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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2403487

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2403487

vendredi 26 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2403487
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJU 9ème chambre
Avocat requérantLAWSON BODY

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I) Par une requête enregistrée le 9 avril 2024 sous le n°2403487, Mme D B, représentée par Me Lawson Body, demande au tribunal :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler les décisions du 18 mars 2024 par lesquelles le préfet de la Loire lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourrait être éloignée d'office ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Loire de procéder dans un délai de deux mois au réexamen de sa situation et de lui délivrer, dans cette attente et sous huit jours, une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour ce dernier de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- les décisions attaquées ont été prises par une autorité incompétente ;

En ce qui concerne spécialement l'obligation de quitter le territoire français :

- cette décision méconnaît l'intérêt supérieur de sa fille ;

En ce qui concerne spécialement la décision fixant le pays de destination :

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- cette décision méconnaît l'intérêt supérieur de sa fille.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, par une décision du bureau d'aide juridictionnelle en date du 17 mai 2024.

Le préfet de la Loire n'a produit aucune observation.

II) Par une requête enregistrée le 27 mai 2024 sous le n°2405104, M. C A, représenté par Me Lawson Body, demande au tribunal :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler les décisions du 16 mai 2024 par lesquelles le préfet de la Loire lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné d'office ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Loire de procéder dans un délai de deux mois au réexamen de sa situation et de lui délivrer, dans cette attente et sous huit jours, une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour ce dernier de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- les décisions attaquées ont été prises par une autorité incompétente ;

En ce qui concerne spécialement l'obligation de quitter le territoire français :

- cette décision méconnaît l'intérêt supérieur de sa fille ;

En ce qui concerne spécialement la décision fixant le pays de destination :

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- cette décision méconnaît l'intérêt supérieur de sa fille.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, par une décision du bureau d'aide juridictionnelle en date du 27 juin 2024.

Le préfet de la Loire n'a produit aucune observation.

La présidente du tribunal a désigné Mme Allais pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement ou remise des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu les décisions attaquées et les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience, à laquelle elles n'étaient ni présentes ni représentées.

Les rapports de Mme Allais, magistrate désignée, ont été entendus au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été fixée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B et M. A, ressortissants guinéens nés respectivement les 30 novembre 1996 et 1er janvier 1991, sont entrés irrégulièrement en France pour y demander l'asile. Consécutivement aux rejets de leurs demandes d'asile, le préfet de la Loire leur a, par des décisions du 18 mars 2024 concernant Mme B, et du 16 mai 2024 concernant M. A, fait à chacun obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel ils pourraient être reconduits d'office. Mme B et M. A demandent au tribunal l'annulation de ces décisions.

2. Les requêtes présentées par Mme B et M. A sont présentées par les membres d'un même couple et présentent à juger les mêmes questions. Il y a lieu, pour ce motif, de procéder à leur jonction pour statuer par un seul jugement.

Sur l'admission à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

3. Les requérants ayant en cours d'instance été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle, il n'y a pas lieu de statuer sur leurs conclusions tendant à leur admission provisoire au bénéfice de cette même aide.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

5. Il ressort des pièces des dossiers, non contestées par le préfet de la Loire qui n'a produit aucune observation en défense, que Mme B et M. A sont les parents de l'enfant Aïcha A, née en France le 27 octobre 2022. La Cour nationale du droit d'asile a reconnu à cette dernière, par une décision du 2 avril 2024, la qualité de réfugiée, en raison du risque sérieux encouru par cette très jeune enfant d'être soumise à la pratique de l'excision par ses familles maternelle et paternelle en cas de retour en Guinée. Le statut de réfugié présentant un caractère recognitif, les requérants sont fondés à soutenir qu'en leur faisant, par les décisions contestées, obligation de quitter le territoire français, le préfet de la Loire a méconnu l'intérêt supérieur de leur fille. Ils sont, pour ce motif, et sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens soulevés, fondés à demander l'annulation des mesures d'éloignement litigieuses, et, par voie de conséquence, des décisions subséquentes leur octroyant un délai de départ volontaire et fixant leur pays de renvoi.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, () l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. ".

7. Le présent jugement, qui annule l'obligation de quitter le territoire français édictée à l'encontre des requérants, implique qu'il soit enjoint au préfet de la Loire de procéder au réexamen de la situation de ces derniers et qu'il les mette en possession d'une autorisation provisoire de séjour dans l'attente de l'issue de ce réexamen. Il y a lieu d'impartir au préfet de la Loire un délai de deux mois courant à compter de la notification du présent jugement pour statuer à nouveau sur le cas de Mme B et de M. A. Il n'y a en revanche pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette mesure d'injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions relatives aux frais non compris dans les dépens :

8. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions que présentent les requérants, bénéficiaires de l'aide juridictionnelle, au titre de l'application combinée de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de Mme B et de M. A tendant à leur admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Les décisions du 18 mars 2024 par lesquelles le préfet de la Loire a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours à Mme B et a fixé le pays à destination duquel elle pourrait être éloignée d'office sont annulées.

Article 3 : Les décisions du 16 mai 2024 par lesquelles le préfet de la Loire a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours à M. A et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné d'office sont annulées.

Article 4 : Il est fait injonction au préfet de la Loire de procéder, dans un délai de deux mois courant à compter de la notification du présent jugement, au réexamen de la situation de Mme B et de M. A et de les munir, dans cette attente, d'une autorisation provisoire de séjour.

Article 5 : Le surplus des conclusions des requêtes présentées par Mme B et M. A est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B, à M. C A et au préfet de la Loire. Copie en sera adressée à Me Lawson Body.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 juillet 2024.

La magistrate désignée,

A. AllaisLa greffière,

S. Lecas

La République mande et ordonne au préfet de la Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

N°s 2403487 - 2405104

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