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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2403394

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2403394

vendredi 12 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2403394
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantMESSAOUD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 avril 2024, M. A B, représenté par Me Messaoud, demande au tribunal d'annuler les décisions du 4 avril 2024 par lesquelles la préfète de l'Ain l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé un pays de destination et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois, et la décision du 4 avril de la préfète du Rhône l'assignant à résidence.

M. B soutient que :

- l'obligation de quitter le territoire français porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle.

La préfète du Rhône a produit des pièces le 8 avril 2024

Par mémoire en défense enregistré le 9 avril 2024, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête au motif que les moyens ne sont pas fondés.

La présidente du tribunal a délégué les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à Mme de Lacoste Lareymondie.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 10 avril 2024, Mme de Lacoste Lareymondie, magistrate désignée, a présenté son rapport et entendu :

- les observations de Me Messaoud, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens ; elle soutient en outre que la préfète n'a pas procédé à un examen complet de la situation du requérant, que le refus d'accorder un délai de départ volontaire est illégal au motif que la menace à l'ordre public n'est pas caractérisée, que la décision fixant le pays de destination méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et que la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français présente un caractère disproportionné ;

- les observations de M. B.

La préfète de l'Ain et la préfète du Rhône, régulièrement convoquées, n'étaient ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Une note en délibéré a été enregistrée le 11 avril 2024 pour le compte de M. B et n'a pas été communiquée.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

1. En raison de l'urgence résultant de l'application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun à l'ensemble des décisions attaquées :

2. Si M. B soutient qu'il n'a pas été procédé à un examen complet de sa situation personnelle, ce qui ne ressort d'aucune des pièces du dossier pas plus que des décisions attaquées, il ne précise pas quel principe ni quelle disposition aurait été méconnu de ce fait. Le moyen ne peut donc qu'être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

3. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans l'un des cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié () a été définitivement refusé à l'étranger (). "

4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

5. M. B, de nationalité arménienne, est entré en France en 2015, âgé de 18 ans, avec ses parents et sa jeune sœur. Il a déposé une demande d'asile, rejetée en dernier lieu par la Cour nationale du droit d'asile le 9 janvier 2018. S'il n'est pas contesté par la préfète que M. B réside en France depuis près de neuf ans, la durée de son séjour est essentiellement due au maintien de l'intéressé en situation irrégulière en dépit de deux obligations de quitter le territoire français édictées à son encontre le 13 juin 2018 et le 13 septembre 2020, et sans qu'il n'effectue aucune démarche en vue de régulariser son séjour. Par ailleurs, ses parents, avec lesquels il réside dans un foyer, ne bénéficient pas davantage d'un droit au séjour en France, et s'il soutient que sa sœur a obtenu un titre de séjour, il n'en justifie pas. Dans ces circonstances, M. B, qui ne démontre pas avoir fixé en France le centre de ses intérêts personnels et familiaux en dépit de sa maîtrise de la langue française qui a été constatée à l'audience publique, n'est pas fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale en violation de l'article 8 de la convention européenne précitée.

En ce qui concerne le refus d'accorder un délai de départ volontaire :

6. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () " Selon l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. "

7. Par ailleurs, aux termes de l'article L. 612-3 : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; (). "

8. Pour fonder le refus d'accorder un délai de départ volontaire à M. B, la préfète de l'Ain fait valoir que son comportement constitue une menace pour l'ordre public au motif qu'il " est connu des forces de l'ordre " pour divers faits délictueux. Toutefois, outre que la préfète ne produit aucune pièce en justifiant, elle ne démontre pas davantage, et n'allègue d'ailleurs pas, que M. B aurait été condamné par la juridiction pénale pour ces mêmes faits. Ainsi, M. B est fondé à soutenir que la menace à l'ordre public n'est pas caractérisée. En revanche, ainsi qu'il a été dit précédemment, M. B s'est soustrait à l'exécution de deux précédentes mesures d'éloignement. Il a par ailleurs explicitement indiqué son intention de ne pas quitter le territoire à l'occasion de son audition par les forces de police. Dès lors, la préfète pouvait valablement estimer qu'il existe un risque de soustraction à l'exécution de la présente obligation de quitter le territoire français, ce seul motif pouvant légalement fonder le refus d'accorder un délai de départ volontaire à l'intéressé en application du 3° de l'article L. 612-2 du code précité.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

9. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. "

10. Aux termes de l'article L. 612-10 : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".

11. Quand bien même il n'est pas démontré que le comportement de M. B constituerait une menace pour l'ordre public, le requérant, qui s'est irrégulièrement maintenu sur le territoire français pendant près de neuf ans en dépit de deux mesures d'éloignement déjà prises à son encontre, ne dispose d'aucune attache familiale en France à l'exception de ses parents et de sa sœur dont il n'est pas démontré qu'ils seraient en séjour régulier. Dès lors, en lui interdisant de retourner sur le territoire français pour une durée de deux ans, la préfète de l'Ain n'a pas pris une mesure disproportionnée au regard de sa situation personnelle et des buts dans lesquels elle a été prise.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

12. Aux termes de l'article L. 721-3 du code précité : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, d'une interdiction de retour sur le territoire français, d'une décision de mise en œuvre d'une décision prise par un autre État, d'une interdiction de circulation sur le territoire français, d'une décision d'expulsion, d'une peine d'interdiction du territoire français ou d'une interdiction administrative du territoire français. " Selon l'article L. 721-4 : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; () 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. "

13. Si M. B soutient qu'il risque pour sa vie en cas de retour en Arménie, il se borne à évoquer le conflit armé avec l'Azerbaïdjan, et ne démontre donc pas, par ces allégations très générales et non circonstanciées, et sans produire aucun élément personnel à l'appui de son propos, la réalité des menaces pesant sur lui. Le moyen par lequel il soutient que la décision fixant le pays de destination méconnaîtrait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut donc qu'être écarté.

14. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B, à la préfète du Rhône et à la préfète de l'Ain.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 avril 2024.

La magistrate déléguée,

E. de Lacoste Lareymondie

La greffière,

F. Gaillard

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain et à la préfète du Rhône en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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