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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2403315

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2403315

vendredi 26 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2403315
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJU 9ème chambre
Avocat requérantBIKINDOU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 4 avril 2024, le président du tribunal administratif de Paris a, sur le fondement des dispositions de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, transmis au tribunal administratif de Lyon la requête de Mme A B.

Par cette requête, enregistrée le 12 janvier 2024, et un mémoire enregistré le 27 janvier 2024, Mme A B, représentée par Me Bikindou demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 10 janvier 2024 par lesquelles le préfet de police de Paris lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle pourrait être éloignée d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour pendant vingt-quatre mois ;

2°) d'enjoindre au préfet compétent de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai d'un mois ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 500 euros par application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle a été prise sans examen préalable et sérieux de sa situation personnelle ;

- le préfet a méconnu les dispositions des articles L. 611-1 et L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision attaquée porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée ;

- la décision la privant d'un délai de départ volontaire a été prise en violation de son droit d'être entendue préalablement ;

- cette décision méconnaît les dispositions des articles L. 612-1, L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant son pays de destination est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 721-3 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision lui faisant interdiction de retour pendant vingt-quatre mois n'est pas motivée ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'elle justifie de circonstances humanitaires.

Par un mémoire en défense enregistré le 28 mai 2024, le préfet de police de Paris conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas susceptibles de prospérer.

La présidente du tribunal a désigné Mme Allais pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement ou remise des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience, à laquelle elles n'étaient ni présentes ni représentées.

Le rapport de Mme Allais, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été fixée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante congolaise née le 5 juin 1991, est entré irrégulièrement en France le 22 décembre 2023. Elle demande au tribunal d'annuler les décisions du 10 janvier 2024 par lesquelles le préfet de police de Paris lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle pourrait être éloignée d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée de vingt-quatre mois.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, l'obligation de quitter le territoire français contestée a été signée par M. C D, attaché d'administration d'Etat, qui disposait d'une délégation consentie à cet effet par un arrêté du préfet de police de Paris du 28 décembre 2023 publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de police de Paris. Le moyen tiré de l'incompétence de l'autorité signataire de cette mesure d'éloignement doit donc être écarté.

3. En deuxième lieu, cette décision, qui fait mention des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, est suffisamment motivée.

4. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que cette décision aurait été prise sans que la situation personnelle de Mme B ne fasse l'objet d'un examen préalable.

5. En quatrième lieu, si Mme B invoque la violation des dispositions des articles L. 611-1 et L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ce moyen ne peut qu'être écarté comme non assorti des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.

6. En cinquième lieu, selon l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

7. Mme B est entrée en France en décembre 2023, soit très récemment. Elle est célibataire et sans enfant à charge sur le territoire, et ne démontre pas y avoir une quelconque attache. La mesure d'éloignement contestée n'a donc pu porter d'atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, de sorte que le moyen soulevé en ce sens ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision privant Mme B d'un délai de départ volontaire :

8. En premier lieu, Mme B fait valoir, sans assortir son moyen de toute précision en droit, qu'elle n'a pas été entendue préalablement à la mesure la privant d'un délai de départ volontaire. Il ressort pourtant, et en toute hypothèse, que l'intéressée a été entendue le 27 décembre 2023. Le moyen tiré du vice de procédure doit donc être écarté.

9. En second lieu, selon l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. / Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Et aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; 3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement ; 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; 6° L'étranger, entré irrégulièrement sur le territoire de l'un des États avec lesquels s'applique l'acquis de Schengen, fait l'objet d'une décision d'éloignement exécutoire prise par l'un des États ou s'est maintenu sur le territoire d'un de ces États sans justifier d'un droit de séjour ; 7° L'étranger a contrefait, falsifié ou établi sous un autre nom que le sien un titre de séjour ou un document d'identité ou de voyage ou a fait usage d'un tel titre ou document ; 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".

10. Il est constant que Mme B est entrée irrégulièrement sur le territoire français, qu'elle n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour et qu'elle est dépourvue de document d'identité ou de voyage. Dans ces conditions, quand bien même sa présence en France n'est pas constitutive d'une menace pour l'ordre public et aucune mesure d'éloignement n'aurait précédemment été prise à son encontre, le préfet de Police de Paris pouvait légalement, en se fondant sur les dispositions précitées des 1° et 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, estimer qu'il existait un risque de soustraction à l'exécution de la mesure d'éloignement pour priver Mme B d'un délai de départ volontaire.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

11. En premier lieu, cette décision, qui fait mention des considérations de droit et de fait en constituant le fondement, est suffisamment motivée.

12. En second lieu, selon l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, d'une interdiction de retour sur le territoire français, d'une décision de mise en œuvre d'une décision prise par un autre État, d'une interdiction de circulation sur le territoire français, d'une décision d'expulsion, d'une peine d'interdiction du territoire français ou d'une interdiction administrative du territoire français ". Selon l'article L. 721-4 de ce code : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Et selon l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

13. Mme B, qui se borne à soutenir que l'autorité administrative ne l'a pas interrogée sur la perspective d'un éloignement à destination de son pays d'origine, alors qu'il ressort des pièces du dossier qu'elle a été auditionnée, n'apporte aucun élément de nature à établir qu'elle pourrait encourir, en cas d'éloignement à destination de la République Démocratique du Congo, des risques contraires à ceux visés par les stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision prononçant une interdiction de retour pendant vingt-quatre mois :

14. En premier lieu, cette décision, qui fait mention des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, est suffisamment motivée.

15. En second lieu, selon l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ". Et aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

16. Mme B faisant l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai, seules des circonstances humanitaires auraient pu faire obstacle à l'édiction d'une interdiction de retour sur le territoire national. Or, l'intéressée, qui se borne à faire valoir qu'elle parle français et que des membres de sa fratrie résident en France, n'invoque aucune circonstance humanitaire. Eu égard à la très faible durée de présence en France de l'intéressée, à la nature de ses liens sur le territoire et à la circonstance qu'elle s'est soustraite à l'exécution d'une mesure de refus d'entrée en France, cette mesure d'interdiction de retour d'une durée de vingt-quatre mois n'apparaît pas disproportionnée, quand bien même la présence en France de l'intéressée n'est pas constitutive d'une menace pour l'ordre public.

17. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions qu'elle conteste.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

18. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions de la requête présentées à fin d'injonction ne peuvent, par suite, qu'être rejetées également.

Sur les conclusions relatives aux frais non compris dans les dépens :

19. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante, la somme réclamée par la requérante.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet de police de Paris.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 juillet 2024.

La magistrate désignée,

Amandine AllaisLa greffière,

Sophie Lecas

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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