vendredi 19 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2403772 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | ELOIGNEMENT |
| Avocat requérant | TOMASI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 17 avril 2024, M. C D, retenu au centre de rétention administrative de Lyon Saint-Exupéry, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler les décisions du 16 avril 2024 par lesquelles la préfète de l'Ain lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée de trente mois ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros par application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer au bénéfice de la mission d'aide juridictionnelle qui lui aura été confiée.
Il soutient que :
- les décisions attaquées ont été prises par une autorité incompétente, en l'absence de délégation de signature ;
- elles sont insuffisamment motivées ;
- elles ont été prises sans examen préalable et sérieux de sa situation personnelle ;
- la décision le privant d'un délai de départ volontaire est injustifiée, dès lors qu'il n'existe pas de risque qu'il se soustraie à l'exécution de la mesure d'éloignement prise à son encontre ;
- l'interdiction de retour d'une durée de trente mois est disproportionnée ;
- cette décision porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
La préfète de l'Ain a produit des pièces qui ont été enregistrées le 18 avril 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme B pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 19 avril 2024, Mme B a présenté son rapport et entendu :
- les observations de Me Morel, avocate de M. D, laquelle :
* a conclu seulement aux fins d'annulation des décisions privant M. D d'un délai de départ volontaire et lui faisant interdiction de retour pendant trente mois, indiquant, se désistant par conséquent des conclusions, présentées par écrit, par lesquelles M. D demandait également l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français ;
* a soutenu que M. D justifie de circonstances très particulières qui justifiaient qu'il ne soit pas privé d'un délai de départ volontaire ;
* a conclu, pour la première fois lors de l'audience, à ce qu'il soit fait injonction à la préfète de l'Ain de procéder dans un délai de quinze jours à l'effacement du signalement dont fait l'objet M. D au sein du système d'information Schengen ;
- les observations de M. D, assisté de M. A E, interprète en langue arabe,
- et les observations de Me Tomasi, substitué par Me Morisson-Cardinaud, avocat représentant la préfecture de l'Ain, qui a conclu au rejet de la requête et soutenu que les moyens soulevés ne sont pas susceptibles de prospérer.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, ressortissant marocain né le 10 septembre 2000, déclare entré pour la dernière fois en France, irrégulièrement, le 14 avril 2024. Par l'arrêté attaqué du 16 avril 2024, la préfète de l'Ain lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée de trente mois. Dans le dernier état de ses conclusions, présentées à l'audience, M. D demande au tribunal d'annuler l'arrêté attaqué seulement en tant que la préfète de l'Ain l'a privé d'un délai de départ volontaire et a prononcé à son encontre une interdiction de retour pendant trente mois.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision privant M. D d'un délai de départ volontaire :
3. En premier lieu, cette décision, qui fait mention des considérations de droit et de fait en constituant le fondement, est suffisamment motivée.
4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète de l'Ain se serait dispensée de procéder, préalablement à l'édiction de la décision attaquée, à un examen préalable de la situation personnelle de M. D.
5. En troisième lieu, selon le 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () L'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Et aux termes des 1° et 8° de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".
6. Il ressort des pièces du dossier que M. D a été interpellé en gare de Prévessin-Moëns le 16 avril 2024, en situation irrégulière et dépourvu de tout document d'identité. La préfète de l'Ain pouvait, par conséquent, sur le fondement des dispositions précitées, le priver d'un délai de départ volontaire. L'intéressé a fait valoir, durant son audition, être entré irrégulièrement en France deux jours auparavant, en provenance de la Suisse, et n'avoir aucune intention de se maintenir sur le territoire national, étant seulement de passage, et souhaitant se rendre en Belgique selon ses déclarations durant son audition, ou en Espagne, selon ses déclarations en audience devant le tribunal. Ces circonstances, peu claires, ne sont, en toute hypothèse, pas de nature à entacher la décision contestée d'une erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne l'interdiction de retour pendant trente mois :
7. Selon l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ". Et selon l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".
8. En premier lieu, il incombe à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifient sa décision, la menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.
9. La préfète de l'Ain a relevé, dans la décision en litige, que M. D est entré en France deux jours avant son édiction, est dépourvu de tout lien avec la France, a déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement forcé du territoire en 2019 et est défavorablement connu des services de police, sous différentes identités, pour des faits de vol avec circonstances aggravantes, recels de bien provenant d'un vol, violences en réunion sans incapacité, détention illicite de stupéfiants. Cette décision est, par suite, suffisamment motivée.
10. En deuxième lieu, d'une part, M. D faisant l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai, seules des circonstances humanitaires pouvaient faire obstacle à ce que soit prononcé à son encontre une interdiction de retour. Or, il ne justifie pas de telles circonstances, puisqu'il se borne à faire valoir, sans d'ailleurs l'établir, qu'il réside, avec sa petite amie, en Espagne. D'autre part, le requérant est entré irrégulièrement en France il y a quelques jours et est dépourvu de tout lien avec la France. Il ne démontre pas davantage avoir des liens en Espagne, où il est seulement établi qu'il y a précédemment résidé en situation régulière et où il aurait sollicité la délivrance d'un titre séjour. L'intéressé est, de plus très défavorablement connu en France des services de police pour les faits, exposés au point 9, dont l'intéressé n'a pas contesté la matérialité lors de l'audience. Enfin, il ressort des débats en audience publique et en particulier des déclarations de l'intéressé lui-même qu'il a déjà été éloigné de force du territoire français en 2019. Eu égard à l'ensemble de ces circonstances, la préfète de l'Ain n'a pas pris de mesure disproportionnée en fixant à trente mois la durée de l'interdiction de retour prononcée à l'encontre de M. D.
11. En troisième et dernier lieu, selon l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale ".
12. M. D n'est, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 10 du présent jugement, pas fondé à soutenir que la décision attaquée porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée. Elle n'est pas non plus entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
13. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions contestées par lesquelles la préfète de l'Ain l'a privé d'un délai de départ volontaire et a prononcé à son encontre une interdiction de retour pendant trente mois.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
14. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction présentées par M. D ne peuvent, par suite, qu'être rejetées.
Sur les frais exposés et non compris dans les dépens :
15. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante, la somme réclamée sur leur fondement par M. D au profit de son avocat.
D E C I D E :
Article 1er : M. D est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. D est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C D et à la préfète de l'Ain.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 avril 2024.
La magistrate désignée,
A. B
La greffière,
A. Senoussi
La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
La greffière,
N°2403772
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026