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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2404190

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2404190

mardi 7 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2404190
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 avril 2024 et un mémoire enregistré le 6 mai 2024, M. C A, représenté par Me Lachenaud, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler les décisions du 25 avril 2024 par lesquelles le préfet de la Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant cinq ans ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil par application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour cette dernière de renoncer au bénéfice de la mission d'aide juridictionnelle qui lui aura été confiée.

Il soutient que :

* En ce qui concerne le refus de séjour, il remplit les conditions de délivrance d'un titre de séjour en qualité de parent d'enfants français ;

* En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours :

- cette décision est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle a été prise sans examen préalable de sa situation personnelle ;

- elle porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

* En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale en conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est contraire à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

* En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire pendant cinq ans :

- elle est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est disproportionnée au regard des critères posés par les dispositions des articles L. 612-6 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Le préfet de la Loire a produit des pièces qui ont été enregistrées le 2 mai 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme B pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 7 mai 2024, Mme B a présenté son rapport, informé les parties de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'incompétence du magistrat statuant seul pour statuer sur les conclusions tendant à l'annulation du refus de séjour, et entendu :

- les observations de Me Lachenaud, avocate de M. A, qui a conclu aux mêmes fins que celles exposées dans le mémoire complémentaire, par les mêmes moyens, et soutenu, en outre, à l'appui de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision portant interdiction de retour, que la présence de M. A sur le territoire français n'est pas constitutive d'une menace pour l'ordre public ;

- les observations de M. A,

- et les observations de Me Tomasi, avocat de la préfecture de la Loire, qui a conclu au rejet de la requête.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant camerounais né le 5 mars 1990, est entré irrégulièrement en France le 31 décembre 2017. Il a sollicité le 9 décembre 2022 la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par les décisions attaquées du 25 avril 2024, le préfet de la Loire a refusé de faire droit à cette demande et a obligé M. A, alors détenu au centre pénitentiaire de Saint-Etienne, à quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour pendant cinq ans.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le refus de séjour :

3. Il n'appartient pas au magistrat désigné pour statuer sur le fondement de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile de connaître des conclusions dirigées contre une décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour. Les conclusions de requête dirigées contre l'arrêté attaqué en tant qu'il refuse de délivrer à M. A un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français doivent ainsi être renvoyées devant une formation collégiale du tribunal administratif.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français sans délai :

S'agissant de l'exception d'illégalité du refus de séjour :

4. Selon l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

5. M. A est père de deux enfants de nationalité française, Louna et Kenzo, nés respectivement les 2 mai 2019 et 9 décembre 2020. Ainsi que le fait valoir le préfet en défense, le requérant, par les pièces versées aux débats, qui consistent en des factures isolées, au demeurant pour l'achat d'articles dont certains ne sont pas destinés à des enfants, n'établit pas contribuer de manière effective à l'entretien et à l'éducation de ses enfants depuis leur naissance ou depuis au moins deux ans.

6. Il résulte de ce qui précède, et alors que l'intéressé ne conteste au demeurant pas le second motif sur lequel le préfet de la Loire s'est fondé pour refuser de lui délivrer un titre de séjour, selon lequel sa présence sur le territoire français constitue une menace pour l'ordre public, que M. A n'est pas fondé à invoquer, par la voie de l'exception, l'illégalité du refus de séjour opposé à sa demande pour contester la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français.

S'agissant des autres moyens :

7. En premier lieu, l'obligation de quitter le territoire français contestée fait mention des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle est, par suite, suffisamment motivée.

8. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que cette décision aurait été prise sans examen préalable approfondi de la situation personnelle de M. A.

