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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2404356

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2404356

jeudi 3 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2404356
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantMBOULI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er mai 2024, Mme B A, représentée par Me Mbouli, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 avril 2024 par lequel la préfète de l'Ain a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de 30 jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Ain de lui délivrer le titre de séjour sollicité dans le délai de trois mois à compter de la notification du jugement à intervenir et, à défaut, de réexaminer sa situation, dans le délai d'un mois à compter de cette même date et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge l'Etat la somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision de refus de titre de séjour est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation, en particulier au regard de ses attaches privées et familiales en France ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation, en particulier au regard de ses attaches privées et familiales en France ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le pays de renvoi est illégale en raison de l'illégalité, invoquée par la voie de l'exception, de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 septembre 2024, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Flechet a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante camerounaise née le 3 novembre 1957, est entrée sur le territoire français le 9 décembre 2022, sous couvert d'un visa délivré en qualité d'ascendante non à charge. Le 23 novembre 2023, elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement, à titre principal, de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à titre subsidiaire, de l'article L. 423-11 du même code. Par arrêté du 2 avril 2024 dont elle demande l'annulation, la préfète de l'Ain a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de 30 jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement.

2. En premier lieu, l'arrêté en litige comprend la mention détaillée des éléments de droit et de fait retenus par la préfète de l'Ain pour prendre les décisions attaquées refusant à Mme A la délivrance d'un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de ces décisions doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ne ressort, ni des termes de l'arrêté critiqué, ni des autres pièces du dossier, que la préfète n'aurait pas examiné la situation personnelle de Mme A, en particulier au regard de ses attaches en France et du soutien que lui apportent ses enfants résidant sur le territoire national. Par suite, le moyen, soulevé contre les décisions de refus de titre de séjour et portant obligation de quitter le territoire français, tiré de l'erreur de droit, doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. " En vertu de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

5. Mme A se prévaut de la présence en France de ses quatre enfants, dont deux ont la nationalité française, et de ses petits-enfants, ainsi que des liens qu'elle entretient avec ces derniers. Toutefois, il est constant que la présence de la requérante en France, entrée le 9 décembre 2022 alors qu'elle était âgée de 65 ans, est récente. Elle a ainsi passé l'essentiel de son existence au Cameroun et est restée éloignée durant presque vingt années de ses quatre enfants. Alors que la requérante ne dispose pas d'attaches familiales en France autres que ses enfants et petits-enfants, elle ne justifie pas en être dépourvue au Cameroun, où, comme il a été dit, elle a vécu la majeure partie de sa vie. Dans ces conditions, alors même que ses enfants, dont l'un d'entre eux l'héberge, lui apportent un soutien matériel et affectif, ni la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour, ni celle l'obligeant à quitter le territoire français ne portent à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Ainsi, ces décisions ne méconnaissent pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté, ce moyen étant en tout état de cause inopérant en tant qu'il est soulevé directement contre la mesure d'éloignement.

6. En quatrième lieu, il résulte de ce qui précède que l'obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé, par voie d'exception, à l'encontre de la décision fixant le pays de destination, doit être écarté.

7. En cinquième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance, par la décision fixant le pays de destination, des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et de libertés fondamentales, au soutien duquel ne sont développés que des arguments en lien avec l'éloignement de l'intéressée du territoire français, sans que le choix du pays de retour ne soit critiqué, ne peut qu'être écarté comme inopérant.

8. En sixième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

9. Si la requérante invoque la méconnaissance de ces stipulations par la décision fixant le pays de destination, elle n'assortit pas son moyen des précisions suffisantes pour permettre au tribunal d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, ce moyen doit être écarté.

10. En dernier lieu, si requérante se prévaut de l'impossibilité pour elle d'accéder au Cameroun à un traitement et un suivi adapté à l'apnée du sommeil dont elle est affectée, elle n'établit ni la réalité d'un déficit dans l'offre médicale à cet égard, ni que l'absence de traitement et du suivi médicaux aurait des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur sa santé. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision fixant le Cameroun comme pays de destination sur la situation personnelle de la requérante doit, par suite, être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions attaquées. Par suite, ses conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la préfète de l'Ain.

Délibéré après l'audience du 19 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Jean-Pascal Chenevey, président,

Mme Marine Flechet, première conseillère,

Mme Flore-Marie Jeannot, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2024.

La rapporteure,

M. Flechet

Le président,

J.-P. Chenevey

La greffière,

S. Saadallah

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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