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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2403156

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2403156

lundi 8 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2403156
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJU 9ème chambre
Avocat requérantSCHURMANN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 mars 2024, Mme A B C, représentée par Me Schurmann, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 15 février 2024 par lesquelles la préfète de l'Ardèche l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé un pays de renvoi et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Mme B C soutient que :

- l'obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;

- la préfète n'a pas procédé à un examen complet de sa situation personnelle ;

- la décision méconnaît l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'interdiction de retour méconnaît l'article L. 612-9 du même code ;

- la mesure d'éloignement porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît également l'article 3§1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, ainsi que les articles 12 et 16 de la même convention ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle ;

- la préfète n'a pas tenu compte des risques encourus en cas de retour au Brésil.

L'intégralité de la procédure a été transmise à lapréfètede l'Ardèche qui n'a pas produit de mémoire en défense.

La présidente du tribunal a délégué les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à Mme de Lacoste Lareymondie.

Vu :

- la décision du bureau d'aide juridictionnelle du 18 avril 2024 accordant l'aide juridictionnelle totale à Mme B C ;

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 5 juin 2024, Mme de Lacoste Lareymondie a présenté son rapport et entendu les observations de Mme B C.

La préfète de l'Ardèche n'était ni présente ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions à fin d'annulation :

1. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans l'un des cas suivants : / () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié () a été définitivement refusé(e) à l'étranger (). ".

2. Mme B C, de nationalité brésilienne, est entrée en France le 16 mars 2022 accompagnée de ses trois enfants pour y solliciter l'asile. Sa demande a été rejetée en dernier lieu par la Cour nationale du droit d'asile le 19 décembre 2023. Se fondant sur les dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la préfète de l'Ardèche a ordonné son éloignement du territoire français.

3. En premier lieu, la décision contestée énonce l'ensemble des considérations de droit et de fait sur lesquelles la préfète de l'Ardèche s'est fondée pour ordonner l'éloignement de Mme B C. Elle est donc suffisamment motivée.

4. En deuxième lieu, si Mme B C fait valoir que la préfète de l'Ardèche n'a pas procédé à un examen complet de sa situation personnelle, ce qui ne ressort ni des pièces du dossier ni des termes de la décision attaquée, elle ne précise pas quel principe ni quelle disposition légale ou règlementaire aurait été méconnue de ce fait. Le moyen doit donc être écarté.

5. En troisième lieu, l'obligation de quitter le territoire français en litige n'ayant pas été prise sur le fondement de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, Mme B C ne peut utilement invoquer ces dispositions pour soutenir qu'elle serait illégale.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Mme B C, dont le séjour en France est très récent à la date de la décision en litige, ne dispose d'aucune attache familiale sur le territoire national à l'exclusion de ses trois enfants dont la demande d'asile a été rejetée et qui ont vocation à repartir avec elle au Brésil. Si ces derniers sont scolarisés en France, la requérante ne fait état d'aucun obstacle à la reprise de leur scolarité dans leur pays d'origine où ils ont vécu jusqu'en 2022. Enfin, si Mme B C se prévaut de ce qu'un de ses cousins, qui réside en France, serait le tuteur d'un de ses enfants, elle n'en justifie pas par la production d'une simple attestation faite à elle-même. Dès lors, le moyen par lequel elle soutient que l'obligation de quitter le territoire français porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale doit être écarté. Doit également être écarté, pour les mêmes motifs, les moyens tirés de la violation des articles 3§1 et 16 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, ainsi que le moyen tiré de ce que la décision serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article 12 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Les Etats parties garantissent à l'enfant qui est capable de discernement le droit d'exprimer librement son opinion sur toute question l'intéressant, les opinions de l'enfant étant dûment prises en considération eu égard à son âge et à son degré de maturité. / 2. A cette fin, on donnera notamment à l'enfant la possibilité d'être entendu dans toute procédure judiciaire ou administrative l'intéressant, soit directement, soit par l'intermédiaire d'un représentant ou d'une organisation approprié, de façon compatible avec les règles de procédure de la législation nationale. ". Si Mme B C soutient que l'obligation de quitter le territoire français méconnaît ces stipulations au motif que ses enfants n'auraient pas été entendus préalablement à l'édiction de la mesure d'éloignement, un tel moyen est inopérant, la décision en litige n'étant pas prise directement à leur encontre et ne les concernant pas personnellement.

8. En sixième lieu, si la requérante soutient que la préfète n'aurait pas tenu compte des risques encourus en cas de retour au Brésil, elle ne développe aucun commencement de démonstration en vue d'établir la réalité de tels risques. Par ailleurs, et contrairement à ce que soutient la requérante, il ne ressort pas des termes de la décision fixant le pays de renvoi que la préfète de l'Ardèche aurait envisagé d'éloigner Mme B C vers la République démocratique du Congo.

9. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. () ". Aux termes de l'article L. 612-9 du même code : " Sauf s'il n'a pas satisfait à une précédente décision portant obligation de quitter le territoire français ou si son comportement constitue une menace pour l'ordre public, les articles L. 612-6, L. 612-7 et L. 612-8 ne sont pas applicables à l'étranger obligé de quitter le territoire français au motif que le titre de séjour qui lui avait été délivré en application des articles L. 425-1 ou L. 425-3 n'a pas été renouvelé ou a été retiré ou que, titulaire d'un titre de séjour délivré sur le même fondement dans un autre Etat membre de l'Union européenne, il n'a pas rejoint le territoire de cet État à l'expiration de son droit de circulation sur le territoire français dans le délai qui lui a, le cas échéant, été imparti. ". L'interdiction de retour édictée à l'encontre de Mme B C pour une durée d'un an a été prise sur le fondement de l'article L. 612-8 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La requérante ne relevant d'aucune des hypothèses énoncées par l'article L. 612-9 du même code, elle ne peut utilement se prévaloir de ces dispositions pour soutenir qu'une telle mesure serait illégale.

10. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B C doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B C et à la préfète de l'Ardèche.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juillet 2024.

La magistrate désignée,

E. de Lacoste Lareymondie

La greffière,

S. Lecas

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ardèche en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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