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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2403177

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2403177

vendredi 5 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2403177
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantCHINOUF SOPHIA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er avril 2024, M. C B, retenu au centre de rétention de l'aéroport Lyon Saint-Exupery, demande au tribunal :

1°) de prononcer son admission à l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler les décisions du 31 mars 2024 par lesquelles la préfète de l'Ain l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination, lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de trois ans ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1000 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la préfète devra justifier des délégations de signature ;

- les décisions en litige sont entachées d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire méconnaît les dispositions des articles L. 612-2 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision lui interdisant de retourner sur le territoire français méconnaît les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et présente un caractère disproportionné au regard de sa situation personnelle dès lors qu'il n'a fait l'objet d'aucune précédente mesure d'éloignement et son comportement ne caractérise pas une menace pour l'ordre public.; l'inscription dans le système d'information a pour conséquence l'impossibilité d'obtenir un visa ou un titre.

La préfète de l'Ain a produit des pièces qui ont été enregistrées le 2 avril 2024.

Vu les décisions attaquées ;

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative ;

La présidente du tribunal a délégué les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 614-7 à L. 614-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à M. Delahaye.

Les parties, dûment convoquées, ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Delahaye, magistrat désigné ;

- les observations de Me Chinouf représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens, et ajoute que la décision fixant le pays de destination ne vise pas les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni celles de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et ne fait pas état des craintes exprimées par l'intéressé lors de son audition en cas de retour dans son pays d'origine et que la matérialité des différents faits qui lui sont reprochés ne sont pas établis ;

- les observations de Me Augoyard substituant Me Tomasi pour la préfète de l'Ain qui conclut au rejet de la requête au motif qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé ;

- les déclarations de M. B, assisté de M. E, interprète en langue arabe ;

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience conformément aux dispositions de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, ressortissant algérien né le 18 juillet 1997, demande l'annulation des décisions du 31 mars 2024 par lesquelles la préfète de l'Ain l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination, lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de trois ans.

Sur l'aide juridictionnelle :

2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions des articles L. 614-7 à L. 614-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991.

Sur l'ensemble des décisions attaquées :

3. Les décisions litigieuses ont été signées électroniquement par Mme D A, directrice de cabinet, qui disposait d'une délégation de signature à cet effet par arrêté de la préfète de l'Ain du 27 octobre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence des décisions en litige doit être écarté.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait qui la fondent et est, par suite, suffisamment motivée, alors même qu'elle ne fait pas mention de ce que l'intéressé a fait état, lors de son interpellation, de l'adresse de son cousin à Marseille tout en déclarant vivre actuellement dans un squat. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète de l'Ain, qui n'était pas tenu de mentionner l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle de M. B, n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation préalablement à son édiction.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ".

6. Pour obliger M. B à quitter le territoire français, la préfète de l'Ain a notamment relevé que l'intéressé, qui indique être entré irrégulièrement en France depuis 18 mois, n'a entrepris aucune démarche aux fins de régularisation de sa situation administrative, ce qui n'est pas contesté par le requérant. Par suite, la préfète de l'Ain a pu légalement l'obliger à quitter le territoire français sur le fondement des dispositions précitées du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. "

