mardi 23 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2403601 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | ELOIGNEMENT |
| Avocat requérant | SELARL BS2A BESCOU ET SABATIER |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 11 et 18 avril 2024 sous le n° 2403601, M. C A, représenté par Me Sabatier, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 26 mars 2024 par lequel la préfète du Rhône a refusé de procéder au renouvellement de son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans ;
2°) d'annuler l'arrêté du 12 avril 2024 par lequel la préfète du Rhône l'a assigné à résidence à compter du 25 avril 2024 pour une durée de 45 jours ;
3°) d'enjoindre à la préfète du Rhône, à titre principal, de lui délivrer un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale " ou " commerçant " dans un délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard, subsidiairement de procéder au réexamen de sa situation dans les mêmes conditions ;
4°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
S'agissant du moyen commun aux décisions attaquées :
- les décisions attaquées ont été signées par une autorité incompétente ;
S'agissant du refus de titre de séjour :
- la préfète a commis une erreur de droit en lui opposant une fraude pour l'appréciation de la régularité de son séjour dans le cadre de l'examen de sa demande de titre de séjour en qualité de commerçant ;
- la décision est entachée d'un vice de procédure en l'absence de respect du principe du contradictoire auquel est soumis le retrait d'un titre de séjour et l'administration ne peut contourner cette procédure en opposant un refus de renouvellement du titre de séjour ;
- elle est entachée d'un vice de procédure en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;
- elle méconnaît le principe de sécurité juridique ;
- la préfète a commis une erreur d'appréciation dans l'appréciation de la fraude ;
- la décision attaquée a été prise sans réel examen de sa situation aussi bien pour la délivrance d'un titre de séjour " vie privée et familiale " que pour la délivrance d'un titre de séjour en qualité de commerçant ;
- elle est entachée de plusieurs erreurs de fait ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 5 de l'accord franco-algérien ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation s'agissant de la menace à l'ordre public ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que celles du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dans l'exercice par la préfète du Rhône de son pouvoir de régularisation ;
S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
- elle a été prise sans réel examen de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'il pouvait prétendre à un titre de séjour de plein droit ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
S'agissant du délai de départ volontaire :
- la décision relative au délai de départ volontaire est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
S'agissant de la fixation du pays de destination :
- la décision fixant le pays de destination est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
S'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français :
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur d'appréciation dans la mise en œuvre des dispositions des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
S'agissant de l'assignation à résidence :
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 730-1 et L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
La requête a été communiquée à la préfète du Rhône qui a produit des pièces les 18 et 19 avril 2024.
II. Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 17 et 18 avril 2024 sous le n° 2403750, M. C A, représenté par Me Sabatier, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 26 mars 2024 par lequel la préfète du Rhône a refusé de procéder au renouvellement de son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans ;
2°) d'annuler l'arrêté du 12 avril 2024 par lequel la préfète du Rhône l'a assigné à résidence à compter du 25 avril 2024 pour une durée de 45 jours ;
3°) d'enjoindre à la préfète du Rhône, à titre principal, de lui délivrer un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale " ou " commerçant " dans un délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard, subsidiairement de procéder au réexamen de sa situation dans les mêmes conditions ;
4°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision portant assignation à résidence a été signée par une autorité incompétente ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 730-1 et L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
La requête a été communiquée à la préfète du Rhône qui a produit des pièces les 18 et 19 avril 2024.
III. Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 16 avril et 18 avril 2024 sous le n° 2403759, M. C A, représenté par Me Sabatier, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 26 mars 2024 par lequel la préfète du Rhône a refusé de procéder au renouvellement de son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans ;
2°) d'annuler l'arrêté du 12 avril 2024 par lequel la préfète du Rhône l'a assigné à résidence à compter du 25 avril 2024 pour une durée de 45 jours ;
3°) d'enjoindre à la préfète du Rhône, à titre principal, de lui délivrer un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale " ou " commerçant " dans un délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard, subsidiairement de procéder au réexamen de sa situation dans les mêmes conditions ;
4°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision portant assignation à résidence a été signée par une autorité incompétente ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 730-1 et L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
La requête a été communiquée à la préfète du Rhône qui a produit des pièces les 18 et 19 avril 2024.
