vendredi 27 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2403824 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 7ème chambre |
| Avocat requérant | NEMIR |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 17 avril 2024, Mme A C, représentée par Me Nemir, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions du 18 mars 2024 par lesquelles la préfète du Rhône a refusé de renouveler son certificat de résidence, l'a obligée à quitter le territoire français avant le 15 juillet 2024 et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de lui délivrer un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an ou de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois suivant la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la décision portant refus de titre de séjour a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen préalable et sérieux de sa situation ;
- elle méconnaît les articles 6, 5) et 6, 7) de l'accord franco-algérien ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant un délai de départ volontaire sont illégales, en conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour sur laquelle elles se fondent ;
- elles sont entachées d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision fixant le pays de destination est illégale, en conséquence de l'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire sur lesquelles elle se fonde.
Par un mémoire en défense enregistré le 5 septembre 2024, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Par une décision du bureau de l'aide juridictionnelle du 12 juillet 2024, Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- la loi n° 2024-42 du 26 janvier 2024 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme de Tonnac, conseillère ;
- et les observations de Me Nemir.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, ressortissante algérienne née le 22 août 2004 et entrée régulièrement en France le 3 janvier 2018 munie d'un visa de court séjour, a obtenu la délivrance d'un certificat de résidence en raison de son état de santé valable jusqu'au 1er juin 2023. Le 9 mai 2023, elle a sollicité le renouvellement de son certificat de résidence. Elle demande l'annulation des décisions du 18 mars 2024 par lesquelles la préfète du Rhône a rejeté sa demande de renouvellement, l'a obligée à quitter le territoire avant le 15 juillet 2024 et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant refus de renouvellement de certificat de résidence :
2. En premier lieu, la décision a été signée par Mme A B, directrice des migrations et de l'intégration, qui a reçu délégation de signature à cet effet, par un arrêté de la préfète du Rhône du 30 janvier 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit être écarté.
3. En deuxième lieu, la décision contestée vise l'accord franco-algérien, les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales dont elle fait application et comporte les éléments de fait sur lesquels elle se fonde, eu égard à l'état de santé de la requérante et ses attaches familiales et personnelles. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
4. En troisième lieu, la décision prend en considération la situation de la requérante, depuis son arrivée sur le territoire français, notamment au regard de ses liens personnels et familiaux noués en France et de ses attaches familiales dans son pays d'origine. Par suite, Mme C n'est pas fondée à soutenir que la préfète du Rhône n'aurait pas fait un examen préalable sérieux de sa situation.
5. En quatrième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () / 7) au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays () ".
6. Lorsque le défaut de prise en charge risque d'avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur la santé de l'intéressé, l'autorité administrative ne peut légalement refuser le titre de séjour sollicité que s'il existe des possibilités de traitement approprié de l'affection en cause dans le pays dont l'étranger est originaire et que si ce dernier y a effectivement accès. Toutefois, la partie qui justifie de l'avis d'un collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié et effectivement accessible dans le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office.
7. Il ressort de l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 22 septembre 2023 que Mme C peut bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine. La circonstance que Mme C bénéficie, sur le territoire français, d'un traitement novateur particulier n'est pas de nature à établir l'absence de traitement approprié dans son pays d'origine. Par suite, alors que Mme C ne démontre pas l'indisponibilité d'un traitement approprié dans son pays, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 6, 7) de l'accord franco-algérien doit être écarté.
8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () / 5) au ressortissant algérien () dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ". Il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme C aurait introduit une demande de titre de séjour sur ce fondement, ni que la préfecture aurait procédé à un examen de sa situation sur ce fondement. Par suite, Mme C ne peut utilement invoquer une méconnaissance de ces stipulations contre la décision refusant de lui délivrer un certificat de résidence.
9. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales : ": " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ". Mme C, depuis son arrivée en France en 2018, a bénéficié de cartes de résident d'une durée d'un an, renouvelées jusqu'en juin 2023, afin qu'elle puisse poursuivre son traitement médical. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme C aurait établi en France des liens personnels et familiaux d'une intensité particulière, alors que son père, présent en France à ses côtés, fait également l'objet d'une mesure d'éloignement et qu'elle n'est pas dépourvue d'attaches dans son pays d'origine où résident notamment sa mère ainsi que sa fratrie et où elle pourra poursuivre des études, sa scolarité au lycée ayant été achevée en France. Dans ces conditions, Mme C n'est pas fondée à soutenir que le refus de titre de séjour porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français, octroyant un délai de départ volontaire et fixant le pays de destination :
10. En premier lieu, la requérante n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision portant refus de délivrer un certificat de résidence elle n'est pas fondée à soutenir que les décisions portant obligation de quitter le territoire, octroyant un délai de départ volontaire et fixant le pays de destination seraient illégales du fait de cette illégalité.
11. En deuxième lieu, à la date de la décision portant obligation de quitter le territoire, l'article L. 511-4, 10° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont la méconnaissance est invoquée, n'était plus en vigueur. Si la requérante a entendu se prévaloir d'une méconnaissance des dispositions équivalentes de l'article L. 611-3, 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, disposant que " ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ", ces dispositions ont été abrogées le 28 janvier 2024, en conséquence de l'entrée en vigueur de la loi du 26 janvier 2024 pour contrôler l'immigration, améliorer l'intégration. Dès lors, la requérante ne peut utilement s'en prévaloir contre une décision postérieure.
12. En troisième lieu, pour les mêmes raisons, Mme C ne peut utilement se prévaloir d'une erreur manifeste d'appréciation au regard du 9° de l'article L. 611-3 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
13. En quatrième lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français vise tous les éléments relatifs à l'état de santé et à la vie privée et familiale de la requérante. La décision octroyant un délai de départ volontaire, en fixant la date du 15 juillet 2024, a pris en considération la situation de Mme C, alors élève en terminale, afin de permettre l'achèvement de son année scolaire et l'échéance des épreuves du baccalauréat. Dès lors, Mme C n'est pas fondée à soutenir que la préfète du Rhône n'aurait pas fait un examen sérieux de sa situation.
14. En dernier lieu, la requérante n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français elle n'est pas fondée à soutenir que la décision fixant le pays de destination serait illégale du fait de l'illégalité de cette décision.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
15. Le présent jugement, qui rejette les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté attaqué, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte présentées par Mme C doivent être rejetées.
Sur les conclusions relatives aux frais liés au litige :
16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, au titre des frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et à la préfète du Rhône.
Copie en sera adressée à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 13 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Vaccaro-Planchet, présidente,
Mme Leravat, conseillère,
Mme de Tonnac, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 septembre 2024.
La rapporteure,
A. de Tonnac
La présidente,
V. Vaccaro-Planchet
La greffière,
S. Rolland
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026