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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2404228

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2404228

mardi 7 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2404228
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantVRAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 30 avril 2024 et le 1er mai 2024, M. C A, représenté par Me Vray, demande au Tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 avril 2024 par lequel la préfète du Rhône a décidé sa remise aux autorités portugaises pour l'examen de sa demande d'asile ;

2°) d'annuler l'arrêté du même jour ordonnant son assignation à résidence pour une durée de 45 jours ;

3°) d'enjoindre à la préfète du Rhône d'enregistrer sa demande d'asile dans un délai de 48 heures à compter de la notification du présent jugement et de lui remettre le dossier de demande d'asile à transmettre à l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat le versement, à son conseil, d'une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. A soutient :

- en ce qui concerne les deux décisions contestées : il n'est pas établi que leur signataire disposait d'une délégation de signature pour ce faire ;

- en ce qui concerne la décision de remise aux autorités portugaises :

* la procédure est irrégulière faute de communication du résumé de l'entretien individuel ;

* il n'est pas établi qu'il aurait été admis sur le territoire des États membres au moyen d'un visa obsolète délivré par les autorités portugaises ;

* la décision méconnaît les dispositions de l'article 17 du règlement n° 604-2013, celles de l'article 4 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

* elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision d'assignation doit être annulée en conséquence.

Par un mémoire en défense enregistré le 2 mai 2024, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens ne sont pas fondés.

La présidente du tribunal a désigné Mme Soubié pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement ou remise des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu :

- les décisions attaquées et les autres pièces du dossier ;

- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 2 mai 2024, Mme Soubié, magistrate déléguée, a présenté son rapport et entendu :

- les observations de Me Vray, avocate, pour M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens et déclare abandonner ses moyens relatifs à la compétence du signataire et à l'irrégularité de la procédure ;

- les observations de M. A, requérant, assisté de M. B, interprète en langue portugaise ;

La préfète du Rhône, régulièrement convoquée, n'étant ni présente ni représentée ;

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant angolais né en 1999, est entré en France selon ses déclarations le 28 septembre 2023. Le 20 octobre 2023, il a déposé une demande d'asile et a été mis sous procédure de réadmission au titre du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013. Par un arrêté du 30 avril 2024, la préfète du Rhône a décidé sa remise aux autorités portugaises pour l'examen de sa demande d'asile. Par un autre arrêté du même jour, cette préfète l'a assigné à résidence en vue de sa réadmission. M. A demande l'annulation de ces deux arrêtés.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision de remise :

2. Aux termes de l'article 12 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 susvisé : " () / 2. Si le demandeur est titulaire d'un visa en cours de validité, l'État membre qui l'a délivré est responsable de l'examen de la demande de protection internationale, sauf si ce visa a été délivré au nom d'un autre État membre (). / () / 4. Si le demandeur est () titulaire () d'un ou de plusieurs visas périmés depuis moins de six mois lui ayant effectivement permis d'entrer sur le territoire d'un État membre, les paragraphes 1, 2 et 3 sont applicables aussi longtemps que le demandeur n'a pas quitté le territoire des États membres.".

3. À la date du premier enregistrement de sa demande d'asile, qui s'est fait au guichet de la préfecture du Rhône le 20 octobre 2023, M. A était titulaire d'un visa délivré par les autorités portugaises dont la validité avait expiré le 17 août 2023, soit moins de six mois auparavant. Contrairement à ce que soutient le requérant, le Portugal doit donc être regardé comme responsable de l'examen de sa demande, conformément aux dispositions combinées des articles 7 et 12 précités du règlement du 26 juin 2013. À cet égard, si le requérant indique qu'il n'est pas établi qu'il serait entré sur le territoire des États membres avec le visa délivré par les autorités portugaises, il n'apporte aucun élément attestant qu'il aurait détenu un autre visa ou aurait été dispensé de détenir un visa. Par suite, le moyen doit être écarté.

4. D'une part, aux termes du paragraphe 2 de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 susvisé : " () Lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'État membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre III afin d'établir si un autre État membre peut être désigné comme responsable () ". Aux termes de l'article 17 du même règlement : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. () ". Il résulte de ces dispositions que si le préfet peut refuser l'admission au séjour d'un demandeur d'asile au motif que la responsabilité de l'examen de cette demande relève de la compétence d'un autre État membre, il n'est pas tenu de le faire et peut autoriser une telle admission au séjour en vue de permettre l'examen d'une demande d'asile présentée en France.

5. D'autre part, aux termes de l'article 4 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture, ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. "

6. M. A soutient qu'en cas de retour au Portugal, il craint d'être renvoyé en Angola, compte tenu des liens historiques et économiques entre son pays et le Portugal. Si le requérant fait état de ses craintes en cas de retour dans son pays d'origine et cite les statistiques de la Cour nationale du droit d'asile faisant apparaître que les Angolais représentent 16,5% des bénéficiaires du droit d'asile alors que les données du Haut-commissariat aux réfugiés font apparaître un taux réduit d'attribution de l'asile à des ressortissants angolais par le Portugal, ces circonstances ne permettent pas d'établir que les autorités portugaises, qui ont donné leur accord sur la demande de prise en charge adressée par les autorités françaises, ne sont pas en mesure de traiter sa demande d'asile dans des conditions conformes à l'ensemble des garanties exigées par le respect du droit d'asile, en l'absence d'existence avérée de défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs d'asile dans ce pays, au demeurant État-membre de l'Union européenne et partie tant à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés, complétée par le protocole de New-York, qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, la décision en litige n'a pas méconnu les dispositions de l'article 17 précitées et n'est pas plus entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

7. Pour les mêmes motifs qu'exposés précédemment, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 4 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision d'assignation à résidence :

8. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : () () 4° L'étranger doit être remis aux autorités d'un autre Etat en application de l'article L. 621-1 () ".

9. N'ayant pas démontré l'illégalité de la remise aux autorités portugaises, M. A n'est pas fondé à s'en prévaloir, par la voie de l'exception, à l'appui des conclusions dirigées contre l'assignation à résidence.

10. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

11. Les motifs du présent jugement n'impliquent aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte doivent être rejetées.

Sur les conclusions relatives aux frais non compris dans les dépens :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et à la préfète du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mai 2024.

La magistrate déléguée,

A-S. SOUBIÉ,

première conseillèreLa greffière,

L. BON-MARDION

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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