mardi 17 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2403834 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 7ème chambre |
| Avocat requérant | PAQUET |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête enregistrée sous le n° 2403834 le 18 avril 2024, Mme D B épouse A, représentée par Me Paquet, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 25 janvier 2024 par laquelle la préfète du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de lui délivrer un titre de séjour dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de huit jours ou, à défaut, de réexaminer sa situation et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la décision attaquée n'a pas été précédée d'un examen complet et sérieux de sa situation ;
- elle est entachée de vices de procédure au regard de l'arrêté du 5 janvier 2017, dès lors qu'il n'est pas justifié de vérifier la régularité de l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'usage par la préfète du Rhône de son pouvoir de régularisation ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 août 2024, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.
II. Par une requête, enregistrée sous le n° 2403836 le 18 avril 2024, M. C A, représenté par Me Paquet, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 25 janvier 2024 par laquelle la préfète du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de lui délivrer un titre de séjour dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de huit jours, ou, à défaut, de réexaminer sa situation et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision attaquée n'a pas été précédée d'un examen complet et sérieux de sa situation ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'usage par la préfète du Rhône de son pouvoir de régularisation ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 août 2024, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Mme et M. A ont été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par deux décisions du 22 mars 2024 du bureau d'aide juridictionnelle.
Vu :
- les décisions attaquées ;
- les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Leravat,
- et les observations de Me Paquet, représentant Mme et M. A.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D A, ressortissante albanaise née le 1er septembre 1991, et M. C A, ressortissant albanais né le 28 octobre 1987, sont entrés en France le 21 août 2016, selon leurs déclarations. Ils demandent l'annulation des décisions du 25 janvier 2024 par lesquelles la préfète du Rhône a refusé de leur délivrer des titres de séjour.
Sur la jonction :
2. Les requêtes susvisées présentées par Mme et M. A, membres d'une même famille, posent des questions similaires et ont fait l'objet d'une instruction commune. Par suite, il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens relatifs à l'état de santé de Mme A :
3. Si Mme A fait valoir que l'arrêté attaqué est entaché de vices de procédure tirés de la méconnaissance de l'arrêté du 5 janvier 2017 fixant les orientations générales pour l'exercice par les médecins de 1'Office français de 1'immigration et de 1'intégration de leurs missions, prévues à l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ne ressort toutefois ni de la décision en litige, ni des pièces du dossier que Mme A aurait effectué une demande de titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, et alors que le jugement du tribunal du 16 juin 2022 annulant l'obligation de quitter le territoire français prononcée à l'encontre de la requérante le 28 janvier 2022 n'impliquait pas que la préfète du Rhône procède au réexamen du droit au séjour de Mme A au regard des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni qu'elle saisisse de nouveau le collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, le moyen doit être écarté en toutes ses branches. Pour les mêmes motifs, Mme A n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté attaqué a méconnu les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et le moyen ne peut qu'être écarté.
En ce qui concerne les moyens communs à la situation personnelle et familiale de Mme et M. A :
4. En premier lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée, ni d'aucune autre pièce du dossier, que la préfète du Rhône n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle des requérants. Dès lors, le moyen tiré du défaut d'examen ne peut, par suite, qu'être écarté.
5. En deuxième lieu, si Mme et M. A soutiennent que les décisions attaquées ont méconnu les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ne ressort pas des pièces du dossier que les requérants auraient présenté une demande de titre de séjour sur le fondement de ces dispositions. Dès lors, le moyen doit être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".
7. Mme et M. A se prévalent de leur présence en France depuis 2016 avec leurs trois enfants, E, né en Albanie le 24 août 2011, Johan, né en Albanie le 2 octobre 2015 et Muhamed, né en France le 27 janvier 2022, dont les deux aînés sont scolarisés, ainsi que de leur insertion professionnelle, eu égard à l'emploi de Mme A comme agent d'entretien et à celui de M. A comme coiffeur. Toutefois, s'il ressort des pièces du dossier que Mme A, qui s'est vue reconnaître la qualité de travailleur handicapé par une décision de la maison départementale des personnes handicapées de la métropole du Grand Lyon le 20 octobre 2020 pour la période allant du 14 octobre 2020 au 31 décembre 2022, a été employée par un contrat à durée déterminée du 23 février 2021 au 19 mars 2021 par l'entreprise Cervin en qualité d'agent de service, puis pour des missions temporaires sur les mois d'avril à août 2021 et à nouveau durant les mois de janvier à février 2024 par l'entreprise Icare en qualité d'agent à domicile et qu'elle a signé un contrat de travail à durée indéterminée à temps partiel à compter du 21 février 2024 au sein de l'entreprise Monsieur et Madame LIP en qualité d'aide-ménagère et que M. A a été employé en qualité de coiffeur en contrat à durée indéterminée au sein des salons de coiffure Barber Lyonnais à compter du 28 octobre 2020 puis du 8 février 2022 et du 31 janvier 2024, ce dernier contrat étant à temps partiel, SM F à compter du 19 juillet 2021, Petit Paris à temps partiel à compter du 22 janvier 2024 ainsi qu'en contrat à durée déterminée du 17 novembre 2021 au 16 mai 2022 au sein du salon Dr. M. F, ces éléments ne permettent pas de regarder les requérants comme justifiant d'une insertion professionnelle stable et ancienne en France, ni d'une qualification ou expérience professionnelle ou de caractéristiques de l'emploi auquel ils postulent telles qu'elles constitueraient des motifs exceptionnels d'admission au séjour. Par ailleurs, Mme et M. A n'apportent aucun élément précis sur les liens de toute nature, notamment d'ordre amical, qu'ils auraient noués en France. Enfin, la naissance du dernier enfant du couple en France et la scolarisation des deux aînés depuis leur arrivée en 2016 ne suffisent pas à démontrer que les requérants ne pourraient reconstituer leur cellule familiale dans leur pays d'origine, dont ils ont tous deux la nationalité. Dans ces conditions, les décisions portant refus de séjour ne portent pas au droit de M. et Mme A au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elles ont été prises. Par suite, elles ne méconnaissent pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et ne sont entachées d'aucune erreur manifeste d'appréciation de leur situation personnelle. Pour les mêmes motifs, en ne procédant pas à la régularisation de la situation des requérants, la préfète du Rhône n'a pas commis une erreur manifeste d'appréciation dans l'exercice de son pouvoir de régularisation.
8. En dernier lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. " Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
9. Les décisions en litige n'ont ni pour objet, ni pour effet, de séparer les requérants de leurs enfants et il n'est fait état d'aucun obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue dans leur pays d'origine. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les arrêtés litigieux méconnaitraient les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des requêtes de Mme et M. A doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction sous astreinte.
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, au titre des frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes de Mme A et de M. A sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B épouse A, à M. C A, à Me Paquet et à la préfète du Rhône.
Délibéré après l'audience du 3 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Vaccaro-Planchet, présidente,
Mme Leravat, conseillère,
Mme de Tonnac, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 septembre 2024.
La rapporteure,
C. LERAVAT
La présidente,
V. VACCARO-PLANCHET
La greffière,
I. RIGNOL
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
2 - 2403836
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026