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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2403538

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2403538

lundi 6 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2403538
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSELARL BS2A BESCOU ET SABATIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 avril 2024, et des pièces complémentaires enregistrées le 26 avril 2024, Mme A, représentée par la Selarl BS2A Bescou et Sabatier Avocats Associés, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision du 1er mars 2024 rejetant sa demande de titre de séjour, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

2°) d'enjoindre, à la préfète du Rhône de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour, dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à venir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui délivrer un récépissé constatant le dépôt d'une demande de titre de séjour avec droit au travail dans le même délai et sous la même astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'elle a entreprit des démarches pour obtenir un titre de séjour dès sa majorité, qu'elle attendait une réponse à sa demande depuis quatre ans et qu'elle est désormais en études d'infirmières pour lesquelles elle doit passer des examens en juin 2024 ;

- sont propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision rejetant sa demande de titre de séjour les moyens tirés :

- de l'incompétence de l'auteur de la décision,

- de l'absence d'examen préalable, réel et sérieux de sa demande en ce que la préfète n'a pas répondu à sa demande de titre de séjour portant la mention " étudiant ",

- de la méconnaissance de son droit au respect de sa vie privée et familiale en ce qu'elle réside sur le territoire depuis l'âge de 13 ans et qu'elle a poursuivi ses études dans le supérieur jusqu'à aujourd'hui où elle est inscrite en dernière année dans un cycle d'études pour devenir infirmière diplômée d'Etat sanctionné par des examens à l'issue de l'année universitaire,

- de l'erreur de fait commise par la préfète du Rhône dans l'appréciation de sa demande de titre de séjour portant le mention " étudiant ",

- et de l'erreur manifeste d'appréciation sur cette demande et dans le pouvoir général de régularisation de la préfète.

Par des pièces enregistrées le 26 avril 2024, la préfète du Rhône informe la juge des référés que par une décision du 26 avril 2024 non-notifiée à la requérante, elle a rejeté la demande de titre de séjour " étudiant " de Mme A.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 10 avril 2024 sous le numéro 203537 par laquelle Mme A demande l'annulation de la décision rejetant sa demande de titre de séjour.

Vu :

- la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme C pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Bon-Mardion, greffière d'audience, Mme C a lu son rapport et entendu les observations de Me Guillaume, substituant Me Bescou, représentant Mme A, qui s'est désistée du moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision.

La préfète du Rhône n'était ni présente ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () "

2. Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre ; qu'il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

3. D'une part, Mme A a formulé une demande de titre de séjour le 18 février 2020 à laquelle la préfète du Rhône a répondu par une décision de rejet le 1er mars 2024 après que soit intervenu un jugement du tribunal administratif de Lyon en date du 22 février 2024 prononçant une astreinte dans l'hypothèse où il n'était pas justifié de l'exécution du jugement du tribunal du 7 juin 2022 annulant la décision implicite du préfet du Rhône, et enjoignant au réexamen de la demande de titre de séjour de la requérante. Mme A fait valoir qu'elle est convoquée à des examens en juin 2024 pour lesquels elle doit présenter un document de séjour, faute d'être privée de la possibilité de valider son diplôme d'infirmière après trois années d'études. Cette circonstance, non contestée en défense, est de nature à caractériser une situation d'urgence au sens des dispositions précitées.

4. D'autre part, en l'état de l'instruction, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation en ce que la décision rejetant sa demande de titre de séjour aurait pour effet l'interruption des études de la requérante en l'empêchant d'être présente à ses examens de fin d'année, ainsi que le moyen tiré de l'erreur de droit en ce que la préfète du Rhône n'a pas répondu à la demande de titre de séjour " étudiant " dans la première décision en date du 1er mars 2024 sont propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision rejetant sa demande de titre de séjour.

5. Les deux conditions requises par les dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative sont remplies en l'espèce. Dès lors, il y a lieu d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision en litige et d'enjoindre à la préfète du Rhône de délivrer à Mme A une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

6. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1000 euros à verser à Mme A au titre des frais non compris dans les dépens qu'elle a exposé.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision rejetant la demande de titre de Mme A en date du 1er mars 2024 est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Rhône de délivrer à Mme A une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : L'Etat versera à Mme A, la somme de 1000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A, à la préfète du Rhône et à Me Bescou.

Fait à Lyon, le 6 mai 2024.

La juge des référés,

D. C

La greffière,

L. Bon Mardion

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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