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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2403764

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2403764

mardi 16 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2403764
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJU 9ème chambre
Avocat requérantANDUJAR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 avril 2024 au greffe du tribunal administratif de Dijon, et transmise au tribunal administratif de Lyon par ordonnance n° 2401193 du 17 avril 2024 du président de la première chambre du tribunal administratif de Dijon, M. C B, représenté par Me Andujar, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 avril 2024 par lequel le préfet de l'Yonne lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai, et lui a fait interdiction de retourner sur le territoire français pendant dix-huit mois ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de le condamner aux entiers dépens.

Il soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, en raison de l'irrégularité de son contrôle d'identité et de séjour, effectué en méconnaissance de l'article L. 812-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 78-2, 1° du code de procédure pénale ;

- cette mesure est insuffisamment motivée ;

- elle est intervenue sans examen approfondi de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision portant interdiction de retour est insuffisamment motivée ;

- la décision portant interdiction de retour est entachée d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 juin 2024, le préfet de l'Yonne, représenté par la Selarl Centaure avocats, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun moyen soulevé n'est fondé.

La présidente du tribunal a désigné M. A pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement ou remise des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de procédure pénale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les observations de Me Apacheva, représentant le préfet de l'Yonne, qui a repris ses conclusions et moyens.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien né en 1982, indique être entré irrégulièrement en France en 2017. Il demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 10 avril 2024 par lequel le préfet de l'Yonne lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai, et lui a fait interdiction de retourner sur le territoire français pendant dix-huit mois.

2. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français vise les textes dont il est fait application, notamment le 1° de l'article L.611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, elle précise les éléments de la situation du requérant qui ont conduit l'autorité préfectorale à l'obliger de quitter le territoire français. Comportant l'énoncé des éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement, elle satisfait ainsi aux exigences de motivation résultant de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

3. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué, ni de l'ensemble des pièces du dossier que le préfet de l'Yonne n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation du requérant.

4. En troisième lieu, si M. B se prévaut des dispositions des articles L. 812-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 78-2 du code de procédure pénale et soutient que le contrôle d'identité dont il a fait l'objet était irrégulier, il n'appartient pas au juge administratif de se prononcer sur la régularité des conditions de contrôle et de retenue pour vérification du droit au séjour, prévues par les dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lesquelles sont sans influence sur la légalité de la décision portant éloignement de l'étranger. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté aurait été pris à l'issue d'une procédure irrégulière ne peut qu'être écarté comme inopérant.

5. En quatrième lieu, il est constant que M. B est séparé de son épouse, de nationalité française. S'il indique avoir un enfant, de nationalité française, il ne justifie pas contribuer à son entretien et à son éducation, ne produisant aucun élément permettant d'apprécier la nature de ses liens avec ce dernier. Dans ces conditions, compte tenu de la durée et des conditions de séjour en France du requérant, et alors même qu'il produit différents documents attestant qu'il a, à plusieurs reprises, exercé une activité professionnelle depuis son entrée en France, même s'il ne justifie pas d'une telle activité à la date de la décision en litige, le préfet de l'Yonne, en lui faisant obligation de quitter le territoire français, n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.

6. En cinquième lieu, la décision faisant interdiction à M. B de retourner sur le territoire français pendant une durée de dix-huit mois comprend la mention des éléments de droit et de fait qui la fondent et est, par suite, suffisamment motivée.

7. En sixième et dernier lieu, aux termes de l'article L.612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour () Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 (). ".

8. Pour prononcer à l'encontre de M. B une interdiction de retour sur le territoire français et en fixer la durée à dix-huit mois, le préfet de l'Yonne a relevé notamment que l'intéressé s'était soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement, prise à son encontre le 6 juillet 2021. Si M. B invoque son insertion professionnelle et fait valoir qu'il a un enfant de nationalité française, il ne justifie pas, ainsi qu'il a été dit, contribuer à l'éducation de ce dernier, ni d'ailleurs entretenir de liens avec lui. Dans ces conditions, en l'absence de considérations humanitaires justifiant qu'aucune mesure d'interdiction de retour n'ait été édictée et compte tenu de ce que le requérant ne justifie pas d'attaches effectives en France, en faisant interdiction à l'intéressé de retourner sur le territoire français pendant une durée de dix-huit mois, le préfet de l'Yonne n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions des articles L612-6 et L612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet de l'Yonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 juillet 2024.

Le magistrat désigné,

T. ALa greffière,

S. Lecas

La République mande et ordonne au préfet de l'Yonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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