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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2403626

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2403626

mardi 16 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2403626
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 12 et 16 avril 2024, M. A se disant C B, actuellement retenu au centre de rétention administrative de Lyon Saint-Exupéry, représenté par Me Lefevre, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 11 avril 2024 par lequel le préfet de la Loire lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de cinq ans ;

3°) d'enjoindre au préfet compétent de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de deux mois et de lui délivrer, dans un délai de quinze jours, une autorisation provisoire de séjour en application de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

4°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de procéder sans délai à l'effacement, dans le système d'information Schengen, ainsi que dans tout autre fichier, de son signalement aux fins de non-admission relatif à l'interdiction de retour sur le territoire français du 3 avril 2023, à sa prolongation du 8 avril 2023 et à l'interdiction de retour sur le territoire français du 11 avril 2024 ;

5°) en toute hypothèse, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à son conseil au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour ce dernier de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

S'agissant des moyens communs aux décisions attaquées :

- les décisions attaquées ont été signées par une autorité incompétente ;

- elles sont insuffisamment motivées et méconnaissent les dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elles ont été prises sans réel examen de sa situation personnelle ;

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant du refus de délai de départ volontaire :

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

S'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- sa durée est disproportionnée ;

- son signalement dans le système d'information Schengen au titre de l'interdiction de retour sur le territoire français du 3 avril 2023 et de sa prolongation du 8 avril 2023 doit être effacé en ce que l'interdiction de retour sur le territoire français du 11 avril 2024 a abrogé cette précédente interdiction ;

- subsidiairement, dans l'hypothèse où la décision attaquée n'abrogerait pas la précédente décision portant interdiction de retour sur le territoire français, elle méconnait les dispositions de l'article L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

La requête a été communiquée au préfet de la Loire qui a produit des pièces le 15 avril 2024.

La présidente du tribunal a désigné Mme Fullana Thevenet pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement ou remise des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Fullana Thevenet, qui a informé les parties à l'audience, en application de l'article R. 776-25 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant au prononcé d'une injonction de procéder à l'effacement, dans le système d'information Schengen, du signalement de M. A se disant B aux fins de non-admission relatif à l'interdiction de retour sur le territoire français du 3 avril 2023 et à sa prolongation du 8 avril 2023, cette demande d'injonction n'étant pas l'accessoire des conclusions d'annulation présentées à titre principal et ne pouvant être présentée elle-même à titre principal ;

- les observations de Me Lefevre, assistant M. A se disant B, qui a repris ses conclusions et moyens ainsi que celles de M. A se disant B, assisté de M. E, interprète en langue arabe,

- les observations de Me Tomasi, représentant le préfet de la Loire, qui conclut au rejet de la requête et fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Considérant ce qui suit :

1. M. A se disant B est un ressortissant algérien né le 31 mars 2000 et entré en France en 2022 selon ses déclarations. Placé en centre de rétention administrative, il demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 11 avril 2024 par lequel le préfet de la Loire lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de cinq ans.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. A se disant B, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :

3. En premier lieu, l'arrêté en litige a été signé par M. D F, sous-préfet, secrétaire général de la préfecture de la Loire, qui disposait à cet effet d'une délégation en vertu d'un arrêté du 13 juillet 2023, publié le 24 juillet 2023 au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

4. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il mentionne les éléments de fait relatifs à la situation du requérant, notamment la durée de son séjour et son absence d'attaches familiales en France, la présence de ses parents en Algérie, et son absence de démarches pour régulariser sa situation, propres à permettre à M. A se disant B de comprendre les circonstances de fait ayant conduit le préfet de la Loire à prendre les différentes décisions attaquées, qui sont par suite suffisamment motivées.

5. En dernier lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté en litige ni des pièces du dossier que le préfet de la Loire n'aurait pas procédé à un réel examen de la situation du requérant avant de prendre les décisions attaquées.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. () ".

7. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A se disant B ait construit une vie privée et familiale en France, dès lors qu'il se déclare célibataire et sans enfant, qu'il affirme n'entretenir aucune relation avec les membres de sa famille vivant en France alors que ses parents vivent en Algérie, qu'il ne justifie d'aucune situation professionnelle et qu'il a déclaré aux policiers n'avoir aucune intention de rester en France, souhaitant vivre en Espagne ou en Belgique. En outre, selon ses déclarations, il n'est arrivé en France qu'en 2022, alors qu'il avait déjà 22 ans, ce qui permet de considérer qu'il a vécu l'essentiel de sa vie en dehors de ce pays. Dans ces conditions, et alors que son séjour en France reste récent, la décision portant obligation de quitter le territoire français ne porte pas au droit de M. A se disant B au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et ne méconnaît pas l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

8. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " et aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () ".