8. Eu égard notamment à ce qui a été dit au point 4, l'intéressé ne démontre pas que la préfète de l'Ain, qui a pris en compte la durée du séjour en France de l'intéressé, ses attaches et son insertion en France, aurait méconnu les dispositions précitées de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. M. B fait valoir qu'il est arrivé en France en 2022 pour améliorer sa situation économique et envoyer de l'argent à sa famille en particulier à son fils qui est malade, qu'il réside chez son cousin à Marseille à une adresse déclarée lors de son audition. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé est entré récemment en France et n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où résident son épouse et son fils selon ses propres déclarations. En outre, si l'intéressé conteste la matérialité des faits de vol en réunion, vol par effraction d'un local d'habitation, vol par ruse aggravé par une circonstance, et usage illicite de stupéfiants mentionnés dans la décision en litige ayant conduit la préfète de l'Ain à estimer qu'il est très défavorablement connu des services de police, il ressort des pièces du dossier, et notamment de son audition par les services de gendarmerie du 31 mars 2024, qu'il a reconnu des faits de vol à la roulotte ayant donné lieu à son interpellation et qu'il a également indiqué avoir " déjà eu une arrestation à Marseille pour de la consommation de cannabis " et avoir " eu du sursis pour une histoire de squat " également à Marseille. Enfin, l'intéressé ne fait pas état d'une quelconque insertion sociale ou professionnelle en France. Compte tenu de ces éléments, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision litigieuse aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Le moyen tiré de la violation des stipulations précitées doit par suite être écarté. La décision en litige n'est pas davantage entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Sur le refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

11. En premier lieu, la décision en litige comporte les considérations de droit et de fait qui la fondent et est, par suite, suffisamment motivée. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle n'aurait pas été précédée d'un examen particulier de la situation du requérant préalablement à son édiction.

12. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivant : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".

13. Il résulte des termes de la décision litigieuse que celle-ci est motivée par la circonstance qu'il existe un risque que l'intéressé se soustrait à la mesure d'éloignement dès lors qu'il est entré irrégulièrement en France, qu'il est dépourvu de tout document d'identité et de voyage et de justificatif de domicile et qu'il déclare explicitement ne pas vouloir retourner en Algérie. En se bornant à rappeler qu'il vit à Marseille chez son cousin, qu'il est venu en France pour travailler, qu'il n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et à produire une attestation d'hébergement établie pour les besoins de la cause, ainsi que la photo d'une pièce d'identité, l'intéressé, qui ne conteste aucun des motifs précités et ne fait état d'aucune circonstance particulière au sens du premier alinéa de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'est pas fondé à soutenir que la préfète de l'Ain a fait une inexacte application des dispositions précitées en lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions précitées doivent être écartés.

Sur la décision fixant le pays de destination :

14. La décision en litige vise l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et indique que l'intéressé n'allègue pas être menacé en cas de renvoi en Algérie. Elle est ainsi suffisamment motivée en droit et en fait, alors même qu'elle ne vise pas les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni celles de l'article de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et qu'elle ne reprend pas les déclarations non circonstanciées de l'intéressé, lors de son audition par les services de gendarmerie, selon lesquelles il aurait des problèmes au pays avec sa famille. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle n'aurait pas été précédée d'un examen particulier de la situation du requérant préalablement à son édiction.

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

15. En premier lieu, la décision en litige comporte les considérations de droit et de fait qui la fondent et est, par suite, suffisamment motivée. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle n'aurait pas été précédée d'un examen particulier de la situation du requérant préalablement à son édiction.

16. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ".

17. Eu égard à ce qui a été dit précédemment sur la situation personnelle de M. B, ainsi que sur son comportement sur le territoire français, la préfète de l'Ain, qui a pris en considération l'ensemble des critères mentionnés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et alors même que l'intéressé n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées en lui interdisant de retourner sur le territoire français pour une durée de trois ans, la durée maximale d'une telle mesure étant fixée à cinq ans. Pour les mêmes motifs, l'intéressé n'est pas plus fondé à soutenir que cette mesure présenterait un caractère disproportionné au regard de sa situation personnelle. Si le requérant soutient enfin que l'interdiction de retour sur le territoire français conduit à une expulsion automatique de l'ensemble de l'espace Schengen pour cette même durée, du fait de son inscription dans le système d'information Schengen, cette inscription, qui n'est qu'une conséquence de l'interdiction de retour en litige, n'a pas d'incidence sur la légalité de cette mesure.

18. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et à la préfète de l'Ain.

Rendu en audience publique le 5 avril 2024

Le magistrat désigné,

L. DelahayeLa greffière,

A. Senoussi

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

N°2403177

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