mardi 16 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2403639 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | JU 9ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL BS2A BESCOU ET SABATIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 12 avril 2024, M. E D, représenté par la Selarl BS2A Bescou et Sabatier Associés (Me Bascou), demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions en date du 11 avril 2024 par lesquelles la préfète du Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et lui a fait interdiction de retourner sur le territoire français pendant six mois ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;
3°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de procéder dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir à l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les décisions ont été signées par une autorité incompétente ;
- la préfète a commise une erreur de fait en soutenant qu'il n'aurait pas exécuté une précédente mesure d'éloignement ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'erreurs de fait et d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- il est fondé à exciper de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision le privant d'un délai de départ volontaire ;
- la décision le privant d'un délai de départ volontaire est entachée d'une erreur d'appréciation dans l'application des articles L.612-1, L.612-2 et L.612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il est fondé à exciper de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français sans délai à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision lui faisant interdiction de retourner sur le territoire français ;
- la décision lui faisant interdiction de retourner sur le territoire français pendant une durée de six mois méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision lui faisant interdiction de retourner sur le territoire français pendant une durée de six mois est entachée d'une erreur d'appréciation dans l'application des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il est fondé à exciper de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination.
Par un mémoire en défense enregistré le 27 juin 2024, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.
Elle soutient qu'aucun des moyens n'est fondé.
La présidente du tribunal a désigné M. A pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement ou remise des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A,
- les observations de Me Guillaume, représentant le requérant, qui a repris ses conclusions et moyens, et de M. D, assisté de Mme C, interprète en langue albanaise.
La clôture de l'instruction a été fixée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, ressortissant albanais né en 1992, demande au tribunal d'annuler les décisions en date du 11 avril 2024 par lesquelles la préfète du Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et lui a fait interdiction de retourner sut le territoire français pendant six mois.
Sur les conclusions à fin d'annulation, d'injonction et d'astreinte :
En ce qui concerne le moyen commun aux différentes décisions :
2. Les décisions attaquées ont été signées par Mme H G, chargée de mission au bureau de l'éloignement, à laquelle la préfète du Rhône a, par un arrêté du 21 mars 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, délégué sa signature, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme B F, directrice des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer notamment les décisions en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées doit être écarté.
En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :
3. En premier lieu, il ne ressort pas des termes de la décision, particulièrement circonstanciée, ni des pièces du dossier que la préfète du Rhône aurait entaché sa décision d'un défaut d'examen de la situation du requérant. La circonstance, à la supposer établie, que la préfète aurait commis une erreur de fait en indiquant que le requérant se serait soustrait à une précédente mesure d'éloignement, au motif qu'il serait retourné quelques semaines pendant des vacances en Albanie postérieurement à cette mesure, reste en tout état de cause sans incidence sur la légalité de cette mesure. Par ailleurs, la préfète s'étant fondée sur le fait que le requérant ne justifiait pas d'une vie commune avec la mère de son enfant, le fait qu'il a ajouté au surplus, à tort selon M. D, que la cellule familiale pourrait se reconstituer en Albanie ne saurait caractériser une " erreur de fait " de nature à justifier l'annulation de la décision. Par suite, les moyens tirés du défaut d'examen et de l'erreur de fait doivent être écartés.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".
5. Il ressort du dossier que M. D déclare être entré en France en 2018 à l'âge de 26 ans sans l'établir, qu'il a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement la même année, et qu'il s'est maintenu irrégulièrement depuis cette date sur le territoire français, à l'exception d'un court séjour de deux ou trois semaines, selon ses déclarations, en Albanie au cours de l'année 2021. S'il soutient vivre en concubinage avec sa compagne bénéficiaire d'une carte de résident, laquelle est enceinte, et fait valoir qu'il a reconnu cet enfant, les pièces du dossier ne permettent pas d'établir l'ancienneté de cette vie commune. Dans ces conditions, compte tenu de la durée et des conditions du séjour en France du requérant, qui y a séjournée en faisant usage de faux documents, et même s'il justifie d'une bonne insertion professionnelle, la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et ne méconnaît pas l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Cette décision n'est, pour les mêmes motifs, pas davantage entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision privant le requérant de délai de départ volontaire :
6. Il résulte en premier lieu de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision le privant de délai de départ volontaire.
7. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. "
8. Pour décider de priver de délai de départ volontaire le requérant, la préfète du Rhône a estimé que le risque de fuite de l'intéressé était établi, au regard des 4°, 5° et 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Si le requérant fait valoir qu'il s'est rendu pendant deux ou trois semaines, pendant des vacances, en Albanie en 2021, il ne peut être regardé, ce faisant, comme ayant exécuté la mesure d'éloignement qui avait été prise à son encontre le 17 août 2018, alors d'ailleurs qu'il est constant que M. D ne s'était pas présenté à l'aéroport de Lyon Saint-Exupéry, comme il y avait été convié, en février 2019, en vue d'un embarquement pour l'Albanie. Dans ces conditions, la préfète du Rhône a pu estimer, pour ce motif, et sur le fondement des dispositions du 5° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'il existait un risque que le requérant se soustraie à la mesure d'éloignement. Par suite, et alors même que M. D conteste avoir explicitement déclaré ne pas vouloir exécuter une mesure d'éloignement, et qu'il justifie suffisamment disposer d'un logement et de ressources, la préfète du Rhône a pu légalement, et sans entacher sa décision d'une erreur d'appréciation, refuser de lui accorder un délai de départ volontaire.
En ce qui concerne les moyens dirigés contre l'interdiction de retourner sur le territoire français :
9. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. "
10. M. D fait valoir que sa compagne est enceinte d'un enfant, et qu'elle doit accoucher au mois d'août, ce qui est de nature, en l'espèce, à constituer une circonstance humanitaire justifiant que la préfète du Rhône n'assortisse pas la mesure d'éloignement d'une interdiction de retourner sur le territoire français pendant six mois. Par suite, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens dirigés contre cette décision, il y a lieu de l'annuler.
En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision fixant le pays de destination :
11. M. D n'est pas fondé, ainsi qu'il a été dit, à exciper de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination.
12. Il résulte de ce qui précède que M. D est seulement fondé à demander l'annulation de la décision du 11 avril 2024 de la préfète du Rhône lui faisant interdiction de retourner sur le territoire français pendant six mois.
Sur l'injonction :
13. Le présent jugement, qui annule la seule décision portant interdiction de retour sur le territoire français, implique seulement que la préfète du Rhône procède à l'effacement du signalement de M. D dans le système d'information Schengen. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'impartir à la préfète du Rhône un délai de sept jours à compter de la notification du présent jugement, pour procéder à cet effacement.
Sur les conclusions relatives aux frais non compris dans les dépens :
14. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme demandée par M. D au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 11 avril 2024 de la préfète du Rhône faisant interdiction à M. D de retourner sur le territoire français pendant six mois est annulée.
Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Rhône de faire procéder à l'effacement du signalement aux fins de non-admission de M. D dans le système d'information Schengen, dans un délai de sept jours à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Les conclusions de la requête sont rejetées pour le surplus.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. E D et à la préfète du Rhône.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 juillet 2024.
Le magistrat désigné,
T. A La greffière,
S. Lecas
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026