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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2404263

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2404263

mercredi 22 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2404263
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantBROCARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 avril 2024, Mme A B, représentée par Me Brocard, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative et jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité, la suspension de l'exécution de la décision par laquelle la préfète du Rhône a implicitement rejeté sa demande de titre de séjour ;

3°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de lui délivrer, sans délai, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, et de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de l'ordonnance à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'État le paiement à son conseil d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à charge pour celui-ci de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle, ou, dans l'hypothèse dans laquelle elle ne serait pas admise à l'aide juridictionnelle, de mettre à son profit cette même somme.

Elle soutient que :

- l'urgence est présumée dans l'hypothèse, comme en l'espèce, d'une demande de renouvellement de titre de séjour ; en outre, elle ne dispose pas de ressources suffisantes pour subvenir à ses besoins et à ceux de ses trois enfants ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée ; en effet :

. en application de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la préfète aurait dû saisir la commission du titre de séjour avant de statuer sur sa demande ;

. en sa qualité de mère de trois enfants français, elle remplit les conditions pour bénéficier du titre de séjour prévu par les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

. le refus de titre de séjour litigieux, qui méconnaît l'intérêt supérieur de ses trois enfants, a dès lors été pris en violation de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

. compte tenu de sa situation sur le territoire français, ce refus a également été pris en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

. enfin, pour les mêmes raisons, ce refus est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

-la requête, enregistrée le 30 avril 2024 sous le n° 2404261, par laquelle Mme B demande au tribunal d'annuler la décision dont elle demande la suspension dans la présente requête.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Chenevey, président de la 2ème chambre, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Chenevey, juge des référés ;

- Me Brocard, pour Mme B, qui a repris les faits, moyens et conclusions exposés dans la requête.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi visée ci-dessus du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. / () ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'accorder, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de la requérante à l'aide juridictionnelle, sans préjuger de la décision finale qui sera prise par le bureau d'aide juridictionnelle.

2. Aux termes du 1er alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. " Le premier alinéa de l'article R. 522-1 du même code précise que : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. "

3. En premier lieu, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier si la condition d'urgence est remplie compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence est en principe satisfaite dans le cas d'un refus de renouvellement ou d'un retrait du titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

4. Mme B, ressortissante malgache née le 30 août 1992, bénéficiait, en qualité de conjointe d'un ressortissant français, d'un visa de long séjour, valable du 15 septembre 2022 au 14 septembre 2023. Elle a demandé le 6 juillet 2023 le renouvellement de ce visa valant titre de séjour puis, cette demande ayant fait l'objet d'un classement en raison de la séparation du couple, elle a sollicité, le 24 décembre 2023, un titre de séjour en qualité de mère d'enfants français.

5. A supposer que, en raison de ce changement du fondement de sa demande, Mme B ne puisse être regardée comme ayant demandé le renouvellement du titre de séjour dont elle disposait et, par suite, bénéficier de la présomption d'urgence, elle fait valoir, sans être contredite et en produisant des éléments à l'appui de ses allégations, qu'en raison de l'irrégularité de sa situation, elle bénéfice désormais pour seules ressources des versements financiers, d'un montant modéré, effectué par son conjoint, dont elle est désormais séparée, pour subvenir à ses besoins et à ceux de ses trois enfants, nés en 2015, 2016 et 2021. Dans ces conditions, la décision attaquée portant une atteinte suffisamment grave et immédiate à la situation de l'intéressée, la condition d'urgence requise par les dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.

6. En second lieu, en l'état de l'instruction, au moins le moyen visé ci-dessus tiré de ce que Mme B remplit les conditions pour bénéficier du titre de séjour prévu par les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

7. Il résulte de ce qui précède que les deux conditions auxquelles l'article L. 521-1 du code de justice administrative subordonne la suspension d'une décision administrative sont réunies. Il y a lieu, par suite, d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision contestée.

8. La présente ordonnance implique nécessairement que l'administration, en application de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, procède au réexamen de la situation de Mme B et, dans l'attente d'une nouvelle décision, la munisse d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler. Il y a donc lieu d'enjoindre à la préfète du Rhône de procéder à ces mesures d'exécution et de lui assigner un délai de huit jours pour la délivrance de ce récépissé et un délai d'un mois pour l'édiction de cette nouvelle décision, et ce à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

9. Mme B ayant été admise à l'aide juridictionnelle provisoire, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi visée ci-dessus du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Brocard, avocate de Mme B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de sa cliente à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Brocard de la somme de 1 000 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme B par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à cette dernière.

ORDONNE :

Article 1er : L'exécution de la décision implicite de la préfète du Rhône refusant de délivrer un titre de séjour à Mme B est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué sur la requête tendant à l'annulation de cette décision.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Rhône de réexaminer la demande de titre de séjour de Mme B dans un délai d'un mois suivant la notification de la présente ordonnance et de la munir d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de huit jours à compter de cette même date.

Article 3 : Sous réserve de l'admission définitive de Mme B à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Brocard renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Brocard, avocate de Mme B, une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme B par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à Mme B.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et à la préfète du Rhône.

Copie en sera adressée pour information à Me Brocard.

Fait à Lyon le 22 mai 2024.

Le juge des référés La greffière

J.-P. Chenevey E. Gros

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier

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