mardi 17 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2403615 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème chambre |
| Avocat requérant | FRERY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 11 avril et le 18 juillet 2024, M. A C, représenté par Me Frery, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 24 janvier 2024 par lequel le préfet de la Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Loire :
- à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir, en lui délivrant, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
- à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, en lui délivrant, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Loire de procéder, sans délai, à l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser, à son conseil, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir le bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :
- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence dès lors que son auteur ne justifie pas d'une délégation de signature l'habilitant à le signer ;
- l'arrêté est entaché d'une insuffisance de motivation en droit et en fait dans la mesure où il renvoie à des formules stéréotypées sans tenir compte de sa situation particulière ;
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
- elle est intervenue au terme d'une procédure irrégulière, dès lors qu'à la date d'adoption de l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), un des médecins siégeant au sein de ce collège n'était pas régulièrement désigné par une décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ;
- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation, ce qui est révélé par la motivation insuffisante de sa décision ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale, par voie d'exception, du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre séjour ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle serait susceptible d'entraîner sur la stabilité de son état de santé ;
En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :
- elle est illégale, par voie d'exception, du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale, par voie d'exception, du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an :
- elle est illégale, par voie d'exception, du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une " erreur manifeste d'appréciation ", dès lors qu'une telle décision ne peut pas être uniquement fondée sur l'existence d'une précédente mesure d'éloignement et qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public français.
Des pièces ont été enregistrées pour le préfet de la Loire, le 17 juillet 2024.
M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 mars 2024.
Par ordonnance du 11 juillet 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 6 août 2024.
Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;
- le décret n° 2020-1406 du 18 novembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à 1'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Le Roux, conseillère.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant nigérian né le 8 janvier 1968, déclare être entré en France le 27 avril 2019, sans pouvoir justifier d'une entrée régulière. Le 10 mai 2023, il a demandé la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté attaqué du 24 janvier 2024, le préfet de la Loire a refusé de délivrer à M. C le titre demandé, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé son pays d'origine ou tout pays pour lequel il établit être légalement admissible comme pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. Aux termes des deux premiers alinéas de L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. (). / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. ". Aux termes de l'article R. 425-13 du même code : " Le collège à compétence nationale, composé de trois médecins, émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du présent article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'office. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège (). L'avis est rendu par le collège dans un délai de trois mois à compter de la transmission du certificat médical. (). L'avis est transmis au préfet territorialement compétent, sous couvert du directeur général de l'Office. "
3. Il ressort des pièces du dossier que la décision du 25 juillet 2023, par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a désigné les médecins appelés à siéger dans les collèges à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, ne comporte pas le nom du docteur B au nombre des médecins habilités à siéger. Toutefois, le docteur B, membre désigné pour faire partie du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui a émis l'avis du 4 décembre 2023, a signé ledit avis, sur lequel se fonde l'arrêté attaqué. Ainsi, en méconnaissance des dispositions de l'article R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le docteur B n'avait pas compétence pour siéger au sein du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, ni pour signer ledit avis, en l'absence de toute décision le désignant et l'habilitant à siéger au sein de ce collège à la date d'émission de l'avis du 4 décembre 2023. Dès lors que l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'est pas régulier, l'arrêté en litige a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière et doit, pour ce motif, être annulé.
4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, qu'il y a lieu d'annuler la décision refusant au requérant la délivrance d'un titre de séjour. Par voie de conséquence de l'illégalité de cette décision, les décisions portant obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, fixant le pays de renvoi et prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an à l'encontre de M. C sont entachées d'illégalité, et doivent être annulées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
5. L'annulation de l'arrêté attaqué du 24 janvier 2024 implique seulement qu'il soit enjoint au préfet de la Loire de procéder au réexamen de la demande de titre de séjour de M. C, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, après nouvelle saisine du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour. En revanche, cette autorisation provisoire de séjour étant relative une demande de titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de l'assortir d'une autorisation de travailler. Il n'y a également pas lieu d'assortir cette injonction de l'astreinte demandée par le requérant.
6. Le présent jugement implique nécessairement l'effacement du signalement de M. C aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, correspondant à la décision portant interdiction de retour sur le territoire français annulée. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au préfet de la Loire de faire procéder à l'effacement de ce signalement, dans un délai de sept jours à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
7. M. C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante dans la présente instance, le versement d'une somme de 1 000 euros à Me Frery, conseil de M. C, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du préfet de la Loire du 24 janvier 2024 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Loire de procéder au réexamen de la demande de titre de séjour de M. C, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, avec délivrance, dans l'attente, d'une autorisation provisoire de séjour.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Loire de faire procéder à l'effacement du signalement aux fins de non-admission de M. C dans le système d'information Schengen, dans un délai de sept jours à compter de la notification du présent jugement.
Article 4 : L'Etat versera une somme de 1 000 (mille) euros à Me Frery sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Frery et au préfet de la Loire.
Délibéré après l'audience du 3 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Bour, présidente,
Mme Jorda, conseillère,
Mme Le Roux, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 septembre 2024.
La rapporteure,
J. Le Roux
La présidente,
A-S. Bour
La greffière,
C. Touja
La République mande et ordonne au préfet de la Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026