volontaire :
7. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale (). ".
8. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire.
9. En deuxième lieu, si M. A soutient que contrairement à ce qu'affirme la préfète il est en possession de documents d'identité et de justificatifs de domicile, il est constant qu'il ne les a pas présentés lors de son contrôle par les services de police. Par ailleurs, en indiquant que la non remise de son passeport avait pour objectif d'empêcher la mise en œuvre d'une mesure d'éloignement et en ajoutant, par ailleurs, qu'il ne souhaitait pas retourner en Tunisie, le requérant peut être regardé, comme l'a indiqué la préfète, comme ayant manifesté son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français. Enfin, la décision de le priver de départ volontaire repose aussi sur sa situation irrégulière sur le territoire français et sur le fait, non contredit, qu'il ne justifie pas d'un domicile fixe, de sorte que cette dernière mention ne peut que rester sans incidence sur la légalité de la décision en litige. Par suite, le moyen selon lequel la décision le privant de délai de départ volontaire devrait être annulée en raison des erreurs de fait l'entachant doit être écarté.
10. En troisième lieu, Il ressort du dossier que M. A déclare être entré irrégulièrement sur le territoire et n'établit pas avoir entamé des démarches administratives afin de régulariser sa situation. Par ailleurs, il ne justifie d'aucune résidence permanente et a manifesté son intention de ne pas se conformer à la mesure d'éloignement. Dans ces conditions, et quand bien même l'intéressé justifie désormais être en possession d'un passeport, c'est sans commettre d'erreur de droit ni d'erreur d'appréciation que la préfète de l'Ain, se fondant sur les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a pu estimer qu'il existait un risque que M. A se soustraie à la mesure d'éloignement et l'a privé de délai de départ volontaire.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
11. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans :
12. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français sans délai à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français.
13. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". L'article L. 612-8 du même code dispose : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour () l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".
14. Pour prononcer à l'encontre de M. A une interdiction de retour sur le territoire français et en fixer la durée à deux ans, la préfète de l'Ain a relevé que bien que l'intéressé n'ait pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et qu'il ne représente pas une menace à l'ordre public, il a toutefois fait l'usage de faux documents d'identité pour l'obtention de son contrat de travail, ce que ne conteste pas le requérant, et il n'entretient pas de liens intenses et stables avec la France. Dans ces conditions, en l'absence de considérations humanitaires justifiant qu'aucune mesure d'interdiction de retour n'ait été édictée et compte tenu de l'absence d'attaches en France du requérant, en faisant interdiction à M. A de retourner sur le territoire français pendant une durée de deux ans, la préfète de l'Ain n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions des articles L612-6 et L612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
15. En dernier lieu, et en l'absence de tout élément particulier invoqué, et même en tenant compte des conséquences spécifiques à l'interdiction de retour sur le territoire français, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les motifs énoncés au point 6 s'agissant de l'obligation de quitter le territoire.
16. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction sous astreinte de la requête doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions dirigées à ce titre contre l'Etat, qui n'est pas la partie perdante.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète de l'Ain.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2024.
Le magistrat désigné,
Thierry BesseLa greffière,
Sophie Lecas
La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026