jeudi 16 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2403803 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Avocat requérant | BRILLIER LAVERDURE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 18 avril 2024, et un mémoire complémentaire enregistré le 14 mai 2024, Mme B A, représentée par Me Brillier Laverdure, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 4 mars 2024 par laquelle la présidente du groupement de coopération sanitaire Union des hôpitaux pour les achats (UniHA) l'a licenciée pour insuffisance professionnelle ;
2°) de mettre à la charge de l'UniHA la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors que la décision en litige la prive de son traitement, alors qu'elle doit faire face à des charges fixes supérieures à 1 000 euros par mois, ainsi qu'à des dépenses de santé importantes liées à son handicap, elle ne permettra pas de couvrir l'allocation de retour à l'emploi qu'elle doit percevoir ; contrairement à ce que prétend le défendeur, elle ne peut prétendre au versement de l'allocation personnalisée au logement ; elle aura des difficultés à retrouver un emploi en raison de son âge et de son handicap ;
- sont propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, les moyens suivants :
* la décision a été prise sans réelle procédure contradictoire préalable, dès lors qu'il n'a pas été tenu compte des observations qu'elle a formulées par correspondances reçues les 25 octobre et 2 novembre 2023 ; par ailleurs, le délai anormalement long entre le lancement de la procédure et la décision prise est de nature à vicier la régularité de la procédure contradictoire ;
* elle n'a pas été informée du sens de l'avis rendu par la commission consultative paritaire, qui ne lui a pas non plus été communiqué ;
* la décision est illégale, faute pour son employeur d'avoir respecté la durée de son préavis ;
* le montant de l'indemnité de licenciement fixé par l'arrêté est insuffisant, au regard des dispositions des articles 49 et 50 du décret n° 91-155 ;
* la décision la licenciant pour insuffisance professionnelle est entachée d'une erreur d'appréciation ; les reproches qui lui sont faits restent ponctuels, concomitants à l'arrivée de nouveaux responsables hiérarchiques, et s'inscrivent dans un climat de tensions, de confusion dans la chaine managériale, et d'absence de mise à jour de sa fiche de poste ; elle a donné satisfaction dans son poste et a toujours rempli ses objectifs ; il doit être tenu compte de sa situation de travailleur handicapé.
Par un mémoire en défense enregistré le 13 mai 2024, le groupement de coopération sanitaire Union des hôpitaux pour les achats, représenté par la SCP UGGC Avocats, conclut au rejet de la requête, et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- Mme A ne justifie pas de l'urgence à suspendre la décision en litige ; les éléments qu'elle apporte restent insuffisamment précis sur l'évaluation de ses dépenses ; par ailleurs, elle bénéficiera d'allocations chômage d'un montant de 1 770 euros net par mois, pendant 548 jours, outre une indemnité de licenciement de 5 572 euros ; elle sera couverte pendant un an par sa garantie prévoyance et peut percevoir une aide au logement ; en outre, il existe un intérêt général à ne pas réintégrer Mme A dans les effectifs de son employeur, compte tenu des graves dysfonctionnements dans la chaîne d'approvisionnement des hôpitaux et du risque pénal pour les représentants de l'établissement qu'est susceptible d'occasionner son comportement dans le cadre des procédures de passation des marchés publics ;
- aucun des moyens soulevés par la requérante n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige ; en particulier, la méconnaissance du délai de préavis reste par elle-même sans incidence sur la légalité d'une mesure de licenciement et, au demeurant, une décision rectificative a été prise le 26 avril 2024 pour corriger l'erreur initiale et préciser que le licenciement ne serait effectif que le 7 juin 2024 ; par ailleurs, l'erreur sur le montant de l'indemnité de licenciement, à la supposer établie, ne peut que rester sans incidence sur la décision de licenciement.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 18 avril 2024 sous le n° 2403802 par laquelle Mme A demande l'annulation de la décision en litige.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le décret n° 91-155 du 6 février 1991 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels de la fonction publique hospitalière ;
- le code de justice administrative.
