lundi 17 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2403438 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | JU 9ème chambre |
| Avocat requérant | LEFEVRE-DUVAL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 8 avril 2024 et un mémoire enregistré le 27 mai 2024, M. A D C, représenté par Me Lefevre-Duval, demande au tribunal :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler les décisions du 26 mars 2024 par lesquelles la préfète du Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire national d'une durée d'un an ;
3°) d'inviter la préfète du Rhône à produire l'ensemble des pièces sur lesquelles elle s'est fondée pour prendre l'arrêté attaqué ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à son conseil au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour ce dernier de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Il soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :
- la décision l'obligeant à quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;
- elle a été prise sans examen préalable et sérieux de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'erreur de fait et d'erreur de droit, dès lors qu'entré sur le territoire français alors qu'il était mineur, il ne saurait lui être reproché d'être entré irrégulièrement sur le territoire français au sens du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il ne s'est, de plus, pas maintenu sur le territoire français en situation irrégulière dès lors qu'il a été pris en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance et a souscrit un contrat " jeune majeur " ;
- il est fondé à revendiquer le droit à être pris en charge en qualité de jeune majeur, et la mesure d'éloignement en litige le prive illégalement de ce droit ;
- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles ;
- cette décision porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision fixant son pays de destination est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français ;
- la décision lui faisant interdiction de retour pendant douze mois est entachée d'erreur d'appréciation.
M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, par une décision du bureau d'aide juridictionnelle en date du 2 mai 2024.
Par un mémoire en défense enregistré le 14 mai 2024, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas susceptibles de prospérer.
La présidente du tribunal a désigné Mme Allais pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement ou remise des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code civil ;
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience, à laquelle elles n'étaient ni présentes ni représentées.
Le rapport de Mme Allais, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique.
La clôture de l'instruction a été fixée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant du Sierra Leone, déclare être entré en France le 19 décembre 2022. Il demande au tribunal d'annuler les décisions du 26 mars 2024 par lesquelles la préfète du Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour pendant douze mois.
Sur la production des pièces du dossier par la préfète du Rhône :
2. Aux termes de l'article L. 5 du code de justice administrative : " L'instruction des affaires est contradictoire. Les exigences de la contradiction sont adaptées à celles de l'urgence () ". Et selon l'article L. 613-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger peut demander au président du tribunal administratif ou au magistrat désigné à cette fin () la communication du dossier contenant les pièces sur la base desquelles la décision contestée a été prise ". La préfète du Rhône a produit les pièces relatives à la situation administrative de M. C, l'affaire est en état d'être jugée et le principe du contradictoire a été respecté. Il n'est donc pas nécessaire d'ordonner la communication du dossier du requérant détenu par l'administration.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
3. En premier lieu, la décision attaquée, qui fait mention des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, est suffisamment motivée.
4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que cette décision aurait été prise sans examen préalable et sérieux de la situation personnelle de M. C par la préfète du Rhône.
5. En troisième lieu, selon le 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sur le fondement duquel l'obligation de quitter le territoire français litigieuse a été prise : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ". M. C, qui déclare être né le 3 mars 2006, expose être entré en France alors qu'il était mineur et qu'il a été pris en charge à ce titre par les services de l'aide sociale à l'enfance de la Métropole de B. La mesure d'éloignement en litige ne pourrait donc avoir pour fondement les dispositions précitées du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
6. D'une part, selon l'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies à l'article 47 du code civil ". Aux termes de ce dernier article : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ". Ces dispositions posent une présomption de validité des actes d'état civil établis par une autorité étrangère. Cependant, la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis.
7. D'autre part, selon l'article 388 du code civil : " Le mineur est l'individu de l'un ou l'autre sexe qui n'a point encore l'âge de dix-huit ans accomplis. Les radiologiques osseux aux fins de détermination de l'âge, en l'absence de documents d'identité valables et lorsque l'âge allégué n'est pas vraisemblable, ne peuvent être réalisés que sur décision de l'autorité judiciaire et après recueil de l'accord de l'intéressé. / Les conclusions de ces examens, qui doivent préciser la marge d'erreur, ne peuvent à elles seules permettre de déterminer si l'intéressé est mineur. Le doute profite à l'intéressé. () ".
