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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2403577

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2403577

lundi 15 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2403577
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJU 9ème chambre
Avocat requérantDEBBACHE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 avril 2024, M. C B, représenté par Me Debbache, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 11 mars 2024 par lesquelles la préfète du Rhône l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé un pays de renvoi ;

2°) subsidiairement, de suspendre l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français dans l'attente de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 200 euros hors taxe au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. B soutient que :

- l'obligation de quitter le territoire français a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- la préfète n'a pas procédé à un examen complet de sa situation personnelle ;

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle ;

- la décision fixant le pays de renvoi est insuffisamment motivée ;

- la préfète s'est estimée liée par la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides rejetant sa demande d'asile ;

- la décision méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la demande de suspension de l'exécution de la mesure d'éloignement est justifiée par le sérieux de la contestation de la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides portée devant la Cour nationale du droit d'asile.

La présidente du tribunal a délégué les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à Mme de Lacoste Lareymondie.

Vu :

- l'arrêté de la préfète du Rhône du 30 janvier 2024 publié le 31 janvier 2024 portant délégation de signature à Mme A D ;

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 5 juillet 2024, Mme de Lacoste Lareymondie a présenté son rapport.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions relatives à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

1. En raison de l'urgence résultant de l'application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

2. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans l'un des cas suivants : / () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; (). ".

3. M. B, de nationalité albanaise, est entré en France le 20 septembre 2023. Sa demande d'asile, examinée en procédure accélérée, a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 12 février 2024. M. B ne bénéficiant plus du droit de se maintenir sur le territoire français malgré le recours formé contre cette décision devant la Cour nationale du droit d'asile, la préfète du Rhône a, sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code précité, ordonné son éloignement du territoire français.

4. En premier lieu, il appartient non à l'autorité administrative de justifier a priori de la légalité de la décision attaquée, mais au requérant de soulever des moyens assortis de précisions suffisantes permettant au juge d'y statuer. En outre, une délégation de signature ayant une portée réglementaire, elle devient opposable dès sa publication. Il suit de là que les décisions attaquées ne sauraient être entachées d'incompétence au seul motif que le défendeur ne produit pas l'acte qui habilitait le délégataire à les signer. L'arrêté susvisé ayant été régulièrement publié et le tribunal s'étant assuré, au titre de son office, que Mme D, a agi dans les limites de la délégation qui lui a été consentie, le moyen tiré de l'incompétence du signataire doit être écarté.

5. En deuxième lieu, la décision contestée comporte l'ensemble des considérations de droit et de fait sur lesquelles la préfète du Rhône s'est fondée pour ordonner l'éloignement de M. B. Elle est donc suffisamment motivée.

6. En troisième lieu, si M. B soutient que la préfète du Rhône n'a pas procédé à un examen complet de sa situation personnelle, ce qui ne ressort ni des pièces du dossier ni des termes de l'acte attaqué, il ne précise pas quel principe ni quelle disposition légale ou règlementaire auraient été méconnus de ce fait. Le moyen doit donc être écarté.

7. En quatrième et dernier lieu, la circonstance que le recours formé devant la Cour nationale du droit d'asile soit toujours pendant à la date de la décision contestée n'est pas de nature, en elle-même, à démontrer que M. B ne pouvait pas faire l'objet d'une mesure d'éloignement et que la préfète du Rhône aurait ainsi entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision désignant le pays de renvoi :

8. Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

9. En premier lieu, il ne ressort pas des termes de la décision contestée que la préfète du Rhône se serait estimée liée par le rejet de la demande d'asile de M. B par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides.

10. En deuxième lieu, la décision énonce les motifs de droit et de fait qui ont conduit la préfète du Rhône à fixer le pays à destination duquel M. B doit être éloigné d'office. Elle est donc suffisamment motivée.

11. En dernier lieu, pour soutenir que la décision serait contraire aux dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, M. B, qui renvoie à son recours devant la Cour nationale du droit d'asile, relate les violences et menaces dont il aurait été victime de la part d'un trafiquant de stupéfiants corrompu pour lequel il travaillait, qui l'auraient contraint de quitter l'Albanie. Toutefois, à supposer ces agissements établis, ce qu'aucune pièce du dossier ne permet de démontrer, M. B ne justifie pas de l'actualité autant que de la réalité des risques encourus en cas de retour dans son pays d'origine.

12. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées.

Sur les conclusions tendant à la suspension de l'exécution de la mesure d'éloignement :

13. Aux termes de l'article L. 542-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque le droit de se maintenir sur le territoire a pris fin en application des b, c ou d du 1° de l'article L. 542-2, l'étranger peut demander la suspension de l'exécution de la décision d'éloignement. / Cette demande est présentée dans les conditions et selon les modalités prévues aux articles L. 752-5 à L. 752-12 lorsque le droit de se maintenir sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2. () ". Selon l'article L. 752-5 du même code : " L'étranger dont le droit au maintien sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2 et qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions prévues à la présente section, demander au tribunal administratif la suspension de l'exécution de cette décision jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile ou, si celle-ci est saisie, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci. ".

14. Au soutien de sa demande de suspension de l'exécution de la mesure d'éloignement édictée à son encontre par la préfète du Rhône, M. B renvoie au recours formé devant la Cour nationale du droit d'asile pour contester la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Toutefois, les arguments avancés dans ce recours, qui ne sont assortis d'aucune pièce en accréditant le bien-fondé, ne suffisent pas à faire naître un doute sérieux sur le bien-fondé de la décision de l'Office. Dans ces circonstances, la demande de M. B ne peut qu'être rejetée.

Sur les frais liés au litige :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et à la préfète du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 juillet 2024.

La magistrate désignée,

E. de Lacoste Lareymondie

La greffière,

S. Lecas

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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