La présidente du tribunal a désigné Mme Fullana Thevenet pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement ou remise des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Fullana Thevenet,
- les observations de Me Guillaume, substituant Me Sabatier, représentant M. A, qui a repris ses conclusions et moyens, a déclaré renoncer au moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des arrêtés attaqués et a soutenu en outre que la décision portant assignation à résidence est entachée d'un détournement de procédure ;
- les observations de Mme B représentant la préfète du Rhône, qui conclut au rejet de la requête et fait valoir qu'aucun des moyens n'est fondé,
- les observations de M. A, assisté de Mme D, interprète en langue arabe.
Considérant ce qui suit :
1. Les requêtes n° 2403601, 2403750 et 2403759 présentées par M. A concernent un même requérant et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par le même jugement.
2. M. A, ressortissant algérien né le 28 septembre 1995 et entré en France le 16 décembre 2017 selon ses déclarations, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 26 mars 2024 par lequel la préfète du Rhône a refusé de renouveler son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours , a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans. Il demande également au tribunal l'arrêté du 12 avril 2024 par lequel la préfète du Rhône l'a assigné à résidence à compter du 25 avril 2024 pour une durée de 45 jours.
Sur l'étendue du litige :
3. Il résulte des dispositions des articles L. 614-1, L. 614-8 et L. 732-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'en cas d'assignation à résidence d'un étranger en situation irrégulière, les requêtes dirigées contre les décisions faisant obligation de quitter le territoire et interdiction de retour sur ce territoire prises à son encontre, les décisions fixant le délai de départ volontaire et le pays de destination, ainsi que la décision d'assignation à résidence, doivent être instruites et jugées selon les dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, ces dispositions et celles de l'article R. 776-17 du code de justice administrative font obstacle à ce que le magistrat désigné en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, saisi de la situation d'un étranger assigné à résidence à la suite d'une décision de refus de séjour assortie d'une obligation de quitter le territoire français, examine la décision de refus de séjour qui relève de la compétence de la formation collégiale du tribunal administratif.
4. En raison de la mesure d'assignation à résidence décidée par la préfète du Rhône à l'encontre de M. A, il y a lieu pour le juge compétent au titre de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile de statuer sur les conclusions à fin d'annulation des décisions de la préfète du Rhône portant obligation de quitter le territoire français, fixation du délai de départ volontaire et du pays de destination, interdiction de retour sur le territoire français et assignation à résidence. En revanche, les conclusions tendant à l'annulation de la décision lui refusant le renouvellement de son titre de séjour et les conclusions qui en sont l'accessoire demeurent de la compétence de la formation collégiale du tribunal administratif de Lyon, territorialement compétent.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
5. Aux termes de l'article 5 de l'accord franco-algérien : " Les ressortissants algériens s'établissant en France pour exercer une activité professionnelle autre que salariée reçoivent, après le contrôle médical d'usage et sur justification, selon le cas, qu'ils sont inscrits au registre du commerce ou au registre des métiers ou à un ordre professionnel, un certificat de résidence dans les conditions fixées aux articles 7 et 7 bis ". Aux termes de l'article 7 du même accord : " () c) Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle soumise à autorisation reçoivent, s'ils justifient l'avoir obtenue, un certificat de résidence valable un an renouvelable et portant la mention de cette activité () ". Enfin, aux termes de l'article 9 de cet accord : " Pour être admis à entrer et séjourner plus de trois mois sur le territoire français au titre des articles () 5, 7, 7 bis (), les ressortissants algériens doivent présenter un passeport en cours de validité muni d'un visa de long séjour délivré par les autorités françaises () ".
6. Ces stipulations régissent de manière complète les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France pour y exercer une activité professionnelle autre que salariée, ainsi que les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés. Il s'ensuit que ne leur sont pas applicables les dispositions de l'article L. 421-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui fixent les conditions de délivrance des cartes de séjour portant la mention " entrepreneur/profession libérale " aux étrangers exerçant en France une activité non salariée et qui imposent notamment de justifier d'une activité " économiquement viable " procurant des " moyens d'existence suffisants ". En revanche, demeurent applicables aux ressortissants algériens sollicitant un certificat de résidence sur le fondement des articles 5 et 7 de l'accord franco-algérien, les textes de portée générale relatifs à l'exercice, par toute personne, d'une activité professionnelle en France, notamment les règles définies dans le code de commerce relatives aux obligations des commerçants.