8. Par un jugement du 4 août 2023 en assistance éducative du tribunal pour enfants de B, M. C a été confié aux services de l'aide sociale à l'enfance de la Métropole de B. Ce placement été renouvelé jusqu'au 3 mars 2024 par un jugement du 2 février 2024. Il ressort des motifs de ces jugements que si des doutes quant à l'authenticité de l'acte d'état civil produit par M. C existaient, ce dernier a, durant le temps nécessaires aux vérifications opérées par les services de la fraude documentaire, bénéficié d'une présomption de validité de l'acte de naissance qu'il avait transmis. Le rapport d'analyse du service de la fraude documentaire de la direction zonale de la police aux frontières daté du 17 janvier 2024 a toutefois conclu de manière motivée au caractère contrefait de l'acte de naissance produit par M. C. Par ailleurs, le requérant s'est soumis à un test osseux dont les conclusions, qu'il ne conteste pas, font état d'un âge minimum de 21,6 ans à la date du 14 février 2024. Il s'ensuit que la préfète du Rhône a pu, sans commettre d'erreur de fait, considérer que M. C est entré en France en décembre 2022 alors qu'il était majeur, ni d'erreur de droit en obligeant ce dernier à quitter le territoire français sur le fondement des dispositions précitées du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour.
9. En conséquence de ce qui vient d'être exposé au point 9 du présent jugement, M. C ne peut utilement se prévaloir de la circonstance qu'il a souscrit un contrat " jeune majeur " dans le cadre de sa prise en charge au titre de l'aide sociale à l'enfance, pas plus que d'aucun autre droit lié à cette prise en charge.
10. En quatrième lieu, selon l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".
11. M. C est entré irrégulièrement en France à la fin de l'année 2019. S'il se prévaut de sa scolarisation consécutive à son placement auprès des services de l'aide sociale à l'enfance et de son implication dans des projets culturels, il est dépourvu, sur le territoire, de toute attache personnelle ou familiale et est seulement hébergé. Il ressort, de plus, des pièces du dossier que certains membres de sa famille, dont sa sœur, résident dans son pays d'origine, le Sierra Leone. Dans ces circonstances, et alors que les problèmes de santé dont il fait état ne sont pas étayés autrement que par une ordonnance postérieure à la décision attaquée, c'est sans porter d'atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale que la préfète du Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français. Cette décision n'est, pour les mêmes motifs, pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
12. M. C n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français, il n'est pas fondé à s'en prévaloir à l'appui de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision fixant son pays de destination.
En ce qui concerne l'interdiction de retour pendant douze mois :
13. Selon l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Et aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".
14. Pour prononcer à l'encontre de M. C une interdiction de retour sur le territoire français et en fixer la durée à douze mois, la préfète du Rhône a relevé que l'intéressé est entré en France en décembre 2022, qu'il est célibataire et sans enfant et qu'il n'a pas établi le centre de ses intérêts privés et familiaux en France. La préfète a néanmoins également relevé dans sa décision que M. C n'a jamais fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, et que son comportement ne représente pas une menace pour l'ordre public. Dans ces conditions, et au regard de ces motifs, le requérant est fondé à soutenir que la préfète du Rhône a entaché sa décision d'erreur d'appréciation en lui faisant interdiction de retour sur le territoire français pendant douze mois.
15. Il résulte de tout ce qui précède que M. C est seulement fondé à demander l'annulation de la décision du 26 mars 2024 par laquelle la préfète du Rhône a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant douze mois.
Sur les conclusions relatives aux frais non compris dans les dépens :
16. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions que présente le requérant, bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, au titre de l'application combinée de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 26 mars 2024 par laquelle la préfète du Rhône a prononcé à l'encontre de M. C une interdiction de retour sur le territoire français pendant douze mois est annulée.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A D C et à la préfète du Rhône.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 juin 2024.
La magistrate désignée,
A. Allais La greffière,
S. Lecas
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026