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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2403775

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2403775

vendredi 26 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2403775
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantNICOLAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés respectivement le 17 avril et le 21 avril 2024, M. A B, représenté par Me Nicolas, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 17 avril 2024 par laquelle la préfète du Rhône a prononcé son transfert aux autorités espagnoles, responsables de l'examen de sa demande d'asile, ainsi que la décision du même jour l'assignant à résidence.

2°) d'ordonner à la préfète du Rhône de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente de son rendez-vous en préfecture, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter du jour de la notification du jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1000 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- les décisions litigieuses sont insuffisamment motivées ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision prononçant son assignation à résidence est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 751-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- les modalités d'application de cette assignation à résidence sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 avril 2024, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les décisions attaquées ;

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'Etat membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des Etats membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride ;

- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative ;

La présidente du tribunal a désigné M. Delahaye pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement ou remise des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties, dûment convoquées, ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Delahaye, magistrat désigné ;

- les observations de Me Nicolas, représentant M. B qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens ;

- les déclarations de M. B, assisté par Mme C, interprète en langue arabe.

La préfète du Rhône n'étant ni présente, ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience conformément aux dispositions de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Une note en délibéré présentée pour la préfète du Rhône a été enregistrée le 22 avril 2024.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant algérien né le 9 septembre 1981, demande l'annulation de la décision du 17 avril 2024 par laquelle la préfète du Rhône a prononcé son transfert aux autorités espagnoles, responsables de l'examen de sa demande d'asile, ainsi que la décision du même jour l'assignant à résidence.

Sur l'aide juridictionnelle :

2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 572-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991.

Sur le transfert aux autorités espagnoles :

3. En premier lieu, la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait qui la fondent et est, par suite, suffisamment motivée.

4. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. En se bornant à faire valoir qu'il ne connait personne en Espagne et qu'il souffre de divers problèmes de santé, M. B, célibataire sans enfant, entré en France à la date déclarée du 3 février 2024, n'établit pas que la décision en litige prononçant son transfert aux autorités espagnoles, responsables de sa demande d'asile, aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Le moyen tiré de la violation des stipulations précitées doit par suite être écarté.

Sur l'assignation à résidence :

6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 751-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une requête aux fins de prise en charge ou de reprise en charge peut être assigné à résidence par l'autorité administrative pour le temps strictement nécessaire à la détermination de l'Etat responsable de l'examen de sa demande d'asile. Lorsqu'un Etat requis a refusé de prendre en charge ou de reprendre en charge l'étranger, il est immédiatement mis fin à l'assignation à résidence édictée en application du présent article, sauf si une demande de réexamen est adressée à cet Etat dans les plus brefs délais ou si un autre Etat peut être requis. En cas de notification d'une décision de transfert, l'assignation à résidence peut se poursuivre si l'étranger ne peut quitter immédiatement le territoire français mais que l'exécution de la décision de transfert demeure une perspective raisonnable. L'étranger faisant l'objet d'une décision de transfert peut également être assigné à résidence en application du présent article, même s'il n'était pas assigné à résidence lorsque la décision de transfert lui a été notifiée. L'étranger qui, ayant été assigné à résidence en application du présent article ou placé en rétention administrative, n'a pas déféré à la décision de transfert dont il fait l'objet ou, y ayant déféré, est revenu en France alors que cette décision est toujours exécutoire peut être à nouveau assigné à résidence en application du présent article. "

7. Pour assigner à résidence M. B, la préfète du Rhône a notamment relevé que l'intéressé fait l'objet d'une décision de remise aux autorités espagnoles, responsables de sa demande d'asile, prise en application du règlement n°604/2013 du parlement européen et du conseil et de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que le transfert de l'intéressé aux autorités espagnoles, lesquelles ont donné leur accord pour sa reprise en charge, demeure une perspective raisonnable. Par suite, la décision en litige comporte les considérations de droit et de fait qui la fondent et est ainsi suffisamment motivée.

8. En deuxième lieu, en se bornant à faire valoir qu'il n'est pas justifié d'éventuelles diligences en vue de l'exécution de la décision de transfert alors que l'accord implicite des autorités espagnoles est intervenu depuis le 22 mars 2024, M. B n'établit pas que la préfète du Rhône aurait fait une inexacte application des dispositions précitées en estimant, à la date de la décision en litige, que l'exécution de son transfert aux autorités espagnoles, demeure une perspective raisonnable.

9. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, et en particulier du seul certificat médical produit établi par un médecin bénévole du Foyer Notre-Dame des Sans-Abri, qui rappelle que l'intéressé se déplace en fauteuil roulant, que les modalités fixées par l'assignation à résidence, qui obligent le requérant, présent à l'audience, à se présenter une seule fois par semaine à la brigade de gendarmerie nationale située 2 rue Bichat à Lyon (69002), qui est sa commune de résidence, " avec l'ensemble de ses effets personnels ", présenteraient un caractère disproportionnée au regard de sa situation personnelle.

10. En dernier lieu, en l'absence d'autre élément, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision d'assignation à résidence en litige aurait porté au droit au respect de sa vie privée et familiale de M. B une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels cette décision a été prise au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1 : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. B est rejetée.

Article 3: Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 avril 2024

Le magistrat désigné,

L. DelahayeLa greffière,

F. Gaillard

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

N°2403775

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