lundi 8 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2403278 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | JU 9ème chambre |
| Avocat requérant | MASSIN-TRACHEZ |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 4 avril 2024, M. C A, représenté par Me Massin-Trachez, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions du 14 mars 2024 par lesquelles la préfète du Rhône a refusé de renouveler son attestation de demande d'asile, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé un pays de renvoi ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
M. A soutient que :
- l'obligation de quitter le territoire français a été signée par une autorité incompétente ;
- elle a été prise en violation du droit d'être entendu ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- la préfète n'a pas procédé à un examen complet de sa situation personnelle ;
- il appartient au préfet de démontrer que la décision de la Cour nationale du droit d'asile lui a été notifiée dans une langue qu'il comprend, à défaut de quoi il ne pouvait légalement édicter à son encontre une obligation de quitter le territoire français ;
- la décision fixant le pays de destination est entachée d'illégalité en ce qu'elle est prise pour l'exécution d'une mesure d'éloignement elle-même illégale ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
La présidente du tribunal a délégué les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à Mme de Lacoste Lareymondie.
Vu :
- la décision du bureau d'aide juridictionnelle du 18 avril 2024 accordant l'aide juridictionnelle totale à M. A ;
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 5 juin 2024, Mme de Lacoste Lareymondie a présenté son rapport et entendu les observations de Me Massin-Trachez, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens.
La préfète du Rhône n'était ni présente ni représentée.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
1. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans l'un des cas suivants : / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger (). ".
2. M. A, originaire de Guinée, est entré en France selon ses déclarations le 1er mai 2022 pour y solliciter l'asile. Sa demande a été rejetée en dernier lieu par ordonnance de la Cour nationale du droit d'asile le 15 novembre 2023. Se fondant sur les dispositions précitées du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la préfète du Rhône l'a obligé à quitter le territoire français par la décision en litige du 14 mars 2024.
3. En premier lieu, la décision a été signée par Mme B, qui avait reçu délégation à cet effet par arrêté du préfet du Rhône du 30 janvier 2024 régulièrement publié au recueil des actes administratifs. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte manque donc en fait et doit être écarté.
4. En deuxième lieu, la décision contestée énoncé l'ensemble des considérations de droit et de fait sur lesquelles la préfète du Rhône s'est fondée pour ordonner l'éloignement de M. A. Elle est donc suffisamment motivée.
5. En troisième lieu, lorsqu'il oblige un étranger à quitter le territoire français sur le fondement de ces dispositions, le préfet doit appliquer les principes généraux du droit de l'Union européenne, dont celui du droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle défavorable ne soit prise à son encontre. En l'espèce, la mesure d'éloignement en litige a été ordonnée suite au rejet de la demande d'asile de M. A qui ne pouvait ignorer qu'une issue défavorable à sa demande de protection internationale l'exposait à un éloignement du territoire français et un renvoi dans son pays d'origine, et à qui il appartenait de faire valoir, à l'occasion de cette demande, toutes les précisions qui lui paraissaient utiles à l'étude de sa situation par l'autorité administrative. A ce titre, si, au cours de l'audience publique, M. A a fait état de ses troubles psychologiques et de ses errances médicales pour l'élaboration d'un diagnostic fiable et d'un suivi approprié, il ne démontre pas, et ne soutient d'ailleurs pas, avoir été empêché d'en informer l'autorité administrative ou de solliciter un rendez-vous pour compléter son dossier. En tout état de cause, M. A ne précise pas en quoi de telles informations portées à la connaissance du préfet auraient été susceptibles de faire obstacle à l'édiction d'une obligation de quitter le territoire français à son encontre. Il s'ensuit que le moyen tiré de la violation du droit d'être entendu doit donc être écarté.
6. En quatrième lieu, si M. A fait valoir que le préfet n'a pas procédé à un examen complet de sa situation personnelle, ce qui ne ressort ni des pièces du dossier ni des termes de la décision attaquée, il ne précise pas quelle disposition légale ou règlementaire ni quel principe aurait été méconnu de ce fait. Le moyen doit donc être écarté.
7. En cinquième lieu, aux termes du deuxième alinéa de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction issue de la loi n° 2024-42 du 26 janvier 2024, applicable à la décision attaquée : " Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la signature de celle-ci. Dans le cas où il est statué par ordonnance, l'autorité administrative ne peut engager l'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français du demandeur d'asile dont le droit au maintien a pris fin qu'à compter de la date de notification de l'ordonnance. ". Aux termes de l'article R. 532-54 du même code : " Le secrétaire général de la Cour nationale du droit d'asile notifie la décision de la cour au requérant par lettre recommandée avec demande d'avis de réception et l'informe dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend du caractère positif ou négatif de la décision prise. () ".
8. Il résulte des dispositions précitées de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que l'autorité administrative peut ordonner l'éloignement d'un ressortissant étranger dont la demande d'asile a été définitivement rejetée par ordonnance de la Cour nationale du droit d'asile, le droit au maintien de l'intéressé sur le territoire ayant cessé dès la date de signature de l'ordonnance. Si M. A se prévaut de ce que le préfet n'établirait pas que l'ordonnance lui aurait été notifiée dans une langue qu'il comprend, cette considération est sans incidence sur la cessation de son droit au maintien sur le territoire français et, par suite, sur la légalité de la mesure d'éloignement édictée à son encontre, les conditions de notification de cette ordonnance pouvant seulement affecter les modalités de mise à exécution de l'obligation de quitter le territoire français. En tout état de cause, M. A ne soutient pas, et ne démontre pas davantage, que la notification de l'ordonnance de la Cour nationale du droit d'asile du 15 novembre 2023 n'aurait pas comporté les mentions requises par l'article R. 532-54 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces circonstances, le moyen tiré de ce que la décision aurait été prise en méconnaissance de l'article L. 542-1 de ce code doit être écarté.
En ce qui concerne la décision désignant le pays de renvoi :
9. Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
10. En premier lieu, M. A n'ayant pas démontré l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, il n'est pas fondé à s'en prévaloir, par la voie de l'exception et sans soulever d'autres moyens que ceux qui viennent d'être écartés, pour soutenir que la décision désignant un pays de renvoi serait elle-même illégale.
11. En deuxième lieu, et contrairement à ce que soutient M. A, la décision en litige énonce les motifs de droit et de fait qui ont conduit l'autorité administrative à désigner le pays à destination duquel le requérant doit être éloigné d'office. Elle est donc suffisamment motivée.
12. En dernier lieu, si M. A justifie être atteint de troubles anxio-dépressifs aigus nécessitant la mise en place d'un suivi psychiatrique, il ne démontre pas, par la seule production d'une documentation générale sur l'état du système de santé guinéen, être dans l'impossibilité de bénéficier d'un traitement et d'un suivi médical appropriés dans son pays au point d'être exposé à des risques de traitements inhumains et dégradants en cas de carence dans sa prise en charge. Dans ces circonstances, il n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de renvoi serait contraire aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne précitée, ni qu'elle serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle.
13. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et à la préfète du Rhône.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juillet 2024.
La magistrate désignée,
E. de Lacoste Lareymondie
La greffière,
S. Lecas
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026