7. Il ressort de l'arrêté attaqué de la préfète du Rhône du 26 mars 2024 que, pour refuser à M. A la délivrance d'un certificat de résidence portant la mention " commerçant ", la préfète du Rhône s'est fondée sur la circonstance que l'activité commerciale de M. A n'était plus effective et que ses précédents titres de séjour ayant été obtenus par fraude, il ne satisfaisait aux conditions prévues par les stipulations de l'article 9 de l'accord franco-algérien, faute de justifier d'un visa de long séjour.
8. En premier lieu, il résulte de la combinaison des stipulations précitées de l'accord franco-algérien que lorsqu'un ressortissant algérien sollicite la première délivrance d'un certificat de résidence pour exercer en France une activité professionnelle autre que salariée, les stipulations de l'article 5 de l'accord franco-algérien, combinées à celles du c) de l'article 7 du même accord, ne subordonnent pas cette délivrance au caractère effectif ou à la viabilité économique de cette activité, ni à la justification de moyens d'existence suffisants ou d'un lien entre cette activité et les études le cas échéant poursuivies en France par l'intéressé.
9. Il ressort des pièces des dossiers que M. A a présenté le 12 mai 2022 une demande de changement de statut en vue d'obtenir un certificat de résidence en qualité de commerçant et s'est vu renouveler son titre de séjour pour des motifs tenant à sa vie privée et familiale sans que la préfète puisse lui opposer la circonstance qu'il n'a pas contesté le fondement de délivrance de ce titre de séjour. Si lors de son audition par les services de police le 14 août 2023, dans le cadre de la demande de renouvellement de son titre de séjour ayant conduit au refus de séjour en litige, il a déclaré qu'il exerçait une activité salariée et ne travaillait pas pour la société qu'il avait créée, il est constant qu'il a sollicité à nouveau, par courriel du 14 septembre, confirmé par courrier du 21 mars 2024, un changement de statut et a produit la preuve de l'immatriculation de la société au registre du commerce et des sociétés. Il doit, ainsi, être regardé comme ayant manifesté son intention de démarrer cette activité, sans que la préfète du Rhône puisse lui opposer l'absence de caractère effectif de son activité commerciale. Par suite, M. A est fondé à soutenir que la préfète du Rhône a entaché sa décision d'une erreur de droit en lui opposant un tel motif.
10. En second lieu, si un acte de droit privé opposable aux tiers est en principe opposable dans les mêmes conditions à l'administration tant qu'il n'a pas été déclaré nul par le juge judiciaire, il appartient cependant à l'administration, lorsque se révèle une fraude commise en vue d'obtenir l'application de dispositions de droit public, d'y faire échec même dans le cas où cette fraude revêt la forme d'un acte de droit privé. Ce principe peut conduire l'administration, qui doit exercer ces compétences sans pouvoir renvoyer une question préjudicielle à l'autorité judiciaire, à ne pas tenir compte, dans l'exercice desdites compétences, d'actes de droit privé opposables aux tiers. Toutefois, si un acte administratif obtenu par fraude ne crée pas de droits et, par suite, peut être retiré ou abrogé par l'autorité compétente pour le prendre, alors même que le délai de retrait de droit commun serait expiré, il incombe à l'ensemble des autorités administratives de tirer, le cas échéant, toutes les conséquences légales de cet acte aussi longtemps qu'il n'y a pas été mis fin. Une autorité administrative ne peut, par exception à ce principe, regarder un tel acte comme inexistant et refuser d'en tirer les conséquences légales que lorsqu'elle n'est pas compétente pour retirer ou abroger elle-même l'acte entaché de fraude, dont elle n'est pas l'auteur.