Vu la décision par laquelle la présidente du tribunal a désigné M. Besse, président, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Gros, greffière d'audience, M. Besse a lu son rapport et entendu les observations de :
- Me Brillier Laverdure, représentant Mme A, qui a repris ses conclusions et moyens ; elle a soutenu en outre que la fixation d'un délai de préavis différent de celui fixé par le code du travail pour les travailleurs handicapés constitue une rupture non justifiée au principe d'égalité ;
- Me Caupert, pour l'UniHA, qui a repris ses conclusions et moyens.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A a été recrutée en 2016 par l'Union des hôpitaux pour les achats par un contrat à durée déterminée. Elle a conclu à compter du 1er janvier 2018 un contrat à durée indéterminée, sur un poste de chargée de mission accompagnement juridique et a été affectée en dernier lieu au sein de la direction de l'offre, en charge plus spécifiquement de l'amélioration des process et des outils de la direction. Par décision du 4 mars 2024, la présidente du groupement l'a licenciée pour insuffisance professionnelle. Mme A demande la suspension de l'exécution de cette décision.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. "
3. La condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier, ou le cas échéant des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
4. D'une part, il résulte de l'instruction qu'alors que Mme A percevait un salaire net mensuel supérieur à 2 700 euros, le montant de l'allocation de retour à l'emploi qu'elle doit percevoir après son licenciement peut être évalué à 1 770 euros par mois. L'exécution de l'arrêté litigieux a ainsi pour effet de diminuer de manière significative les ressources dont dispose la requérante, qui est par ailleurs célibataire. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la requérante serait susceptible de percevoir dans l'immédiat d'autres revenus, que ce soient des prestations d'aide au logement ou des compléments de revenus versés par sa garantie prévoyance. Compte tenu des charges fixes dont celle-ci justifie, comprenant notamment un loyer de 766 euros par mois, des dépenses d'assurance logement et voiture de 88 euros par mois, des frais mensuels de mutuelle de 61,57 euros et des diverses autres charges de la vie courante auxquelles elle doit nécessairement faire face, comprenant des dépenses en lien avec son handicap non intégralement prises en compte par la sécurité sociale ou des mutuelles, et quand bien même elle doit percevoir une indemnité de licenciement d'un montant de 5 572 euros la mesure contestée est de nature à entraîner un bouleversement des conditions d'existence de Mme A. Par ailleurs, en se bornant à faire état de faits très isolés, concernant notamment une correspondance entre la requérante et un candidat à une procédure de passation de marché public confronté à des difficultés d'ordre technique dans l'accès aux documents d'une procédure de consultation, l'UniHA ne justifie pas que la présence parmi ses effectifs de Mme A serait de nature à affecter significativement la sécurité juridique des marchés conclus ni en tout état de cause qu'elle exposerait les hôpitaux concernés à de graves dysfonctionnements dans la chaîne d'approvisionnement ou encore les responsables du groupement à un risque pénal. Par suite, et en l'absence ainsi d'intérêt général s'opposant à la mesure de suspension, la condition d'urgence exigée par l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.
5. D'autre part, en l'état de l'instruction, le moyen selon lequel la décision licenciant Mme A pour insuffisance professionnelle est entachée d'une erreur d'appréciation est de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision du 4 mars 2024, et à justifier que son exécution soit suspendue.
6. Il résulte de ce qui précède que Mme A est fondée à demander la suspension de la décision du 4 mars 2024 prononçant son licenciement pour insuffisance professionnelle.
Sur l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Union des hôpitaux pour les achats la somme de 1 000 euros à verser à Mme A au titre des frais non compris dans les dépens qu'elle a exposés. En revanche, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la requérante, qui n'est pas la partie perdante, la somme que l'UniHA demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
ORDONNE :
Article 1er : L'exécution de la décision du 4 mars 2024 par laquelle la présidente du groupement de coopération sanitaire Union des hôpitaux pour les achats (UniHA) a licencié Mme A pour insuffisance professionnelle est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué sur la requête au fond.
Article 2 : L'union des hôpitaux pour les achats versera à Mme A la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Les conclusions présentées par l'Union des hôpitaux pour les achats au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et à l'Union des hôpitaux pour les achats.
Fait à Lyon, le 16 mai 2024.
Le juge des référés,
T. Besse
La greffière,
E. Gros
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026