9. En troisième lieu, selon l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Et aux termes du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

10. M. A est entré irrégulièrement en France le 31 décembre 2017 et s'y est maintenu en situation irrégulière jusqu'en décembre 2022, date à laquelle il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français. Ainsi qu'il a été dit précédemment, l'intéressé n'établit pas contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de ses enfants, et il ressort des pièces du dossier qu'il a été condamné, le 18 octobre 2022, par le tribunal correctionnel de Roanne, à une peine d'emprisonnement délictuel de huit mois pour des faits de violences commis le 12 juin 2022 aggravés par la circonstance, notamment, qu'ils ont été commis sur sa conjointe, mère de ses enfants. Il résulte de l'ensemble de ces circonstances qu'en obligeant M. A à quitter le territoire français sans délai, le préfet de la Loire n'a pas porté d'atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et n'a pas davantage méconnu l'intérêt supérieur de ses enfants.

11. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que la mesure d'éloignement contestée serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. A.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

12. En premier lieu, M. A n'ayant pas démontré l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, il n'est pas fondé à s'en prévaloir à l'appui de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision par laquelle le pays à destination duquel il sera renvoyé d'office a été fixé.

13. En deuxième lieu, les moyens tirés de l'atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressé et de la méconnaissance de l'intérêt supérieur des enfants doivent, en toute hypothèse, être écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 10. du présent jugement.

13. En troisième lieu, selon l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

14. Si M. A expose craindre pour sa vie ou son intégrité physique en cas de retour dans son pays d'origine, l'intéressé, qui a au demeurant abandonné ses démarches tendant à se voir reconnaître le statut de réfugié en Italie, n'apporte aucun élément permettant d'établir précisément les motifs de ses craintes, pas plus que le caractère personnel et actuel des risques encourus. Il n'est, par suite, pas fondé à invoquer la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne l'interdiction de retour pendant cinq ans :

15. En premier lieu, M. A n'ayant pas démontré l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français sans délai, il n'est pas fondé à s'en prévaloir à l'appui de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision par laquelle le préfet de la Loire a prononcé à son encontre une interdiction de retour pendant cinq ans.

16. En deuxième lieu, selon l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ". Et aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

17. M. A ayant fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai, seules des circonstances humanitaires faisaient obstacle à ce qu'une interdiction de retour soit prononcée. Or, l'intéressé ne se prévaut pas de telles circonstances. M. A, qui est entré irrégulièrement en France fin 2017 et s'y est maintenu sans solliciter la délivrance d'un titre de séjour jusqu'en décembre 2022, ne démontre pas contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de ses deux enfants français. Il a, ainsi qu'il a été dit, été pénalement condamné le 18 octobre 2022 pour des faits de violences en état d'ivresse commis sur sa conjointe et mère de ses enfants. Cette condamnation n'est pas isolée, puisque l'intéressé a également été condamné à des peines d'emprisonnement délictuel, les 8 juin 2021 et 22 mai 2023, pour des faits de rébellion, outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique et usage illicite de stupéfiants d'une part, et de violence aggravée par deux circonstances en état de récidive d'autre part. Il ressort du jugement correctionnel du 22 mai 2023 que l'intéressé ne s'est pas soumis à l'obligation de soins à laquelle il était soumis, et qu'il n'a pas répondu aux convocations qui lui avaient été adressées par le service pénitentiaire d'insertion et de probation. Eu égard à ces circonstances, le préfet de la Loire a pu estimer que la présence de l'intéressé sur le territoire français est constitutive d'une menace pour l'ordre public et, prononcer à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant cinq ans.

18. En troisième lieu, M. A n'est, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 10 du présent jugement, pas fondé à soutenir que l'interdiction de retour prononcée à son encontre méconnaît l'intérêt supérieur de ses enfants.

19. Cette décision n'est, enfin, pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

20. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions par lesquelles le préfet de la Loire lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant cinq ans.

Sur les frais exposés et non compris dans les dépens :

21. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, le versement au requérant, de quelque somme que ce soit au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Les conclusions de la requête de M. A tendant à l'annulation de la décision du 25 avril 2024 par laquelle le préfet de la Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour sont renvoyées devant une formation de jugement collégiale du tribunal administratif.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de la Loire.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mai 2024

La magistrate désignée,

A. B

La greffière,

A. Senoussi

La République mande et ordonne au préfet de la Loire, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

N°2404190

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