11. Il ressort des pièces des dossiers qu'après avoir été titulaire de titres de séjour portant la mention " vie privée et familiale " en raison du pacte civil de solidarité qu'il a conclu avec une ressortissante de nationalité française, M. A a sollicité le renouvellement de son titre de séjour et un changement de statut en vue d'obtenir un certificat de résidence en qualité de commerçant. Pour refuser de lui délivrer le titre sollicité, la préfète du Rhône a fait application des principes rappelés plus haut en considérant que le pacte civil de solidarité avait été conclu le 13 novembre 2019 dans l'unique but de se soustraire à l'exécution d'une mesure d'éloignement ordonnée le 9 mai 2019 et que les précédents titres de séjour délivrés à ce titre au requérant étaient entachés de fraude. La préfète du Rhône en a déduit que M. A ne pouvait être considéré comme ayant été en situation régulière, en l'absence de titre de séjour ou de visa de long séjour. Toutefois, il ne ressort pas des pièces des dossiers et n'est d'ailleurs pas allégué que la préfète du Rhône aurait, avant l'édiction de l'arrêté attaqué, retiré ou abrogé les titres de séjour précédemment délivrés à M. A. Dans ces conditions, la préfète, qui était tenue de tirer toutes les conséquences légales de ces actes, ne pouvait considérer que le requérant était en situation irrégulière sur le territoire français au jour de sa demande de changement de statut et lui opposer l'absence de production d'un visa de long séjour.
12. Il résulte de ce qui précède que M. A est fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant refus de séjour et à demander, sur ce fondement, l'annulation de la décision du 26 mars 2024 par laquelle la préfète du Rhône l'a obligé à quitter le territoire français.
En ce qui concerne les décisions portant délai de départ volontaire, pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français :
13. Eu égard à ce qui a été dit au point précédent, M. A est fondé à demander l'annulation, par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français, des décisions du 26 mars 2024 par lesquelles la préfète du Rhône a fixé le délai de départ volontaire et le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de cinq ans.
En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :
14. Aux termes des dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ".
15. En premier lieu, la décision du 26 mars 2024 par laquelle la préfète du Rhône a obligé M. A à quitter le territoire français étant annulée, il y a lieu, par voie de conséquence, d'annuler la décision du 12 avril 2024 portant assignation à résidence.
16. En second lieu, il est constant que M. A s'est vu accorder un délai de départ volontaire d'un mois pour déférer à la mesure d'éloignement du 26 mars 2024. Ce délai de départ volontaire n'étant pas encore expiré à la date de l'arrêté portant assignation à résidence, M. A n'entre pas dans le cas prévu par les dispositions du 1°) de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, la préfète du Rhône a entaché sa décision d'erreur de droit en estimant qu'elle pouvait décider d'assigner M. A à résidence par un arrêté du 12 avril 2024, même avec un effet différé au 25 avril suivant.
17. Il résulte de ce qui précède et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête que les décisions du 26 mars 2024 par laquelle la préfète du Rhône a obligé M. A à quitter le territoire français doit être annulée ainsi que, par voie de conséquence, les décisions du même jour portant délai de départ volontaire, fixation du pays de destination et prononçant une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans. Il y a lieu d'annuler également l'arrêté du 12 avril 2024 par lequel la préfète du Rhône a décidé d'assigner M. A à résidence pour une durée de 45 jours.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
18. D'une part, aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, () l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ".
19. Il y a lieu d'enjoindre à la préfète du Rhône de réexaminer la situation de M. A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l'attente de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir le prononcé de cette injonction d'une astreinte.
20. D'autre part, le présent jugement implique nécessairement l'effacement du signalement de M. A dans le système d'information Schengen. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre à la préfète du Rhône de faire procéder à l'effacement de ce signalement, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
21. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme totale de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Les conclusions aux fins d'annulation de la décision du 26 mars 2024 par laquelle la préfète du Rhône a refusé de délivrer un titre de séjour à M. A et les conclusions qui en sont l'accessoire sont renvoyées devant une formation collégiale.
Article 2 : Les décisions du 26 mars 2024 par lesquelles la préfète du Rhône a obligé M. A à quitter le territoire français, a fixé le délai de départ volontaire et le pays de destination a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de cinq ans sont annulées.
Article 3 : L'arrêté de la préfète du Rhône du 12 avril 2024 portant assignation à résidence est annulé.
Article 4 : Il est enjoint à la préfète du Rhône de procéder au réexamen de la situation de M. A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l'attente de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour.
Article 5 : Il est fait injonction à la préfète du Rhône de procéder à l'effacement du signalement de M. A du système d'information Schengen dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.
Article 6 : L'Etat versera à M. A une somme totale de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 7 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.
Article 8 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et à la préfète du Rhône.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 avril 2024.
La magistrate désignée,
M. Fullana ThevenetLa greffière,
A. Senoussi
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,, 2403750, 2403759
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026