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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2403880

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2403880

vendredi 26 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2403880
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantCLEMENT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoire complémentaire enregistrés respectivement les 19 et 22 avril 2024, M. G A, représenté par Me Clément, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler les décisions du 17 avril 2024 par lesquelles la préfète du Rhône l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination, lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an, ainsi que la décision prononçant son assignation à résidence qui lui a été notifiée le 18 avril 2024 ;

3°) d'enjoindre à l'autorité compétence de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour lui permettant de justifier de son droit de sa maintenir sur le territoire, dans l'attente de la délivrance d'un titre de séjour, ou à défaut de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de 15 jours à compter de la notification de la décision, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) d'enjoindre à l'autorité compétente d'effacer le signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 2000 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ou à défaut en cas de rejet de sa demande d'aide juridictionnelle, le versement à son bénéfice de cette même somme sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative

Il soutient que :

- les décisions sont entachées d'incompétence ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- les décisions de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire et fixant le pays de destination sont illégales en raison de l'illégalité de la mesure d'éloignement sur laquelle elles sont fondées ;

- la décision lui interdisant de retourner sur le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de la mesure d'éloignement ; elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est manifestement disproportionnée au regard de sa situation personnelle ;

- l'annulation de la mesure d'éloignement devra entraîner par voie de conséquence l'annulation de l'assignation à résidence.

La préfète du Rhône a produit des pièces qui ont été enregistrées le 22 avril 2024.

Vu les décisions attaquées ;

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative ;

La présidente du tribunal a désigné M. Delahaye pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement ou remise des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties, dûment convoquées, ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Delahaye, magistrat désigné ;

- les observations de Me Clément représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et ajoute que l'obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- les observations de Mme B pour la préfète du Rhône qui conclut au rejet de la requête au motif qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé ;

- les déclarations de M. A, assisté par M. D, interprète en langue anglaise.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience conformément aux dispositions de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Une note en délibéré présentée par M. A a été enregistrée le 23 avril 2024 postérieurement à la clôture d'instruction.

Considérant ce qui suit :

1. M. G A, ressortissant nigérian né le 23 décembre 1988, demande l'annulation des décisions du 17 avril 2024 par lesquelles la préfète du Rhône l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination, lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an, ainsi que la décision prononçant son assignation à résidence qui lui a été notifiée le 18 avril 2024.

Sur l'aide juridictionnelle :

2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions des articles L. 614-7 à L. 614-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991.

Sur l'ensemble des décisions attaquées :

3. Les décisions litigieuses ont été signées par Mme E C, adjointe à la cheffe du bureau de l'éloignement, qui disposait d'une délégation de signature à cet effet par arrêté de la préfète du Rhône du 21 mars 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence des décisions en litige doit être écarté.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

5. M. A fait valoir qu'il est entré en France en 2014 et qu'il vit en concubinage avec Mme F depuis 2018 et qu'ils ont trois enfants âgés de 2, 3 et 5 ans. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a été interpellé et placé en garde à vue le 16 avril 2024 pour des faits de violence sur la personne de sa concubine, et qu'en se bornant à produire une facture EDF au seul nom de madame, un certificat de mariage religieux du 23 juin 2018 et les actes de naissance de ses enfants, l'intéressé n'établit ni son ancienneté de séjour alléguée, ni la réalité et l'ancienneté de sa vie commune avec la mère de ses enfants ainsi que sa participation effective à leur entretien et à leur éduction, la décision en litige relevant que les intéressés se sont toujours déclarés célibataires auprès de l'administration, même après la naissance de leur premier enfant. En outre, le requérant se maintient irrégulièrement sur le territoire français en dépit du rejet, à deux reprises, de sa demande d'asile et a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement du 10 décembre 2018 à laquelle il s'est soustrait, et n'établit ni même n'allègue qu'il serait dépourvu d'attaches personnelles dans son pays d'origine où il a vécu la majeure partie de son existence. Enfin, s'il indique à l'audience travailler habituellement dans le bâtiment, il ne produit aucune pièce à l'appui de ses allégations. Compte tenu de ces éléments, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision litigieuse aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise, ni qu'elle aurait méconnu l'intérêt supérieur de ses enfants. Le moyen tiré de la violation des stipulations précitées doit par suite être écarté. La décision en litige n'est pas davantage entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la situation personnelle du requérant.

Sur les décisions de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire et fixant le pays de destination

6. Eu égard à ce qui a été dit précédemment, M. A n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la mesure d'éloignement à l'encontre des décisions de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire et fixant le pays de destination

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

7. En premier lieu, eu égard à ce qui a été dit précédemment, M. A n'est pas fondé à exciper de l'illégalité des décisions précédentes à l'encontre de la décision en litige.

8. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ".

9. Eu égard à ce qui a été dit précédemment sur la situation personnelle de M. A, la préfète du Rhône, qui a pris en considération l'ensemble des critères mentionnés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et ainsi procédé à un examen sérieux de la situation de l'intéressé, n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées, ni pris une mesure disproportionnée au regard de la situation personnelle de l'intéressé, en lui interdisant de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an. Si le requérant soutient enfin que l'interdiction de retour sur le territoire français conduit à une expulsion automatique de l'ensemble de l'espace Schengen pour cette même durée, du fait de son inscription dans le système d'information Schengen, cette inscription, qui n'est qu'une conséquence de l'interdiction de retour en litige, n'a pas d'incidence sur la légalité de cette mesure.

Sur l'assignation à résidence :

10. Eu égard à ce qui a été dit précédemment, M. A n'est pas fondé à exciper de l'illégalité des décisions précédentes à l'encontre de la décision en litige.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées au titre des frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3: Le présent jugement sera notifié à M. G A et à la préfète du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 avril 2024

Le magistrat désigné,

L. DelahayeLa greffière,

A. Senoussi

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

N°2403880

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