Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2403829

mardi 17 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2403829
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation7ème chambre
Avocat requérantNAILI

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon annule la décision du 18 janvier 2024 par laquelle la préfète du Rhône a refusé de délivrer un titre de séjour étudiant à Mme B, ressortissante tunisienne, et a prononcé son éloignement. La juridiction a jugé que la préfète avait méconnu l’article L. 422-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile en estimant que la formation suivie par Mme B n’était pas suffisamment sérieuse, alors que celle-ci était cohérente avec son parcours et comportait un volume horaire conséquent. L’annulation du refus de titre de séjour entraîne par voie de conséquence celle de l’obligation de quitter le territoire français et des décisions accessoires.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 avril 2024, Mme A B, représentée par Me Naili, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 18 janvier 2024 par lesquelles la préfète du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de lui délivrer un titre de séjour, ou de réexaminer sa situation en lui délivrant dans l'attente une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- il n'est pas justifié de la compétence du signataire de l'acte ;

- la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation dans l'application de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale du fait de l'illégalité du refus de délivrance d'un titre de séjour sur lequel elle est fondée ;

- les décisions portant fixation du délai de départ volontaire et du pays de destination sont illégales du fait de l'illégalité de la décision d'obligation de quitter le territoire français sur laquelle elles sont fondées.

La préfète du Rhône a produit des pièces le 12 juillet 2024.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 mars 2024.

Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;

La présidente de la formation de jugement ayant dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

Après avoir entendu, au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Feron ;

- et les observations de Me Naili pour Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Ressortissante tunisienne née le 27 novembre 1991, Mme B a obtenu un visa de long séjour en qualité d'étudiante valable du 13 octobre 2022 au 13 octobre 2023 en vue de suivre la première année de la formation d'actrice au Cours Florent à Paris. Finalement entrée en France le 16 janvier 2023, elle a été admise en première année de l'école " Acting Studio " à Lyon à compter de septembre 2023. Elle demande l'annulation de la décision du 18 janvier 2024 par laquelle la préfète du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour en qualité d'étudiante, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. / En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / () ". Il appartient à l'administration, saisie d'une demande de renouvellement de titre de séjour présentée en qualité d'étudiant, de rechercher, à partir de l'ensemble du dossier et notamment au regard de sa progression dans le cursus, de son assiduité aux cours et de la cohérence de ses choix d'orientation, si le demandeur peut être regardé comme poursuivant effectivement ses études.

3. La préfète a refusé de délivrer un titre de séjour en qualité d'étudiante à Mme B aux motifs que de la formation au sein de l'école " Acting studio " n'était pas diplômante et que le nombre d'heures de cours était insuffisant pour qu'elle soit regardée comme poursuivant effectivement des études. Toutefois, alors au demeurant que Mme B justifie que c'est l'état de santé de sa mère, opérée de l'épaule le 23 octobre 2022 et qui a eu besoin de son assistance à la suite de l'opération, qui l'a empêchée de venir en France à la date requise pour démarrer sa scolarité au Cours Florent, il ressort des pièces du dossier que la formation suivie par la requérante au sein de l'école " Acting studio " représente 732 heures sur l'année. En outre, cette inscription est cohérente avec la formation initialement envisagée par la requérante et les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne subordonnent pas la délivrance d'une carte de séjour portant la mention " étudiant " au caractère diplômant de la formation suivie, qui en l'espèce présente un caractère professionnalisant. Ainsi, Mme B doit être regardée comme justifiant du caractère réel et sérieux de ses études. Dès lors, la préfète du Rhône ne pouvait, sans méconnaître les dispositions précitées, refuser, par l'arrêté attaqué, de renouveler son titre de séjour.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision du 18 janvier 2024 portant refus de délivrance d'un titre de séjour doit être annulée. Il en va de même, par voie de conséquence, des décisions du même jour portant obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Dès lors qu'aucun autre motif justifiant le refus de délivrance du titre de séjour sollicité ne résulte de l'instruction et la requérante étant inscrite en deuxième année de la formation d'acteur au sein de l'école " Acting studio " pour l'année 2024-2025, le présent jugement implique nécessairement que la préfète du Rhône délivre à Mme B un titre de séjour en qualité d'étudiante. Il y a lieu de lui enjoindre d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit nécessaire d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

6. Mme B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Naili, avocat de Mme B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Naili de la somme de 1 000 euros.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 18 janvier 2024 de la préfète du Rhône est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Rhône de délivrer à Mme B un titre de séjour en qualité d'étudiante dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 000 euros à Me Naili, avocat de Mme B, en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Naili et à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience du 3 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Vaccaro-Planchet, présidente,

Mme Feron, première conseillère,

Mme de Tonnac, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe du tribunal le 17 septembre 2024.

La rapporteure,

C. Feron

La présidente,

V. Vaccaro-Planchet

La greffière,

I. Rignol

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Une greffière