lundi 15 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2404331 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | JU 9ème chambre |
| Avocat requérant | RAHMANI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 3 mai 2024 et un mémoire enregistré le 24 juin 2024, Mme B A, représentée par Me Rahmani, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions du 2 mai 2024 par lesquelles la préfète du Rhône l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône d'effacer son signalement dans le système d'information Schengen dans un délai d'un mois suivant la notification du jugement ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme A soutient que :
- l'obligation de quitter le territoire français ne pouvait être légalement fondée sur le 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, son entrée sur le territoire français ayant été régulière sous couvert d'un visa délivré par les autorités espagnoles ;
- la préfète n'a pas procédé à un examen complet de sa situation personnelle ;
- la décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît également l'article 3§1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la décision fixant le délai de départ volontaire est illégale en ce qu'elle est prise pour l'exécution d'une mesure d'éloignement elle-même illégale ;
- elle n'a pas été précédée d'un examen complet de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense enregistré le 2 juillet 2024, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- l'obligation de quitter le territoire français pouvait être légalement fondée sur le 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au lieu du 1°, de sorte qu'il convient de procéder à une substitution de base légale de la décision ;
- les moyens ne sont pas fondés.
La présidente du tribunal a délégué les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à Mme de Lacoste Lareymondie.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 5 juillet 2024, Mme de Lacoste Lareymondie a présenté son rapport et entendu les observations de Me Rahmani, représentant Mme A assistée d'un interprète en langue arabe.
La préfète du Rhône n'était ni présente ni représentée.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
1. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans l'un des cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; (). ".
2. En premier lieu, contrairement à ce qu'indique la préfète dans la décision en litige, Mme A, ressortissante algérienne, est entrée en France régulièrement le 19 septembre 2022, sous couvert d'un visa délivré par les autorités espagnoles valable du 7 septembre 2022 au 7 octobre 2022. Dès lors, c'est à tort que la préfète s'est fondée sur le 1° de l'article L. 611-1 du code précité pour ordonner son éloignement du territoire français.
3. Toutefois, il résulte de l'instruction que Mme A s'est maintenue sur le territoire français après l'expiration de son visa, sans entamer de démarche en vue de régulariser son séjour. Il s'ensuit que la préfète du Rhône aurait pris la même décision l'obligeant à quitter le territoire français en se fondant sur les dispositions du 2° de l'article L. 611-1 du code précité qui doivent ainsi être substituées d'office à la base légale erronée du 1° de ce même article, une telle substitution n'ayant pas pour effet de priver Mme A d'une garantie et l'autorité administrative disposant du même pouvoir d'appréciation pour appliquer l'une ou l'autre de ces dispositions.
4. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
5. En deuxième lieu, si Mme A soutient que la préfète n'a pas procédé à un examen complet de sa situation personnelle, ce qui ne ressort ni des pièces du dossier ni des termes de la décision attaquée, elle ne précise pas quelle disposition légale ou règlementaire ni quel principe auraient été méconnus de ce fait. Le moyen doit donc être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Aux termes de l'article 3§1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, () l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
7. Pour soutenir que la décision l'obligeant à quitter le territoire français porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale, Mme A soutient qu'elle est venue en France avec son époux et leur jeune fils, né en 2018, pour y retrouver sa mère séjournant en France sous couvert d'une carte de résident valable dix ans, et pour y soigner son fils souffrant de crises d'épilepsie, de saturnisme et d'un retard psychomoteur important. Néanmoins, le séjour de Mme A en France est encore récent à la date de la décision en litige, la requérante ayant vécu l'essentiel de son existence en Algérie. Son époux est lui-même en situation irrégulière. Par ailleurs, si les pièces médicales jointes au dossier attestent que son fils a besoin d'un suivi médical régulier et spécialisé, ainsi que d'un accompagnement à la scolarité pour lui permettre de compenser son handicap, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier qu'il ne pourrait bénéficier de soins et d'aide adaptés en Algérie. A ce titre, Mme A fait valoir que son fils était traité par Dépakine en Algérie, médicament dont les effets potentiellement graves sur la santé des jeunes enfants sont pourtant avérés. Néanmoins, elle ne démontre pas, et n'allègue d'ailleurs pas, qu'un suivi médical différent et la prescription d'un traitement autre que la Dépakine seraient impossibles en cas de retour. Dès lors, Mme A n'est pas fondée à soutenir que la décision litigieuse méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, pas plus que l'article 3§1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
En ce qui concerne la décision fixant un délai de départ volontaire :
8. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. ".
9. En premier lieu, Mme A n'ayant pas démontré l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, elle n'est pas fondée à s'en prévaloir, sans soulever d'autres moyens que ceux qui viennent d'être écartés, pour soutenir que la décision fixant un délai de départ volontaire de trente jours serait elle-même illégale.
10. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux qui ont été énoncés au point 5 ci-dessus, le moyen par lequel Mme A soutient que la décision n'aurait pas été précédée d'un examen complet de sa situation personnelle doit être écarté.
11. Enfin, Mme A, qui se borne à invoquer l'état de santé de son fils sans exposer en quoi un délai de départ volontaire supérieur à trente jours serait nécessaire, ne démontre pas que le délai qui lui a été accordé serait entaché d'erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle.
12. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
13. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête, n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction doivent donc être également rejetées.
Sur les frais liés au litige :
14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la préfète du Rhône.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 juillet 2024.
La magistrate désignée,
E. de Lacoste Lareymondie
La greffière,
S. Lecas
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026