9. M. A se disant B ne conteste pas ne pas avoir exécuté l'obligation de quitter le territoire français décidée par le préfet de Seine-Saint-Denis le 3 avril 2023. S'il indique avoir développé le centre de ses intérêts en France, il n'en justifie pas, dès lors qu'il ressort des pièces du dossier qu'il n'a pas de liens avec sa famille vivant en France, qu'il a affirmé aux policiers ne pas vouloir rester sur le territoire français mais vouloir vivre en Espagne ou en Belgique et qu'il ne justifie ni d'attaches personnelles, ni d'un emploi. En outre, il affirme n'être arrivé en France qu'en 2022, alors qu'il était âgé de 22 ans, ce dont il se déduit qu'il a essentiellement vécu en Algérie où résident ses parents. Dans ces circonstances, en se fondant sur la soustraction à l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français du 3 avril 2023 pour refuser à M. A se disant B un délai pour exécuter volontairement la nouvelle décision d'éloignement, le préfet de la Loire n'a pas méconnu les dispositions précitées.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

10. En premier lieu, compte tenu de ce qui a été dit précédemment, M. A se disant B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

11. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

12. Pour prononcer à l'encontre de M. A se disant B une interdiction de retour sur le territoire français et en fixer la durée à cinq ans, le préfet de la Loire a tenu compte de sa soustraction à une précédente mesure d'éloignement, en l'espèce celle décidée par le préfet de Seine-Saint-Denis le 3 avril 2023, de la menace à l'ordre public que représente sa présence en France, dès lors que ses empreintes digitales sont signalées dans treize affaires entre le 1er janvier 2023 et le 4 octobre 2023 notamment pour divers faits de vol et de violation de domicile qu'il ne conteste pas, de l'absence de démarches visant à régulariser sa situation administrative et de la présence de ses parents en Algérie. Il se déduit de ces deux derniers critères que le préfet de la Loire a bien pris en compte la situation personnelle de l'intéressé, en relevant qu'il ne justifiait pas d'une vie privée et familiale en France, alors que M. A se disant B, qui n'est arrivé sur le territoire qu'en 2022, ne démontre au demeurant pas y avoir développé des attaches. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, le préfet de la Loire n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en décidant de prononcer une interdiction de retour sur le territoire français. Pour les mêmes motifs, il n'a pas davantage entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en fixant la durée de cette interdiction de retour à cinq ans.

13. En troisième lieu, pour les motifs développés au point 7, il ne peut être considéré que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français porte atteinte au respect de la vie privée et familiale de M. A se disant B. Cette décision n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la situation personnelle du requérant.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation des décisions attaquées doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

En ce qui concerne le réexamen de la situation du requérant :

15. Les conclusions aux fins d'annulation étant rejetées, le présent jugement n'implique pas le réexamen de la situation de M. A se disant B.

En ce qui concerne l'effacement des signalements effectués au système d'information Schengen et dans tout autre fichier :

16. D'une part, il résulte de ce qui précède que M. A se disant B n'est pas fondé à solliciter l'annulation de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français du 11 avril 2024. Dès lors, ses conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet de procéder à l'effacement du signalement découlant de la décision du 11 avril 2024, doivent être rejetées par voie de conséquence.

17. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que l'arrêté en litige intervient après que le préfet de la Seine-Saint-Denis a déjà prononcé une interdiction de retour sur le territoire français à l'égard de M. A se disant B par arrêté du 3 avril 2023, pour une durée de douze mois, et après que préfet de police a prononcé une interdiction pour une durée de vingt-quatre mois par arrêté du 8 avril 2023. Le préfet de la Loire a donc nécessairement réexaminé sa situation pour prendre un nouvel arrêté portant interdiction de retour sur le territoire français le 11 avril 2024, ce dont il se déduit implicitement mais nécessairement que ladite décision a abrogé les décisions précédentes de même nature. Pour autant, il n'appartient pas au juge administratif d'adresser, à titre principal, des injonctions à l'administration. Dès lors, ses conclusions aux fins d'injonction de procéder à l'effacement des signalements en découlant au système d'information Schengen doivent être rejetées comme irrecevables.

Sur les frais liés au litige :

18. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions dirigées à ce titre contre l'Etat, qui n'est pas la partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : M. A se disant B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A se disant B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet de la Loire.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 avril 2024.

La magistrate désignée,

M. Fullana ThevenetLa greffière,

E. Gros

La République mande et ordonne au préfet de la Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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