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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2403622

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2403622

mardi 17 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2403622
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème chambre
Avocat requérantPRUDHON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 11 et 29 avril 2024, M. D C, représenté par Me Prudhon, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 14 mars 2024 par laquelle la préfète du Rhône a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 75 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros, à verser à son conseil, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision prise dans son ensemble :

- il n'est pas justifié de la compétence de l'auteur de l'acte attaqué ;

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 9 de l'accord franco-ivoirien et est entachée, à ce titre, d'erreur manifeste d'appréciation quant à sa situation et aux conséquences de la décision sur sa situation ;

En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination :

- elles sont illégales en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour.

La clôture de l'instruction a été fixée au 7 août 2024 par une ordonnance du 23 juillet 2024.

Un mémoire en défense, enregistré le 9 août 2024, après clôture, n'a pas été communiqué.

Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République de Côte d'Ivoire relative à la circulation et au séjour des personnes, signée à Abidjan le 21 septembre 1992 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Jorda, conseillère ;

- et les observations de M. C, requérant.

Considérant ce qui suit :

1. M. D C, de nationalité ivoirienne, est entré en France le 7 septembre 2017, disposant d'un titre de séjour portant la mention " étudiant " afin d'y poursuivre des études supérieures. Il a régulièrement obtenu un titre de séjour " étudiant " jusqu'au 22 janvier 2022. Le 12 février 2024, il a demandé la régularisation de sa situation administrative, en sollicitant un titre " étudiant ". Par une décision du 14 mars 2024, la préfète du Rhône a rejeté sa demande d'admission au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, il demande au tribunal d'annuler ces décisions.

2. En premier lieu, la décision en litige a été signée par Mme A B, directrice adjointe des migrations et de l'intégration à la préfecture du Rhône, qui disposait à cet effet d'une délégation, en vertu d'un arrêté de la préfète du Rhône du 30 janvier 2024, publié le lendemain au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 9 de la convention franco-ivoirienne du 21 septembre 1992 : " Les ressortissants de chacun des Etats contractants désireux de poursuivre des études supérieures ou d'effectuer un stage de formation de niveau supérieur sur le territoire de l'autre Etat doivent, outre le visa de long séjour prévu à l'article 4, justifier d'une attestation d'inscription ou de préinscription dans l'établissement d'enseignement choisi, ou d'une attestation d'accueil de l'établissement où s'effectue le stage, ainsi que, dans tous les cas, de moyens d'existence suffisants. / Les intéressés reçoivent un titre de séjour temporaire portant la mention " étudiant ". Ce titre de séjour est renouvelé annuellement sur justification de la poursuite effective des études ou du stage et de la possession de moyens d'existence suffisants () ". Il résulte des stipulations précitées que, sous le contrôle du juge, saisie d'une demande de renouvellement de titre de séjour présentée en qualité d'étudiant, il appartient à l'administration de rechercher à partir de l'ensemble du dossier si l'intéressé peut être regardé comme poursuivant effectivement des études et de vérifier le caractère réel et sérieux de celles-ci.

4. Pour refuser de faire droit à la demande de renouvellement du titre de séjour délivré à M. C en qualité d'étudiant, la préfète du Rhône s'est fondée, comme il lui appartenait de le faire, sur l'absence de caractère réel, de sérieux et de progression dans les études de l'intéressé.

5. Pour contester ce refus, le requérant soutient qu'il a régularisé sa situation avec la signature, le 10 avril 2023, d'une convention de formation par apprentissage, qui lui a permis d'intégrer la formation de manager d'unité marchande. Toutefois, il est constant que M. C a débuté ses études supérieures par un cursus universitaire en master " Economie du développement " pour les années 2017/2018 et 2018/2019, pour lequel il n'a jamais validé la première année ; que, par la suite, il a effectué une première réorientation en s'inscrivant en première année de master " Management et développement durable " au titre de l'année 2019/2020 mais qui n'a pas été suivie d'effet dès lors que, pour les trois années universitaires suivantes, il ne fait valoir aucune inscription. Ainsi, en huit années de présence en France pour y poursuivre des études supérieures, le requérant, qui en est à sa seconde réorientation, n'a obtenu aucun diplôme, ni validé aucune première année d'études. Par suite, et même s'il fait état de difficultés financières antérieures qu'au demeurant il n'établit pas, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 9 de la convention franco-ivoirienne de 1992 doit être écarté. De même, compte tenu de la durée, des motifs et des conditions du séjour en France du requérant, les circonstances dont celui-ci fait état ne suffisent pas à considérer que la préfète du Rhône aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle. A cet égard, la circonstance qu'il serait en apprentissage dans un secteur en tension ne peut être utilement invoquée, s'agissant d'une demande de titre de séjour en qualité d'étudiant.

6. En troisième lieu, eu égard à ce qui a été dit aux points précédents, le requérant n'est pas fondé à exciper, à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français et de la décision fixant le pays de renvoi, de l'illégalité du refus de titre de séjour.

7. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions en litige. Par voie de conséquence, doivent être rejetées les conclusions de sa requête aux fins d'injonction sous astreinte et celles présentées au titre des frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D C, à Me Prudhon et à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience du 3 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Bour, présidente,

Mme Jorda, conseillère,

Mme Le Roux, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 septembre 2024.

La rapporteure,

V. Jorda

La présidente,

A-S. Bour

La greffière,

C. Touja

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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