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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2404023

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2404023

mardi 16 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2404023
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJU 9ème chambre
Avocat requérantANGLADE & PAFUNDI A.A.R.P.I

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 avril 2024, M. F E A, représenté par Me Pafundi, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions en date du 29 mars 2024 par lesquelles la préfète du Rhône l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros hors taxe à verser à son conseil, au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour ce dernier de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français a été prise par une autorité incompétente ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le pays de destination méconnaît les articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La préfète du Rhône a produit des pièces enregistrées le 19 juin 2024.

M. E A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, par une décision du bureau d'aide juridictionnelle en date du 31 mai 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. C pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience tenue le 2 juillet 2024.

Au cours de l'audience publique, M. C a donné lecture de son rapport, en l'absence des parties ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été fixée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. E A, ressortissant somalien né en 1985, déclare être entré en France en 2023. Il a présenté une demande d'asile, qui a été rejetée le 15 janvier 2024 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Par des décisions du 29 mars 2024, la préfète du Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office. M. E A demande au tribunal l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, l'arrêté en litige a été signé par Mme B D, directrice adjointe des migrations et de l'intégration, qui a reçu délégation de signature à cet effet par un arrêté de la préfète du Rhône en date du 30 janvier 2024, produit par la défense et régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial le lendemain. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'acte litigieux doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. ".

4. La décision obligeant M. E A à quitter le territoire français, prise sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mentionne les éléments de droit et de fait qui la fondent, à savoir le rejet de la demande d'asile présentée par l'intéressé, qui ne dispose plus du droit de se maintenir en France, et fait état de sa situation personnelle. Par suite, elle est suffisamment motivée.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. () ".

6. Il ressort des pièces du dossier que M. E A est entré très récemment en France, à l'âge de 38 ans. Il n'est pas dépourvu d'attaches familiales en Somalie, pays dans lequel il a passé la majeure partie de son existence, et où résident son épouse et ses enfants. Dans ces conditions, la décision l'obligeant à quitter le territoire français ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et ne méconnait pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

7. Enfin, la décision portant obligation de quitter le territoire français ne désignant pas par elle-même le pays à destination duquel M. E A doit être éloigné, le requérant ne peut utilement la contester en soutenant qu'il encourt des risques en cas de retour en Somalie. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté comme inopérant.

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

8. Aux termes de l'article 2 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Le droit de toute personne à la vie est protégé par la loi. La mort ne peut être infligée à quiconque intentionnellement, sauf en exécution d'une sentence capitale prononcée par un tribunal au cas où le délit est puni de cette peine par la loi ". Aux termes de l'article 3 de la même convention : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

9. Pour demander l'annulation de la décision fixant le pays de destination, M. E A fait état du niveau de violence dans la région de Bénadir, où il serait contraint de transiter en cas de retour dans son pays, et indique qu'il serait soumis de ce fait à des risques de persécutions, de mort et de traitements inhumains. Toutefois, en se bornant à s'appuyer sur des extraits de rapports très généraux émanant d'une organisation non gouvernementale, le requérant, qui n'est par ailleurs pas originaire de cette région, ne fait état d'aucun fait suffisamment précis et récent à l'appui de ses allégations. Par ailleurs, s'il soutient être vulnérable en Somalie du fait de son appartenance à une minorité, il n'assortit pas son moyen de précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé. Ainsi, et alors que sa demande d'asile a d'ailleurs été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, le moyen tiré de la méconnaissance des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

10. Il résulte de ce qui précède que M. E A n'est pas fondé à soutenir que les décisions du 29 mars 2024 de la préfète du Rhône sont entachées d'illégalité et à en demander l'annulation. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction doivent également être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions dirigées à ce titre contre l'Etat, qui n'est pas la partie perdante.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. E A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F E A et à la préfète du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 juillet 2024.

Le magistrat désigné,

T. C

La greffière,

S. Lecas

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Un greffier,

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