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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2404309

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2404309

lundi 8 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2404309
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJU 9ème chambre
Avocat requérantPINHEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 2 mai 2024, M. A B, représenté par Me Pinhel, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 avril 2024 par lequel la préfète du Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir le bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- les décisions ont été prises par une autorité incompétente ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée et a été prise sans réel examen de sa situation ;

- cette décision méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnait l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- il est fondé à exciper de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination ;

- la décision fixant le pays de destination méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision fixant le pays de destination méconnait l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense enregistré le 21 juin 2024, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle en date du 31 mai 2024.

La présidente du tribunal a désigné M. Besse pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement ou remise des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Besse, magistrat désigné ;

- les observations de M. B.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant tunisien né en 1998, déclare être entré en France, irrégulièrement, depuis " environ deux ans et demi ". Par un arrêté du 22 avril 2024, la préfète du Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai. M. B demande au tribunal l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

2. En premier lieu, les décisions en litige ont été signées par Mme D C, adjointe à la cheffe du bureau de l'éloignement, qui disposait à cet effet d'une délégation, par un arrêté de la préfète du Rhône du 21 mars 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire desdites décisions doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français comprend la mention des éléments de droit et de fait qui la fondent, ainsi que des éléments propres à la situation familiale de M. B sans que la préfète n'ait eu à viser la convention internationale relative aux droits de l'enfant, qui n'en constituent pas la base légale. Elle est, par suite, suffisamment motivée. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle aurait été prise sans réel examen de la situation du requérant.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

5. M. B soutient résider en France depuis environ deux années et demi, sans produire aucun élément à l'appui de cette allégation. Il ressort des pièces du dossier qu'il habitait depuis environ trois mois, à la date de la décision attaquée, avec une ressortissante française, qu'il aurait rencontré en septembre 2023, selon ses déclarations à l'audience, et que cette dernière est enceinte d'un enfant, qui doit naître en septembre 2024, et qu'il a reconnu. M. B fait valoir également qu'il travaille à temps partiel dans le secteur de la restauration. Toutefois, le séjour en France du requérant reste de courte durée et l'intéressé n'a entrepris aucune démarche en vue d'une régularisation de sa situation. Par ailleurs, sa relation de concubinage reste également très récente, de sorte que la stabilité de sa vie familiale n'est pas établie. Dans ces conditions, et alors que M. B n'est pas dépourvu d'attaches familiales en Tunisie, pays qu'il a quitté récemment, la décision l'obligeant à quitter le territoire français ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et ne méconnait pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, elle n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 1er de la convention de New-York relative aux droits de l'enfant : " Au sens de la présente convention, un enfant s'entend de tout être humain âgé de moins de dix-huit ans, sauf si la majorité est atteinte plus tôt en vertu de la législation qui lui est applicable. ". A la date de l'arrêté attaqué, l'enfant de M. B n'était pas encore né. Par suite, il ne peut utilement soutenir que la décision l'obligeant à quitter le territoire français ainsi en tout état de cause que la décision fixant le pays de destination méconnaissent les stipulations de l'article 3§1 de cette convention.

7. En cinquième lieu, il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination.

8. En sixième et dernier lieu, pour les motifs exposés au point 5, et en l'absence d'argumentation distincte, les moyens selon lesquels la décision fixant le pays de destination méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation doivent être, en tout état de cause, écartés.

9. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à soutenir que les décisions du 22 avril 2024 attaquées sont entachées d'illégalité et à en demander l'annulation. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte ainsi que celles qu'il présente au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 19091 doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juillet 2024.

Le magistrat désigné,

T. BesseLa greffière,

S. Lecas

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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