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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2403300

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2403300

mardi 9 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2403300
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantSCP ROBIN VERNET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 avril 2024, M. A B, représenté par Me Vernet, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision implicite née du silence gardé pendant quatre mois sur sa demande par laquelle la préfète du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de réexaminer sa situation et de prendre une nouvelle décision dans un délai de deux mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, et de le munir, dans un délai de huit jours, d'un récépissé avec autorisation de travail ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de la somme de 1 200 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil, à charge pour celui-ci de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle ou, si l'aide juridictionnelle n'est pas accordée, de lui verser directement cette somme.

Elle soutient que :

- il y a urgence à prononcer l'injonction sollicitée, dès lors qu'il ne peut pas exercer d'activité professionnelle et que, si son épouse, de nationalité française, travaille, le couple doit faire face aux dépenses de la vie quotidienne, et notamment un loyer et des charges locatives d'un montant de 370 euros, après déduction des aides personnalisées au logement ; il multiplie les démarches depuis octobre 2022 en vue de se voir délivrer un titre de séjour, ce qui le place dans une situation familiale difficile, alors en outre qu'il est susceptible de faire l'objet d'une mesure d'éloignement à tout moment ;

- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision en litige ; en effet :

* la décision n'a pas été motivée, malgré la demande de communication des motifs qu'il a présentée ;

* il remplit les conditions de délivrance de plein droit d'un certificat de résidence d'un an en qualité de père d'enfant français, sur le fondement du 4° de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;

* la décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, le 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien, l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Besse, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ". Selon les termes de l'article L. 522-3 dudit code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ".

2. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du retrait de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

3. Il ressort des pièces du dossier que M. B, ressortissant algérien né en 1992, est entré en France en 2021 et est père, depuis juin 2022, d'un enfant de nationalité française. Le 12 octobre 2022, il a entrepris des démarches en vue de déposer une demande de titre de séjour, et a pu finalement déposer une demande de titre le 24 août 2023, s'étant alors vu délivrer une " confirmation du dépôt d'une pré-demande ".

4. Pour justifier de l'urgence à suspendre l'exécution de la décision implicite qui serait née du silence gardé pendant quatre mois sur sa demande, M. B, fait valoir, outre des difficultés administratives préalables au dépôt de sa demande, sans incidence par elles-mêmes sur la condition d'urgence, qu'il ne peut exercer une activité professionnelle et que, par suite, les revenus de son foyer s'en trouvent diminués. Toutefois, alors qu'il ressort des pièces du dossier que l'épouse du requérant travaille et perçoit un salaire net d'environ 1 300 euros par mois, et que le couple perçoit par ailleurs des allocations d'aide au logement couvrant une partie du loyer et des charges locatives, ainsi d'ailleurs qu'une prime d'activité et des prestations familiales, le requérant ne justifie pas suffisamment, par les pièces qu'il produit, de la difficulté de la situation financière de la famille, qu'il allègue. Par ailleurs, le requérant n'apporte pas de précisions sur ses perspectives professionnelles. Ainsi, et alors que le requérant pourrait contester une éventuelle mesure d'éloignement qui serait prise à son encontre, les éléments avancés ne suffisent pas pour justifier de circonstances particulières caractérisant, au regard des conséquences immédiates du refus implicite en litige sur sa situation concrète, la nécessité pour M. B de bénéficier d'une mesure provisoire dans l'attente du jugement devant statuer sur la légalité de cette décision. Dans ces conditions, la condition d'urgence posée à l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut être regardée comme remplie.

5. Il résulte de ce qui précède que la requête doit être rejetée en toutes ses conclusions selon la procédure prévue par l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B.

Copie en sera adressée à la préfète du Rhône.

Fait à Lyon le 9 avril 2024.

Le juge des référés,

M. Besse

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition,

Un greffier,

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